CHRONIQUE PAR ...

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Tabris
le 15 février 2020




SETLIST

Leprous:

Bellow
I Lose hope
Illuminate
From The Flame
Observe the Train
Alleviate
The Cloak
Angel (reprise de Massive Attack)
The Price
Stuck
At The Bottom
Distant Bells

Rappel:
Bonneville
The Sky is Red

Klone:

Yonder
Rocket Smoke
Breach
Sealed
Give Up the Rest
Immersion
Nebulous
Silver Gate

Maraton:

Prime
Almost human
Seismic
Change of Skin
Altered State
Spectral Friends

AFFILIÉ

Leprous
Paris - Le Divan Du Monde
(05 octobre 2015)
Strasbourg - La Laiterie
(08 avril 2016)
Paris - Le Divan Du Monde
(20 octobre 2012)
Hellfest (Clisson)
(23 juin 2013)
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(01 février 2017)

09 février 2020 - Strasbourg - La Laiterie


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En lâchant Pitfalls, luxuriant précipité de lave froide, au cœur de l'automne 2019, Leprous a impressionné son monde et même au-delà. Le passage en France de la troupe norvégienne, flanquée de jeunes compatriotes et de locaux expérimentés, est l'occasion de constater un éventuel changement de dimension. Et assister à la confirmation d'un talent unique - les deux propositions étant ici parfaitement compatibles.

Merci Foule Fête :

Devant un parterre déjà généreusement garni, les cinq jeunes Nordiques de Maraton lancent les débats. Forts d'un LP inaugural intitulé Meta – peu de rapport avec le chef d'œuvre homonyme de Thy Catafalque - paru au printemps 2019, ces jeunes gens émaciés assènent un metal popisant raisonnablement énergique et ne devraient pas à se plaindre du son tant celui-ci aura été proche de la perfection – une constante au cours de cette soirée. Le chanteur balance ses grolles sitôt arrivé sur scène en dévoilant des demi-soquettes blanches pas franchement sexys puis hulule dans des aigus à la fluide manière d'un certain... Einar Solberg - tiens donc. Entre les morceaux le compatriote du beau-frère d'Ihsahn s'adresse à l'assemblée d'une voix de fausset étranglée qu'il pousse à fond puisque s'exprimant hors micro. Un drôle d'oiseau qui finira en nage après une demi-heure d'un récital léché auquel il ne sera pas tout-à-fait parvenu à imprimer sa douce dinguerie, malgré un vigoureux final.
On peut compter a priori sur Klone pour insuffler sur les planches la puissance adéquate qui vivifiera les compositions à fleur de peau que le collectif formé autour du guitariste Guillaume Bernard distille album après album. Pas de mauvaise surprise pour le retour des Poitevins à la Laiterie trois mois à peine après leur venue en compagnie d'Alcest et Laura Cox: les guitares dressent un mur du son de belle épaisseur et la basse tape au plexus. Pas d'extravagances vestimentaires ou chorégraphiques, ce n'est pas le style, mais une intensité rarement prise en défaut qui fait décoller les extraits marquants du récent recueil baptisé Le Grand Voyage dont la superbe pochette céleste tournoie au rythme apaisé de "Yonder", "Breach" ou encore l'incontournable "Rocket Smoke" issu quant à lui de The Dreamer's Hideaway sorti en 2012. Sur fond de claviers samplés, six-cordiste en second et batteur se montrent particulièrement expressifs tandis que Yann Ligner, s'il ne perd guère de temps à tchatcher en à peine plus d'une demi-heure de concert, n'éprouve aucune difficulté apparente à se mettre au diapason de ses acolytes, faisant profiter l'auditoire de son timbre clair et robuste, reconnaissable entre mille. Des acclamations réjouies ponctuent la prestation aussi solide qu'onirique de l'une des valeurs sûres du metal hexagonal.

Tabris:
Que recherchons nous dans la musique ? Puissance, sensations, émotions, sensibilité, extase ou exutoire ? À chacun sa petite dose d'échappée belle. Mes expériences passées m'ont révélé qu'un concert de Leprous a tout pour répondre à mes attentes fébriles. Et s'il en fallait davantage, ce délicat Pitfalls. Car celui-ci est évidement mis à l'honneur. Sans surprises. Je vous l'ai déjà dit : Leprous renie volontiers ses œuvres passées pour tendre à chaque nouvelle oraison vers autre chose. N'attendez donc point la venue de Coal ou de Bilateral lors de vos prochaines visites dans l'univers inclassable de Leprous. Alors oui, il y aura tout de même ce soir quelques incursions délicieuses vers les précédentes offrandes. Qui ne jette pas un dernier regard vers son passé ? Une petite œillade derrière l'épaule ? The Congregation et Malina seront donc représentées, par leurs titres-phare. "The Price" et "From the Flame" par exemple, emporteront ainsi dans leur sillage l'émotion d'un public amplement conquis à la cause. Mais la part belle sera belle et bien faite à Pitfalls.
Pour ceux, parmi ses détracteurs, qui auraient à reprocher à Pitfalls d'être le produit d'un seul homme, et à Leprous en général, d'être devenu peu remuant, la performance de ce soir constituera une très éloquent réponse. Car, et je l'ai encore plus observé ce soir que lors de mes primes et effervescentes expériences live avec le combo, les musiciens emplissent l'espace avec une prestance et une élégance qu'il convient de souligner d'un trait bien net, et avec une égale implication qui inspire l'admiration. Quant à l'énergie, que oui, elle transpire le moindre pore ! Ainsi, chaque composition se déploie sous nos yeux et se fraye dans nos oreilles émues selon un équilibre parfait. Et l'alchimie opère dès les premiers instants et ce jusqu'à la toute dernière occurrence en en set simplement superbe, d'une qualité et d'une précision tout à fait remarquables.

Pitfalls, qui sur album, se découvre comme très contemplatif, s'offre en live comme une expérience d'une densité et d'une sensibilité à fleur de peau tout à fait délicieuse et puissante. Et Leprous aura su le présenter ce soir d'une très judicieuse manière, suivant son fil rouge certes, mais le ponctuant cependant de ces judicieuses ruptures sus-mentionnées, posées très à propos pour régaler chacun et garder vivace l'attention d'un public avide aux attentes chamarrées. Conquérant, Leprous pourra donc se targuer de captiver les esprits avec bonheur. Chaque titre nous est ce soir délivré dans toute sa sublime essence. Que ce soit l'introductif "Bellow" ou le final "The Sky is Red", d'évidence – les évidences font ici mouche – le paradoxal "I Lose Hope", tout à la fois rond et chaud, aussi bien que tourmentant, l'hypnotique "Observe the Train", le délicat "Alleviate"... on retrouve le charme de chacune des pistes telles qu'écoutées sur album, avec cette touche subtile et insaisissable du live, ce plus indéfinissable qui propulse chaque note plus loin et plus fort. D'une mélancolie explosive, toute faite d'instants de grâce et d'échanges chaleureux avec le public, de couleurs et de concentration extrême. Et que dire alors de ces deux instants simplement fantastiques que constituent l'interprétation d'"Angel", reprise ô combien magnifiée de Massive Attack, et celle de "Distant Bells", joyaux de grâce et de passion délicatement entremêlées ? Que dire, sinon, que l'instant est simplement beau, tant pour nos oreilles et nos sens, que pour nos yeux, régalés de superbes jeux de lumières (comment ne pas souligner ces effets exquis qui ont accompagné le titre final ?) et qu'une fois encore, les lignes couchées à l'encre numérique ne rendent que peu justice à la musique.


Ce soir, le plaisir fut grand et je salue les artistes qui, dans leur grande inspiration, nous ont offert ce précieux moment.


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