CHRONIQUE PAR ...

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Barbapopo
le 11 juillet 2009




SETLIST

Oblivion
Divinations
Quintessence
Bladecatcher
Colony of Birchmen
The Wolf Is Loose
Crystal Skull
Capillarian Crest
Megalodon
Blood and Thunder
The Czar
Crack the Skye
Iron Tusk
March of the Fire Ants

AFFILIÉ

Mastodon
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06 juillet 2009 - Paris - Trabendo


Mastodon_Paris_-_Trabendo_20090706

Mastodon traîne une épouvantable réputation de groupe live : musiciens statiques, chant à chier, son exécrable… Pour la sortie du magnifique Crack The Skye (chronique ici), le groupe se devait absolument de faire taire les mauvaises langues, et montrer que, tant sur scène qu’en studio, le quartet avait franchi le palier supérieur. Pari tenu ?

Il faudra attendre le set de Valient Thorr pour le savoir. Set qui démarre dans un léger parfum de perplexité : vestes à badges, jeans troués, barbes au vent, ce croisement entre les Sept Nains et ZZ Top envahit le coin de scène qu’on lui a généreusement laissé, branche les guitares, se campe sur ses petites baskets, puis démarre tête dans le guidon… face à un Trabendo pour le moins tièdasse. Pourtant, très vite, le hard-rock burné et mélodique des cinq bûcherons va remporter les suffrages : jeu de scène fiévreux, solistes en transe, chanteur excité comme un rat sous ecsta (« You know what I’m talkin’ about ?!?»), Valient Thorr se dépense sans compter, et joue comme si sa vie en dépendait. Une prestation qui fleure bon la sueur et la selle de moto, et qui laissera sur tous les visages un sourire on ne peut plus convaincu.

Ensuite, après une demi-heure d’attente, Mastodon s’empare de la scène, et le reste peut se décrire en quelques mots : le set durera 1h10, la communication avec le public sera inexistante, le groupe jouera les quatorze titres qu’on peut lire ci-contre, puis il filera dans les coulisses et fera immédiatement rallumer les lumières. Était-ce un bon concert ? À décrire platement les choses, on peut répondre que oui. Le son a rassuré tout le monde : il était très bon, sans être parfait. Niveau « exécution des morceaux », rien à redire non plus : mis à part un chant parfois laborieux, aucune fausse note à signaler, les titres ont été impeccablement joués. Sur le papier, donc, un show presque exempt de tout reproche.

Maintenant, qu’est-ce que c’est qu’un concert ? L’occasion de voir les musiciens en vrai ? On les a vus. Une façon de vérifier s’ils savent vraiment jouer leurs morceaux ? Ils savent les jouer. Un best-of de chansons reproduites à l’identique, mais jouées plus fort, moins bien (le chant…), et gâchées par une foule qui casse les couilles ? C’est probablement la définition que s’en font les mecs de Mastodon. Pas moi. Un concert, c’est d’abord un moment. Un moment unique. Qu’a-t-on vu lundi soir ? Quatre pros ouvrir leurs valises, dérouler quatorze chansons à la note près devant nos yeux, puis remballer leur marchandise et se barrer – pour exécuter certainement les mêmes gestes le lendemain. Merci beaucoup : j’ai la même chose en mieux sur mes CD. Du rock, ça ? Plutôt d’excellents juke-box humains. Pas un coup de baguette, pas un solo qui diffère des albums : pas la moindre mesure en plus, pas le moindre petit bout d’improvisation, de surprise ou d’arrangement retravaillé pour le live : Mastodon est une machine de guerre disciplinée, qui reproduit des partitions écrites sur papier millimétré.

Un concert, c’est aussi un moment de rencontre. Au Trabendo, nous avons eu droit à cinq mots : « Thank you Paris : good night !» Le reste du temps, qu’avions-nous devant les yeux ? Trois gratteux, courbés sur leur instrument, très appliqués à reproduire chaque note de chaque chanson. Alors oui, les mecs sont d’affolantes bêtes de technique – aucun doute sur le sujet. Pourtant, on sent bien que la musique qu’ils écrivent est à la limite de leurs capacités. Lorsqu’il s’agit de superposer le chant, en effet, c’est l’écartèlement : Brent Hinds, proche de l’implosion, pousse bien fort ses craillements constipés dans son micro, sans cesser de tricoter du manche ; Troy Sanders, à la torture, les yeux baissés désespérément vers sa basse, ouvre et tord en tous sens la bouche pour atteindre les notes de l’album. Au milieu de tout cela, on l’aura compris, difficile d’avoir ne serait-ce qu’un regard pour le public… Public qui s’en branle copieusement, du reste, occupé qu’il est à pogoter sur le moindre couplet. Rendons grâce au batteur qui, lui, domine nettement son sujet, ainsi qu’au deuxième guitariste… pas franchement une bête de scène, mais se souvenant de temps à autres qu’il y a un public devant lui et – oui, oui – s’avançant même vers les premiers rangs.

Entre les chansons : ni bonjour, ni merci, ni merde. Pas de rappel non plus.
On aura tout de même eu quelques bons moments : "The Czar", qui vient apporter une respiration bienvenue dans une set-list un peu monochrome ; "March of the Fire Ants", vieux titre que le groupe maîtrise sur le bout des doigts et où les guitaristes (coup de folie !) ont échangé leur place. On peut également citer le défouloir obligé du fameux « White Whale ! Holy Grail !». Mais voilà : quand on en est réduit à apprécier des détails comme ceux-ci, on mesure la sècheresse générale de la prestation, ainsi que le peu de générosité des musiciens…


Mastodon a donc réglé ses problèmes de son, et rassuré quant à l’interprétation. Pourtant, avec ce concert sans âme, avare et mécanique, il vient de prouver qu’il manque une chose cruciale à l’équation : le plaisir de jouer, et l’envie de convaincre. Sa musique a évolué ; il faudrait maintenant qu’il s’interroge sur ce que signifie « donner un concert », ou « jouer une date dans une ville précise ». S’il s’agit d’un exercice de récitation, il peut aussi bien rester un groupe de studio : ses albums continueront de nous combler, et les gros lourds trouveront sans problème d’autres concerts où pogoter.


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