CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
le 20 novembre 2012




SETLIST

MORBID ANGEL :

Immortal Rites
Fall from Grace
Rapture
Maze of Torment
Sworn to the Black
Existo Vulgore
Nevermore
Lord of All Fevers and Plague
Chapel of Ghouls
Where the Slime Live
Blood on my Hands
Bil Ur-Sag
God of Emptiness
World of Shit



KREATOR :

Mars Mantra / Phantom Antichrist
From Flood Into Fire
Enemy of God
Phobia
Hordes of Chaos
Civilization Collapse
Voices of the Dead
Extreme Aggression
People of the Lie
Death to the World
Coma of Souls / Endless Pain
Pleasure to Kill
The Patriarch / Violent Revolution
United in Hate
Betrayer
Flag of Hate / Tormentor

AFFILIÉ

Kreator
Wacken
(06 août 2005)
Clisson - Hellfest
(24 juin 2007)
Tournée
(27 novembre 2014)
Wacken (wacken)
(02 août 2008)
Paris - Elysée Montmartre
(27 janvier 2009)
Marseille - Espace Julien
(02 février 2009)
Thrashfest (Elysée Montmartre)
(13 décembre 2010)
Hellfest (Clisson)
(18 juin 2011)
Hellfest (Clisson)
(21 juin 2013)

Morbid Angel
Cincinnati - Bogart's
(22 avril 2004)
Paris - Trabendo
(28 novembre 2014)

06 novembre 2012 - Paris - Bataclan


Kreator_-_Morbid_Angel_Paris_-_Bataclan_20121106

On le sait bien, Kreator aime bien tourner avec des groupes évoluant dans des sphères différentes des siennes. Parfois ça le fait, comme la tournée avec Dark Tranquility en 2005 ou Celtic Frost (et Watain) en 2007 ; parfois ça craint méchamment, comme ce triste package avec Eluveitie et Caliban en 2009 devant une Elysée Montmartre désertique. Ce cru 2012 ne déroge pas à la règle, avec ce combat ultime entre les cousins ennemis, la thrash team contre la death squad, Kreator et Fueled by Fire contre Morbid Angel et Nile.

L'organisation du merch' renforce encore cette impression de baston de catch à 4, avec dans un coin de la salle le stand de Kreator et Fueled By Fire, et dans un autre celui de Morbid Angel et de Nile. Chacun son côté du ring en quelque sorte ! En revanche, le combat paraît un peu déséquilibré, puisque Fueled by Fire ne peut évidemment pas rivaliser avec les trois poids lourds qu'il accompagne. Mais que voulez-vous, il faut bien des groupes pour ouvrir le bal… Et d'ailleurs, avec un tel programme, il fallait arriver de bonne heure, puisque le début du set de Fueled by Fire était prévu pour 17h30. Pas facile comme horaire, surtout en semaine… Mission impossible pour votre serviteur, qui n'arrive au Bataclan que pour Nile, dans une salle encore loin d'être pleine (même si l'affluence sera au final très satisfaisante, malgré la fermeture du balcon). Pas ma tasse de thé sur album, mais il faut bien reconnaître le savoir-faire des Américains, dont les titres passent très bien sur scène malgré leur grande technicité. Les musiciens sont faciles, à l'image d'un George Kollias impérial derrière ses fûts en dépit de quelques soucis techniques qui semblent l'agacer fortement, ou encore Karl Sanders qui, tel Michael Romeo, parvient à produire de véritables miracles avec ses gros doigts boudinés. Les changements d'ambiance, de voix (les deux guitaristes et le bassiste se relaient au micro) et de tempo sont assurément un des points forts de Nile, et toute l'essence du groupe est résumée dans le dernier titre du set , "Black Seeds of vengeance" : quand le groupe bourrine, il y a mieux sur le marché, mais ce final à trois voix d'une lourdeur absolue, quel régal ! Au final, une mise en bouche fort agréable, mais on n'en attendait pas moins de la part d'un groupe aussi réputé.
Après les princes, c'est maintenant au tour des rois, que dis-je, des empereurs du death metal de monter sur scène. Un des parrains les plus anciens et les plus charismatiques, mais dont l'autorité est contestée depuis un dernier album qui n'a pas fait l'unanimité (et c'est un doux euphémisme). Est-ce en réaction aux nombreuses polémiques que Morbid Angel a annoncé ne jouer que des titres issus de ses deux premiers albums sur cette tournée ? Vu que le groupe dispose d'un créneau d'1h15, ça reviendrait donc à jouer Altars Of Madness et Blessed Are The Sick en intégralité, y compris les morceaux les moins bons ? Etonnant, mais ce ne sera que du pipeau puisque Morbid Angel a pioché dans presque tous ses albums pour concocter sa setlist. D'ailleurs, l'album le plus représenté au final aura été… Covenant ! Le groupe aura même interprété deux titres issus du si controversé Illud Divinum Insanus, en l'occurrence les deux titres les plus « classiques » ("Existo Vulgoré" et "Nevermore"). Scéniquement, le contraste est amusant entre les deux leaders : d'un côté, David Vincent à fond dans les codes entre les poses, les fringues cloutées qui font ressortir sa musculature et les appels du pied aux fans, lui qui hésite même entre les morceaux à parler normalement avec sa belle voix grave ou continuer de vociférer pour faire plus true ; de l'autre, Trey Azagtoth on ne peut plus discret, planqué derrière son abondante chevelure, presque gêné. Un petit signe pour les fans après "Nevermore", un petit sourire après son court solo, et c'est à peu près tout. Point de mépris de sa part, mais on sent qu'il est là avant tout par amour de la musique. Et de ce point de vue, on a pris cher avec une setlist aux petit oignons, blindée d'authentiques classiques du death comme "Maze of Torment" ou "Chapel of Ghouls".
La barre était haute pour Kreator, mais on sait bien que c'est dans l'adversité que les Allemands sont les plus forts. Le décor est monté derrière un intrigant rideau blanc, qui augure d'une belle production scénique. Celui-ci tombe après la projection de l'habituelle présentation video mêlant images d'archives et pochettes des albums, et effectivement, ça a de la gueule : la pochette de Phantom Antichrist est reproduite sur scène, avec les têtes plantées au bout de piques et les chevaux squelettiques attelés à la batterie. Terrible ! Nettement moins convaincant en revanche, le son, carrément abominable, over-saturé en basse à tel point que ça grésillait de partout. Les guitares étaient noyées dans ce magma sonore, et il valait mieux bien connaître les morceaux pour profiter de certains petits détails, comme les gimmicks de guitare lead à la fin de "Pleasure to Kill", quasi inaudibles pour le fan de Morbid Angel qui ne connaissait pas trop Kreator. Il serait temps qu'un jour, les ingés-son prennent conscience qu'avec des places à 37 euros, un son correct est un minimum. Que celui-ci soit difficile à régler en open air, OK, mais en salle, ça fait chier quand même … L'autre enseignement majeur de ce concert, c'est que Kreator croit à fond en Phantom Antichrist, et qu'il valait mieux aimer ce dernier pour profiter pleinement de ce concert, puisque pas moins de 5 titres sur les 9 de l'album auront été joués, malgré un temps de jeu légèrement inférieur à un concert en tête d'affiche classique (co-headlining oblige, Kreator disposera d'environ 1h25). Le hic, c'est que si ces morceaux sont excellents sur CD, la transposition sur scène n'aura pas toujours été une réussite totale (y compris l'imparable morceau-titre), d'où un début de concert un peu poussif.
L'ambiance n'aura donc vraiment décollé qu'avec une version atomique de "Enemy of God". Avec "Phobia" derrière, ça y est, le pit s'est embrasé pour de bon. La setlist n'est cependant pas du goût de tout le monde, notamment des 2 trves qui ronchonnent derrière moi et qui sont à deux doigts de craquer au début de "Voices of the Dead". Effectivement, on arrive pratiquement à la moitié du show, et hormis "Phobia" (qui ne date pas non plus de l'âge d'or du groupe), tous les titres joués datent des années 2000 ! Patience ça arrive, et boum "Extreme Aggression" / "People of the Lie" dans les gencives ! Mais effectivement, la période 100% pur thrash des 5 premiers albums n'aura pas été la plus mise en avant au cours de ce set, et après l'habituel wall of death sur l'intro de "Coma of Souls" et l'enchaînement de classiques "Endless Pain" / "Pleasure to Kill", Kreator a vite fait de revenir à sa période récente. On aura même vu Sami Yli Slirnio jouer un peu de guitare acoustique en intro de "United in Hate" : quoi, de la gratte sèche à un concert de Kreator ? Et pourquoi pas un gouvernement de gauche qui augmente la TVA tant qu'on y est ! A un moment, je finis par me retourner et je vois mes deux muppets les bras croisés pendant "Violent Revolution", juste par principe puisque ce morceau, über-puissant au demeurant, date d'après 1992. Ils ont à peine 20 ans, comme quoi, pas besoin d'être vieux pour être sectaire… Arrive enfin le moment tant attendu, à savoir l'inamovible final "Flag of Hate" / "Tormentor". Ah, ce truc-là, on peut l'avoir vu plein de fois, cela reste un moment que tout metalhead devrait avoir vécu une fois dans sa vie. Cette capacité de Petrozza à faire beugler toute l'assistance à un tel niveau sonore, puis à s'offrir un dernier moshpit aussi apocalyptique, c'est tout simplement grand.


Sacré plateau sur le papier, et tout le monde a assuré à fond. Mais comme d'habitude, à la fin, c'est Kreator qui l'emporte. Même quand Mille n'est pas en super forme et qu'il bafouille à moitié des speeches qu'il a répétés des dizaines de fois (pas beaucoup de renouvellement sur ce point, mais qui y croit encore ?), même quand le son est abrutissant, Kreator lamine tout sur son passage grâce à l'énergie communicative que dégage sa musique, avec ses riffs dévastateurs pour le pit et ses refrains immédiats. Impressionnant ce groupe, une vraie machine de guerre qui ne s'enraye jamais.


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