CHRONIQUE PAR ...

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Sebrouxx
le 17 mai 2011




SETLIST

Mercedes Benz
Eleanor Rigby
Black Dog
Pastime Paradise
I Wish

In a Gadda da Vida
Move Over
Sunshine of Your Love
Redemption Song
Whole Lotta Love 

Rappel:
Come Together

AFFILIÉ

04 mai 2011 - Paris - New Morning


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Les Éternels, en expédition punitive au New Morning, ils s’y rendent en général pour assister soit à un concert de Living Colour, soit à un concert de King’s X. Soit à un concert de Fishbone. Soit à encore un autre concert de Living Colour. Mais - ô miracle, il s’agit cette fois du set de Nguyen Lê qui, à n’en pas douter, comptera parmi les meilleurs que la capitale aura abrités en 2011 quand en fin d’année sonnera l’heure des comptes, bilans et autres Top 10. Et si au New Morning, le plafond est bas, ce soir tant musicalement que scéniquement, la barre est haute. Jump !

Sans trop entrer dans le détail et parler boutique, il est extrêmement rare d’assister à la totalité de la (très longue) balance préalable à tout prestation publique. Ce fut pourtant le cas aujourd’hui pour ce concert. Pour ne pas dire événement puisque pour l’heure il s’agit de la seule unique date que Nguyên offrira en 2011 au public parisien, désireux de découvrir la face live de son dernier album, le plus qu’excellent Songs Of Freedom (Chronique ici). Le show est d’autant plus attendu que Nguyên se verra accompagné de la quasi-totalité des musiciens et vocalistes avec lesquels il a enregistré ce nouveau chapitre de sa discographie. Que du beau linge se balade donc dans cette salle du New Morning, remuée de surcroît par les allers-venus des techniciens de Radio France présents pour une diffusion partielle de la prestation dans l’émission Jazz Club d’Yvan Amar. Ajoutez-y d’autres spécialistes chargés de l’installation vidéo, la fine fleur de la photo jazz, plus quelques privilégiés et l’ambiance s’avère aussi idyllique qu’électrique. Le guitariste, d’une concentration et d’une rigueur infinies, ne laisse rien passer, mais avec un sens de la diplomatie dont notre Quai d’Orsay devrait davantage s’inspirer quand il aura cinq minutes…

A l’extérieur, le public s’impatiente, cherche à grappiller la moindre information, à capter la moindre petite vision de la scène dans l’entrebâillement d’une porte d’entrée qui s’ouvre pour finalement trop vite se refermer. Non que l’artiste du soir accuse un retard fort désobligeant. Juste que la date du jour suscite un énorme engouement en raison de la présence non pas de guests, d’invités spéciaux et autres VIP, mais simplement des principaux artisans qui ont fait de Songs Of Freedom l’album essentiel qu’il est tout simplement ! Parce que côté surprises, Nguyên avait prévenu, le menu du soir ne sera constitué « que » des titres de Songs Of Freedom. Aucune reprise en vue, pas même celles du répertoire d’Hendrix que Nguyên et apôtres avait déjà réarrangé sur l’album Purple. Aucun extrait des autres opus du guitariste ou de ses invités. En gros, une dizaine de titres (le groupe ne poussera quand même pas le vice à aller jusqu’à en reprendre les titres interludes) qui font craindre que la soirée va passer à vitesse grand V. Avec la quasi-intégralité d’un album, aussi bon soit-il, de 50 minutes, il va être difficile d’en allonger la durée plus que de raison. À moins de le jouer plusieurs fois de suite…

Et pourtant, la soirée - en plus de flirter avec les 2 heures 45 minutes - sera constituée de deux sets de cinq titres, séparés d’un longue pause pipi-bière-tapas-clope-bière… dans l’ordre que vous souhaitez. Nguyên lui s’en moque bien de l’ordre, du moins pour la setlist qui ne suivra pas l’ordre exact des titres tels gravés sur CD. Malin celui comprendra la logique du musicien quant à l’ordonnancement pour lequel il a opté ce soir, mixant allègrement furies furieuses et accalmies bienvenues (et souvent passagères au regard de l’énergie déployée sans faillir par chaque intervenant sans exception). Certes sera à déplorer la trahison technique du préampli de basse de Linley Marthe qui obligea les techniciens à se plonger assez longuement sur le sujet avant changement de matériel à l’identique. Mais pour le reste, que de maestria et de plaisir incendiaire, entrecoupés par quelques traits d’humour d’un Nguyên maître de cérémonie ! Rien à redire sur la section rythmique, inchangée tout au long du set, entre Linley qui en impose muni sa Jazzbass 4 cordes et Stéphane Galland qui confirme tout le bien qu’il était possible de penser de lui au court d’un court solo de présentation. Mais là où se situe le tour de force, et sans chercher bien loin, ce sera dans cette faculté de switcher d’une ambiance musicale à une autre.

Et autant les morceaux les plus rugueux conservent leur efficacité (“Whole Lotta Love”, “Black Dog” et “Sunshine of Your Love”), autant les titres plus aériens prennent une ampleur démesurée, parfaitement servis par un son d’ensemble aux petits oignons. Ils en deviendraient mêmes les plus attendus de la soirée finalement ! Mention spéciale à Julia Sarr qui rayonne lors de son interprétation de “Redemption Song”, mais également à Ousman Danedjo, tout en technique et pourtant retenue sur le délicat “Pastime Paradise” tel que réarrangé. Marley et Wonder n’auraient probablement pas trouvé grand chose à en redire. Mais s’il y en a trois qui ont crevé l’écran (et ce dès le soundcheck), ce sont bien David Linx, Dhafer Youssef et ce diable de Prabhu Edouard au tabla. Linx s’avère être une véritable bête de scène, sans jamais trop en faire, sans manger l’espace en dépit de sa grande taille. Dhafer Youssef, lui, capte l’attention à grands renforts d’aigus reconnaissables entre mille, envoûtants et particulièrement raccord avec le jeu de Nguyên et son maniement de la pédale de volume. Quant à Prabhu Edouard, l’homme est une sommité de son instrument, dont la maîtrise n’a d’égale que la bonne humeur communicative. Si maintenant vous n’êtes pas convaincus…


… il ne vous reste plus qu’à vous concentrer sur le travail effectué par Nguyên himself, sans cesse aux abois, au four et au moulin. Au four, c’est-à-dire muni de sa Stratocaster Relic qu’il n’a pas lâchée de la soirée (faisant quelques déçus qui l’espéraient voir s’emparer de son emblématique guitare Custom Julien Gendre, pourtant sur scène). Et au moulin c’est-à-dire en envoyant nappes et effets entre deux parties de guitare, via son portable Mac qui a tourné à plein régime. Chacun de ses chorus, chacune de ses interventions furent salués comme il se devait. Soit avec infiniment de respect. Putain de soirée, tiens !

Crédit photos: Sébastien ROUX / SNRX
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