CHRONIQUE PAR ...

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Arroway's
le 26 octobre 2010




SETLIST

N/A

AFFILIÉ

Shining (Nor)
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25 octobre 2010 - Paris - La Maroquinerie


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La sortie de Blackjazz a fait grand bruit en cette année 2010 (chronique ici). Lors de son passage à Paris durant sa tournée européenne, Shining (attention, les Norvégiens !) a tout cassé. En co-tête d'affiche occasionnelle avec Knut, un autre groupe norvégien d'obédience hardcore, on peut dire Shining en a jeté plein les yeux et plein les oreilles durant un set condensé de 45 minutes à très haute concentration.

L'affiche, franco-norvégienne, était bien remplie : deux groupes d'ouverture, les français de Comity puis de Crankset officiant dans un post-hardcore plus ou moins barrés ont précédé Shining et Knut. Comity démarre son set avec le quart d'heure de retard traditionnel sans trop se poser de questions : dixit l'un des musiciens du groupe une minute avant de commencer « On enchaîne les morceaux ! ». Avant d'envoyer bouler les gros riffs bien sentis. Et les Comity ont eu raison de minimiser leur nombre de pauses entre les morceaux : les titres s'enchaînent et laissent poindre leur potentiel immersif si propre au post-hardcore. Au niveau des compositions, on pensera aux influences diverses et attendues du style, même si les titres se découpent un peu trop nettement en sessions indépendantes de plans répétés à l'envie. Le passage calme aux deux tiers du set marque l'un des rares temps morts du set – la faute à un manque d'inspiration, d'originalité et de finesse sur les plans en question. Comity réalise globalement une bonne prestation qui attire dès le premier morceau le public au devant de la scène. Le batteur semble particulièrement en forme et inflige à ses fûts des sévices vigoureux bien au fond des temps. Les deux guitaristes et le chanteur/bassiste jouent les poseurs pour le plaisir de la scène mais surtout des photographes qu'ils savent toujours aux affûts. Seul point vraiment noir de ce set : le chant gueulard à peine audible qui vient se fondre dans les saturations des guitares tout le long de la prestation – un effet dû à une balance déséquilibrée et à un chanteur à casquette qui s'éloigne parfois un peu trop du micro.

Crankset s'ajoute en deuxième groupe de la soirée. Et dès les premières mesures, on sent que le ton va se durcir très sensiblement. On sent aussi que le son va être trop fort. Et malgré une baisse de volume demandée par le chanteur dès le morceau suivant, le niveau sonore restera assez agressif en plus de la violence plus exacerbée des compositions. Raison pour laquelle, sans doute, le plus gros du public laissera quelques mètres de distance avec la scène. Toujours dans un registre hardcore assez extrême mais toujours mélodique, le groupe s'énerve, illuminé par un jeu de lumière à rendre épileptique. Le chanteur – à casquette, décidément à la mode ce soir – est assez mobile et pose délibérément devant les – ou devrions-nous plutôt dire en l'occurence « la » photographe. En ce qui concerne la prestation d'un point de vue plus technique, si est elle globalement bonne, on entendra par-ci par-là quelques légers décalages rythmiques, quelques essoufflements du chanteur, quelques coups pas complètement calés au fond des temps. Mais qu'à cela ne tienne, l'attraction de cette deuxième demi-heure de concert est indubitablement le batteur en chaussettes et ses mimiques impayables. En mode « Je joue du métal extrème en essayant de toucher mon nez avec ma langue !» ( je le soupçonne d'y être parvenu à plusieurs reprises). A force de grimacer ainsi en tirant la langue aussi souvent, on se demande d'ailleurs le long du set durant s'il ne risque pas de se couper la langue, emporté par son rythme. Car comme pour Comity, le jeu reste très dynamique malgré un passage calme peu inspiré et très dispensable.

Le public parisien était bien entendu là pour Shining : la salle était plutôt remplie pour les deux ouvertures, mais elle tasse ses bords avec l'arrivée du set des Norvégiens. Qui démarre sans beaucoup de transition après les ultimes essais de balance : public, allez prenez-vous "The Madness and the Damage Done" dans la gueule. Histoire de se dérouiller, histoire d'entamer comme il se doit un set qui durera près de 45 minutes sans aucun répit. Le groupe est en grande forme, le son est bon malgré quelques incertitudes durant les passages les plus chaotiques et les plus saturés. Regard un peu fou, attitude tendue, visage tordu d'énergie lorsqu'il chante, Munkeby est un sacré frontman accompagné par quatre musiciens aux prestations irréprochables. Comme promis, Shining improvise aussi sur scène par rapport aux enregistrements studio. Ceux qui avaient froid se seront vite réchauffés, et surtout dans la fosse où l'on aura pu croiser un énergumène en folie et torse nu. Car en concert, on bouge bien sur du Shining gonflé d'énergie. Le batteur écrase les peaux de ses fûts transparents orange (definitely metal) sans oublier son feeling de jazzman sur les passages plus swingués du set. Les morceaux à l'honneur sont ceux de Blackjazz, que le public connaît mieux : "Exit Sun", "Fisheye", "Healter Skelter", "The Madness and the Damage Done", ainsi qu'un morceau de l'album précédent Grindstone. Le public métal ne se sent plus et réclame du jazz à un Munkeby qui leur en propose en brandissant son saxophone à bout de bras. Le set se finit en folie sur "21st Century Schizoid Man" : imaginez un peu un pogo qui vous surprend sur du King Crimson… Shining s'amuse à faire durer la fin, multiplie les fausses conclusions à l'envie, avant de prendre quelques images d'une partie de fosse survoltée à destination du futur documentaire de la tournée.


On aurait pu croire que quarante-cinq minutes, ce n'était pas assez. Et pourtant, on ressort rassasié (et un peu fatigué) de la performance irréprochable de Shining. Aussi, lorsque viendra Knut et sa balance aux basses tellement présentes que les notes de guitares en sont masquées, on ne s'attardera pas plus de quelques morceaux. Shining nous a plus que convaincu ce soir et c'est avec un nouvel enthousiasme que l'on ira se réécouter Blackjazz… Mais qu'est-ce qu'ils sont bons.


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