CHRONIQUE PAR ...

29
Sebrouxx
le 01 juillet 2011




SETLIST

Set 1:
In the Flesh?
Thin Ice
Another Brick in the Wall, Pt. 1
Happiest Days of Our Lives
Another Brick in the Wall, Pt. 2
Mother
Goodbye Blue Sky
Empty Spaces
What Shall We Do Now?
Young Lust
One of My Turns
Don't Leave Me Now
Another Brick in the Wall, Pt. 3
Last Few Bricks
Goodbye Cruel World

Set 2:
Hey You
Is There Anybody Out There?
Nobody Home
Vera
Bring the Boys Back Home
Comfortably Numb
Show Must Go On
In the Flesh
Run Like Hell
Waiting for the Worms
Stop
Trial
Outside the Wall

AFFILIÉ

Waters, Roger
Paris - Bercy
(03 mai 2007)

01 juillet 2011 - Paris - Bercy


Waters,_Roger_Paris_-_Bercy_20110701

Selon toute vraisemblance, ce n’est pas tous les jours que l’on fête ses trente ans. The Wall, œuvre-concept générationnelle de toutes les controverses, aura dignement fêté les siens. Entre sa reprise par le groupe Australian Pink Floyd, puis sa ressortie en grandes pompes (doux euphémisme) par Waters lui-même, l’album s’apprête à connaître une nouvelle remasterisation dont la sortie est prévue (avec le reste de la discographie du Floyd d’ailleurs) pour la mi-septembre. Une sacrée actualité même si le World Tour watersien, comprenant pas moins de quatre dates à Paris entre mai et juin, occulte sans commune mesure le reste. Show still goes on pour cet album interprété en intégralité, et en deux sets (gagnants) séparés d’une demi-heure d’entracte.
 
Chef d’œuvre pour les uns, boursouflure égomaniaque pour les autres, le onzième album de Pink Floyd continue de partager le public, à commencer par les fans inconditionnels du groupe. Pourtant sa transcription live reste attendue comme le Messie, en particulier par les quelques chanceux rencontrés qui se remémorent toujours la tournée originelle de 1980-1981 (31 dates au total pour 4 villes visitées, Los Angeles, New York, Londres et Dortmund). Les autres, pour ne pas dire les plus jeunes, trépignent déjà d’impatience au pied du Mur… à l’entrée de Bercy, plein comme un œuf ces quatre soirs qui risquent de rester un sacré moment dans les annales. En somme, côté ambiance, c’est gagné d’avance avant même que ne résonne la première note de “In The Flesh ?” et que Waters fasse son entrée sur scène, haranguant les premiers rangs du public. Un sacré charisme à la base, mais pour The Wall, disons qu’il en fait une histoire personnelle… mutée en un sons et lumières grandiloquent (avec “Comfortably Numb” pour point d’orgue incandescent ) qui tient autant du feu d’artifice royal que de la Fête Foraine offerte par un millionnaire.  Soit un show 24 carats plus que rôdé, à la (dé)mesure de l’œuvre musicale qu’il supporte et illustre (avec force explosion d’avion, vol d’hélicoptères et… de cochon emblématique). Mais en 2011, que reste-t-il de The Wall côté contenu ? Pour cela, il faut gratter le vernis et, indéniablement, demeure cet étrange mélange des éléments autobiographiques de son auteur, de fort pamphlet anti-militariste et de contestation du système éducatif d’alors et du star system. Dans sa version 2.0, ajoutez au fond de sauce un ambivalent message sur la surconsommation, la surmédiatisation et l’usage excessif d’Internet et des réseaux sociaux.

Pourtant le postulat initial reste ce « grandeur et décadence » de Pink, personnage central, émanation de Waters, rockstar au succès aussi soudain que sa dépression et son isolement schizophrène vont s’avérer aigus. Le récit s’apprécie d’autant plus que le spectateur se trouve à proximité de la scène. En revanche une vision plus éloignée, en grand angle dirait-on, offre un spectacle tout autre, plus accès sur les thématiques suscitées, sur une pyrotechnie de tous les instants et un déluge d’images, de paroles et de messages défilant sur ce Mur blanc tout au long de sa progressive édification. Dès lors, ce fameux Wall devient alors le personnage central, alimentant son propre récit parallèle et reléguant indéniablement celui de Pink à l’arrière plan. Et ce à l’image de l’ensemble des musiciens, bien présents en début de set, puis totalement invisibles sous cet amoncellement de briques. Cette absence de vision rappelle loin s’en faut le concept de base de Waters qui souhaitait en fait ériger un mur entre le Floyd et le public afin d’éviter tout débordement de fans récalcitrants comme ce fut le cas lors d’une étape canadienne du groupe en 1977. A Bercy, un simple cortège d’agents de sécurité suffira à contenir une audience qui se fait surtout entendre lors des highlights du show (“Young Lust”, “Mother”, “Another Brick in the Wall part 2” bien sûr et le climax tant visuel que guitaristique constitué par “Comfortably Numb”). Le reste est aussi religieusement écouté qu’il s’avère magistralement interprété. Certes Nick Mason et David Gilmour pointent aux abonnés absents, même si moult spectateurs ont néanmoins entretenu la flamme d’une hypothétique visite surprise en France. En vain.

Waters sait forcément s’entourer, ce n’est pas une nouveauté d’autant que certains instrumentistes appartenaient déjà au line-up de sa précédente tournée dédiée à Dark Side of the Moon. A commencer par le claviériste Jon Carin et les guitaristes Snowy White (seul survivant de la tournée originelle de 80/81 !) et Dave Kilminster qui n’a de commun avec le Lemmy de Mötorhead que le nom de famille. Dernier six-cordiste en date, GE Smith prend la relève d’Andy Fairweather-Low, ami de longue date de Waters. Dix-huit cordes remplacent-elles alors les six de Gilmour ? Là n’est pas le problème au regard du résultat final, plus que réussi (l’instrumental “Is There Anobody Out There” en témoigne), en  dépit de passages qui -s’ils ne manquent pas d’ampleur- souffrent de trop de rigidité mécanique (“Vera” et dans une moindre mesure “Bring the Boys Back Home.”) Il en va de même pour le passage solo de “Another Brick in The Wall Part 2” : passé le solo original de Gilmour, ceux de White et Smith (du moins pour les sets où ce dernier le prenait) tirent un peu en longueur. Et pour peu que Harry Waters (fils de…) y aille de sa tirade aux claviers, à l’image de ce que réalisait feu Richard Wright en son temps, l’indigeste se fait poindre. Une manière musicale de rentabiliser la présence alors de l’imposant personnage du Maître d’Ecole, un des nombreux freaks que la scène acceuille bien évidemment tout au long du spectacle. Mention spéciale d’ailleurs aux créatures de l’ex-femme et de la Mère, figures surprotectrices rejetées par un individu anéanti par ses propres turpitudes et réduit à l’état de poupée de chiffon désarticulée. Le public, définitivement conquis, est lui lessivé, achevé par la Marche au pas d’une Armée de Marteaux animés et l’écroulement d’un Mur qu’il ne reverra probablement plus jamais du même œil.


L’histoire se poursuivra à n’en pas douter dans les salons avec une prolongation en DVD et Blu-ray. Le spectacle y perdra en ampleur ce qu’il y gagnera en lisibilité puisque l’ensemble des points de vue et des récits seront alors parfaitement couverts. Il n’empêche que The Wall 2011 tient pour l’heure le rang de plus beau concert que le Palais Omnisports de Paris-Bercy ait accueilli. Waters souhaitera-t-il placer une barre plus haut à l’avenir ? Elle sera en tout état de cause déjà bien difficile à repasser.



Crédit Photo : SnRx
Galerie photos disponible ici
Un grand remerciement à l’équipe de Live Nation


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 5 polaroid milieu 5 polaroid gauche 5