CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
le 12 mai 2022




SETLIST

Enforcer :

Destroyer
Undying Evil
From Beyond
Die for the Devil
Live for the Night
Bells of Hades/ Death Rides This Night
Zenith of the Black Sun
Kiss of Death
Below the Slumber
Mesmerized by Fire
Running in Menace
Take Me Out of This Nightmare

Rappel :
Katana
Midnight Vice

Evil Invaders :

Hissing in Crescendo
Mental Penitentiary
As Life Slowly Fades
Pulses of Pleasure
In Deepest Black
Sledgehammer Justice
Tortured by the Beast
Broken Dreams in Isolation
Feed Me Violence
Die for Me
Realm of Shadows
Eternal Darkness

Rappel :
Raising Hell

Ambush :

Infidel
Possessed by Evil
Barabbas
Soldiers Poem
Hellbiter
Heading East
Master of the Seas
Desecrator
Natural Born Killers
Don't Shoot (Let 'em Burn)

AFFILIÉ

Enforcer
Paris - La Maroquinerie
(02 octobre 2016)

07 mai 2022 - Dijon - La Vapeur


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Tout(e) amateur(e) de metal assistant aux concerts a déjà vu ce sketch au moins une fois : au bout du premier morceau, le guitariste, le regard fixé droit devant lui, montre frénétiquement son instrument du doigt puis effectue plusieurs mouvements répétés du pouce vers le haut, ou alors il le baisse en montrant son collègue d'à côté, le bassiste donc, éventuellement le deuxième guitariste qui l'a bouffé pendant le solo (l'histoire fonctionne aussi avec des dames). Cette brève pantomime s'adresse à l'ingénieur du son qui va bouger quelques réglages, ou faire mine de, afin de calmer l'instrumentiste exigeant qui avait déjà mis tout le monde en retard pendant la balance en insistant sur les détails. De balance, il n'y en a pas entre les sets donnés au club de la Vapeur ce samedi 7 mai 2022. Et de signes échangés entre musiciens et équipe technique non plus. C'est regrettable.

AMBUSH (19h30), qui ouvre le bal, a la chance de bénéficier d'un son équilibré et puissant. Les Suédois démontrent rapidement qu'ils ont toute leur place sur l'affiche du Kings of the Underground Tour, qui recèle quelques valeurs sûres du speed metal vintage ainsi qu'un espoir, Cobra Spell, dont l'absence dommageable était prévue sur les deux dates françaises (Dijon et Montpellier). Sans les Néerlandaises, le taux de participation féminine reste bloqué à 0% ce samedi, côté artistes tout du moins - c'est plus équilibré dans la salle, même si le mâle reste dominant. Chevelures fournies, vestes en cuir sans manche sur torses nus, futes en élasthanne et sneakers : les membres d'Ambush arborent le look requis et livrent un récital énergique – à l'instar des camarades qui leur succéderont. Menée par le chanteur Oskar Jacobsson qui enchaînent les stridences épiques avec gourmandise, la troupe aligne des compositions solides, y compris les deux figurant sur le récent single "Barabbas", plutôt convaincant. Communiquant régulièrement avec l'assistance qui le leur rend bien - une bière sera offerte par un spectateur au bassiste moustachu sosie de David Crosby - les Nordiques font retentir le motif iconique de "Princess of the Dawn" d'Accept en introduction de "Natural Born Killers", leur tube dont ils font reprendre le refrain par le public. Celui-ci est régulièrement exhorté par le guitariste blond à ressorts qui contraste avec le flegme de son alter ego brun à lunettes de soleil, tous deux très compétents. Autant d'éléments qui font monter la température et préparent idéalement le terrain pour les acteurs suivants.
Avec EVIL INVADERS (20h40), tout est plus : plus de chaînes à la ceinture, plus d'éclairages inquiétants, des baskets plus hautes, plus de mise en scène (voix off), plus de décorum (des pupitres serties de lames, qui tournent), (beaucoup) plus de fumigènes, (beaucoup) plus de réverbe sur la voix et encore plus de déplacements sur les planches. Ça joue plus vite aussi. Poignards attachés aux biceps, Johannes « Joe » Van Audenhove, le filiforme guitariste-chanteur ne tient pas en place et enquille les screams menaçants tel un possédé, en digne successeur de Schmier. Ses comparses ne sont pas en reste et on aurait aimé se délecter pleinement du speed thrash qu'ils essaient d'asséner avec un dynamisme sans faille. « Essaient », car les Belges sont les premières victimes des problèmes de son qui émailleront la soirée, la guitare de Joe étant tout simplement inaudible – drôle de sensation lorsqu'on entend le médiator attaquer les cordes à toute vitesse sans entendre une seule note sortir des amplis... Heureusement, les parties solos sont assurées par son acolyte Max mais la basse étant très discrète, c'est la batterie du jovial Senne Jacobs qui se taille la part du lion en écrasant tout le monde avec sa double-pédale en mode no limit. Du thrash sans riff, ça le fait tout de suite moins – logiquement, l'aspect « evil » en prend un coup derrière le casque à cornes. Une déception et même un gâchis au vu de l'investissement des musiciens qui eux aussi n'hésitent pas à aller au contact de l'auditoire, au point de jouer parfois « au-dessus » des spectateurs les plus proches. Difficile de savoir à quoi ou à qui est dû ce déséquilibre - les musiciens n'ayant l'air de ne se rendre compte de rien, on peut en déduire que les enceintes dédiées au retour fonctionnent correctement. Aucun technicien n'intervient, comme si le groupe était livré à lui-même. A priori, l'explication n'est pas à chercher du côté d'une méconnaissance de la salle, Evil Invaders étant déjà venu jouer à la Vapeur en 2015, certes pas encore rénovée à cette date, en compagnie des Canadiens de Skull Fist que les Flamands remplacent sur la présente tournée, reportée deux fois depuis 2020. Toujours est-il que ces derniers ont déclenché une belle ferveur - premières bousculades, premières bières renversées, premières tentatives de slam. Compte tenu des circonstances, leur mérite est d'autant plus grand.
L'absence de soundcheck a l'avantage d'écourter les entractes et vingt minutes après que les Envahisseurs Maléfiques ont fini de serrer les mains des fans bienveillants, ENFORCER fait son apparition à l'heure dite (22h00) après la diffusion en intégralité de la reprise de "Diamonds & Rust" par Judas Priest. Accoutrés de la même manière que leurs prédécesseurs mais avec des bottes encore plus hautes pour le guitariste-chanteur Olof Wikstrand – il faut savoir se faire respecter – les leaders du revival metal (celui des années quatre-vingts) attaquent pied au plancher par la triplette magique "Destroyer"- "Undying Evil"- "From Beyond" qui ouvre From Beyond, leur meilleur album à ce jour, L'auditoire chaud comme la braise reprend en chœur les refrains percutants que Wikstrand, déjà en sueur, vient leur striduler littéralement sous le nez. Le frontman fait part de sa joie – manifeste – de jouer à nouveau devant une audience de vrais « metal maniacs » après s'être assuré que tout le monde va bien. Si le plaisir de retrouver les darons du heavy speed est réciproque, il est atténué par le faible volume de la guitare et de la voix de l’homme au bandana ainsi que la basse du nouveau-venu Garth Condit, en provenance de Scorpion Child où officie également le batteur Jonas Wikstrand, frère de Olof. Le Viking surexcité et le Yankee réservé, de même que le second manieur de six-cordes moustachu Jonte Nordwall font preuve néanmoins d'une cohésion et d'une précision remarquables. La fougue qui ne les quittera pas tout au long du show d’une heure et quart ne les empêche pas de rester très concentrés, y compris lorsque des types ayant à l’évidence forcé sur les substances les privent de micro sur un couplet suite à une bousculade ou contribuent à une glissade de l'aîné des Wikstrand qui n'a pas détecté la flaque de liquide probablement alcoolisé soudainement formée à ses pieds – pogoter avec un verre plein est rarement sans conséquence. Ils ne se laissent pas perturber non plus par les nombreuses incursions du bourré de service qui profite de la faible hauteur de l'estrade pour s'y hisser péniblement et en redescendre en s’échouant sur les malchanceux placés au premier rang. Qu’importe ces peccadilles. Les titres percutants défilent sous les flashs et la scansion protubérante de la batterie. Et c’est la régalade, entre morceaux récents dont un "Die for the Devil" qui passe décidément bien la rampe, le single "Kiss of Death" paru en 2021 et une petite surprise avec la ballade – bien secouée quand même - "Below the Slumber" issu de … From Beyond, évidemment. Les classiques "Mesmerized by Fire", "Take me out this Nightmare", le réclamé "Katana" et le terminal "Midnight Vice" achèveront de combler le comité d’environ deux-cents personnes venues remplir le club. Tous les musiciens viennent chaleureusement remercier les aficionados qui auront demandé en vain qu’on monte le son des guitares, avant de se téléporter immédiatement après le dernier accord au stand du merchandising situé juste à côté, ne se faisant pas prier pour prendre la pose devant les smartphones. Voilà du metal de proximité qui réchauffe les cœurs.


Les performances des trois gangs venus répandre la bonne parole du metal traditionnel laissent un sentiment contrasté. Intensité de tous les instants, qualité d'exécution, connivence avec les metal heads venus savourer, implication totale : les gars ont mouillé le spandex et fait parler le talent. Cependant, le son partiellement défaillant qui a entaché les prestations d'Evil Invader et Enforcer laisse un arrière-goût de frustration, en grande partie compensé par le professionnalisme et la passion communicative de ces deux escouades, auxquelles il faut associer les gaziers ardents d'Ambush. Le constat mitigé renforce la décision qui s'impose : revoir rapidement ces défenseurs de la foi métallique dans des conditions plus favorables.


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