CHRONIQUE PAR ...

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Eudus
le 28 mars 2021




SETLIST

Kvitravn
Skugge
Solringen
Bjarkan
Raido
Voluspá (Skaldic version)
Isa
UruR
Grá
Vindavlarjold
Rotlaust Tre Fell
Fehu
Helvegen

AFFILIÉ

26 mars 2021 - Riksscenen - Grünerløkka District, Oslo


Wardruna_Riksscenen_-_Grünerløkka_District,_Oslo_20210326

2021 commence comme 2020 avait terminé, par cette crise de la Covid-19 et les conséquences désastreuses que cela peut avoir pour les artistes. Alors que cette nouvelle année aurait dû être celle d'une nouvelle tournée grandiose de Wardruna, le combo mené par Einar a du repousser, comme tant d'autres, celle-ci pour 2022. En attendant, le duo qu'il forme avec avec l’envoûtante Lindy-Fay s'adapte et offre à leurs fans un concert virtuel diffusé ce vendredi 26 mars 2021.

Alors qu'au début de la pandémie, les artistes proposaient des lives-stream, on s'oriente (notamment les plus gros noms) vers des concerts pré enregistrés puis diffusés le temps d'un week-end. Soucis du détail bien fait ? De toute évidence. Perte de charme, sûrement, et c'est bien dommage. Mais ne boudons pas notre plaisir. First Flight of the White Raven, tel est le nom du show des Norvégiens, le Corbeau Blanc se traduisant par Kvitravn, titre du cinquième effort de Wardruna. Le combo de folk nordic ambient a cependant décidé d'orienter sa performance en piochant dans l'ensemble de sa discographie, alors que l'on aurait pu croire que le show serait en majorité consacré à ce dernier effort. Ainsi la trilogie runique se voit représentée par huit des treize titres interprétés, dont quatre pour le seul Yggdrasil (dont les incontournables "Rotlaust Tre Fell" et "Helvengen"). Skald, où l'Edda mis en musique par le seul Einar, a également son moment avec ce que je considère comme le bijou de cette œuvre à part, "Volupsá (Skaldic version)". Ainsi quatre titres du Corbeau Blanc sont mise en scène pour ce premier envol, "Grá" "Kvitravn", "Vindavlarljod" et l'évidente "Skugge". On fera fi de la déception de votre serviteur ne pas avoir vu portés sur scène ses deux coups de cœur du White Raven ("Munin" et"Kvit Hjort"). Mais pour un concert de Wardruna, la setlist a t'elle une si grande importance ? J'aurais tendance à vous dire que non, tant les compositions semblent différentes (elles sont d'ailleurs par moment réarrangées) et surtout sublimées. Il faut dire, que malgré, un excellent mixage et une excellente production, la musique de Wardruna est compliquée à mettre en boîte de part la multitude d'instruments traditionnels. L'épreuve du live permet de les mettre en évidence et de ressortir leurs forces et leurs caractères respectifs.
Concernant le show en tant que tel, on saluera la parfaite qualité de son et d'image, mais également la mise en scène, d'une sobriété magnifique, avec un placement des membres parfait de fait que chacun à l'espace nécessaire pou s'exprimer (vous vous doutez qu'Einar est au centre et au premier plan). La réalisation est soignée, les caméramen ne tombant pas dans le piège de ne filmer que le leader de la troupe. Ainsi chaque musicien et chacun de leurs instruments respectifs sont mis en valeur quand c'est à l'heure tour de briller. Ce nouveau format de concert forcé, a un atout indéniable, découvrir les instruments, les détails voir même les sons de ceux ci. Prenons l'exemple de l'expérimenté Eilif Gundersen et sa birchbark lure (mais si le gros instrument tout en longueur utilisé par Heimdall, gardien du Bifröst) qu'on entend et perçoit parfaitement lors de ce show et cela vaudra pour le reste des instruments traditionnels utilisés par Wardruna. Si on commence à se familiariser avec le jouhikko, pratiqué par Einar, de plus en plus en vogue, on a la chance d'admirer lors de cet envol, des ossements, une lure de bronze, une moraharpa (ancêtre nordique du violon) etc. Ces observations et détails musicaux sont impossibles en live. Visuellement le jeu de lumière, différent pour chaque morceau, est très intéressant, sobre également, mais réussissant à chaque fois à retranscrire une ambiance particulière propre à l’œuvre interprétée (celle de "UruR" est particulièrement réussie).



Autre nouveauté, apporté par l'exercice du live online, l'introduction de chaque chanson avec l'histoire reliée. À titre d'exemple, comme introduction à "Kvitravn", on peut lire « Let me ask; Lend me a feather; I will turn it, Into White wings; Let us fly; Wide on winds; With hunting minds; And sorcerous songs ». L'opener de ce soir, issu du dernier effort de Wardruna, est idéal pour lancer la soirée. La voix tout en retenue d'Einar vous plonge directement dans l'univers du groupe, le tout accompagné par le jouhikko et les chœurs assurés par les autres membres présents ce soir, le tout sous le regard du White Raven. Les 5 comparses d'Einar et Lindy-Fay participeront tout au long du show (hormis sur "Voluspá") au chœurs, donnant du corps à chaque occurrence, comme sur l'intro de la mystique "Skugge". Dans ce rôle de choriste, Kristen (et sa voix fluette mais mordante) et H.C. tirent clairement leur épingle du jeu (bon la première c'est son rôle vous me direz, mais le second possède ce petit grain en plus).
En parlant performance vocale, la révélation pour votre serviteur ce soir est la prestation du duo Einar/Lindy-Fay. Si pour le premier cité ce n'est pas une surprise, puisque sur version CD la voix était déjà au rendez-vous, sa comparse elle, brille de mille feux. Le duo rappelle (à toute proportion gardée et par moment) Lisa et Brendan de Dead Can Dance. Une alchimie quasi parfaite entre leurs voix, qui subjugue dès les premières secondes. Sublime. Un des grands moments de la soirée est l’interprétation en solo de "Voluspá". Toute en finesse et en émotion, Einar, seul sur scène avec sa talharpa (lyre à quatre cordes) délivre une performance poignante. Lindy-Fay quant à elle brille sur "Isa", seule en intro et outro de l’occurrence. Tout au long du show elle oscille entre une voix douce et innocente et une approche plus mystérieuse avec une voix tiraillée ("Grá"). Elle possède également le pouvoir de capter votre attention rien que de part son regard (oui ok je suis complètement tombé sous le charme).
Après un "Vindavlarjorld", seul titre proposé dont je trouve la présence peu nécessaire (considérant la proposition comme une des plus faible de Kvitravn), le show se conclut par un trio issu d'Yggdrasil, deuxième chapitre de la trilogie runique de Wardruna, chapitre qui a clairement contribué à la popularité du projet. "Rotlaust Fre Hell" est LA composition de cet album, puissance, émouvante, hypnotique, un des grands moments de la soirée tout comme "Helvengen", clôturant le show dans une ambiance solennelle, faisant presque écho à "Kvitravn", dans le rythme, les instruments et l'ambiance. Du côté des musiciens, on notera une maîtrise parfaite du rythme apporté par le jeu tout en touché d'Arne à la percussion et de John à la Moraharpa. Bien qu'instruments traditionnels non électriques, leurs importances est de la plus haute importance pour le tempo et le rythme du concert et cela sera un sans faute ("Solringen" en est le meilleur exemple).


Wardruna aura livré un show carré avec une image et une qualité de son proche de la perfection. Nous ne pouvons que remercier Garmonbozia, Cobra Agency et A Jeter Prom pour nous avoir permis d'assister à ce concert Online. Reste à attendre 2022 pour voir Wardruna en chair et en os.


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