Hellfest 2013


Hellfest

UN REPORTAGE DE...


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JC


SOMMAIRE

Jour 1 : 21 juin 2013
Jour 2 : 22 juin 2013
Jour 3 : 23 juin 2013

REPORTS DU JOUR


Danko Jones
(Kroboy)
Ghost
(JC)
Gojira
(Dimebag)
Ihsahn
(Silverbard)
Leprous
(Silverbard)
Moonspell
(Kroboy)
My Sleeping Karma
(JC)
Punish Yourself
(JC)
Svart Crown
(Silverbard)
Symphony X
(Silverbard)
Volbeat
(Kroboy)


GALLERY

Un grand merci à tous ceux qui nous ont largement dépannés en photos:

Christophe Ochal (Metalchroniques)

www.OZIRITH.com

Metalorgie

Wasted (VS Webzine)

 


Jour 3 :23 juin 2013



Quand on y pense, faut quand même être un peu barjo pour commencer une journée de concerts à 10h30. Cela signifie qu'il va falloir être assez endurant pour un marathon de presque 16h de metal (!), après avoir mal dormi dans une tente ou une bagnole, pendant à peine quelques heures, et parfois avec 3 grammes dans chaque bras. Présenté comme cela, ça ne donne pas forcément envie ; et pourtant, cette année encore, pas mal de courageux se seront décidé à arpenter l'espace du festival à l'heure où d'autres se rendent à l'Eglise ou matent tranquillement Téléfoot.

On dit souvent que jouer en ouverture le dimanche, c'est un cadeau empoisonné pour les groupes, car ils sont presque sûrs de jouer devant trois pelés et un tondu. Et bien nous, on y était ! A la fois au Temple pour Leprous (report ici) et devant la Mainstage pour The ARRS. 10h30, ça fait un peu tôt pour un concert de metal hardcore, surtout avec 2 jours de fest dans les jambes ; mais voilà, The ARRS, même à cette heure-là, ça ne se refuse pas vu la réputation scénique des Franciliens. Celle-ci est parfaitement justifiée : dans un style et un positionnement sur l'affiche semblable à celui de Zuul FX en 2011, The ARRS arrive à un résultat comparable. Des titres puissants, majoritairement tirés du dernier album ("Mon épitaphe", "1781", "Du berceau à la tombe" opu encore l'excellent "Authentiques / Indignés"), des musiciens impliqués, un frontman charismatique qui enlève une épaisseur de vêtement à chaque morceau et un public qui répond présent malgré la pluie fine, avec ce premier cirle pit à l'heure du petit déjeuner. Et encore, on a failli réaliser le grand chelem, mais JC, si matinal d'habitude, s'est réveillé un peu tard pour assister au set d'Eryn Non Dae. Il attaquera donc sa journée avec Truckfighters. Autant dire que ce groupe à tout pour réussir ; le son est si typé stoner qu' on a l'impression de bouffer du sable et les compos délivrent un bonne dose d’énergie, idéal pour se mettre dans le bain en ce troisième jour. Le guitariste lui est une vraie pile, arpentant chaque recois de la scène du début jusqu'à la fin du concert. Certains titres rentrent dans le crâne d'entrée de jeu ("Desert Cruiser" en tête) et se révèlent bougrement efficaces. Comme quoi, en Suède aussi ils sont capables de nous pondre du stoner de qualité. Assurément un des meilleurs concerts dans ce registre durant ces trois jours. On ne pourra malheureusement pas en dire autant de Svart Crown, dont le set a été lourdement handicapé par un son de piètre qualité (report ici).

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Direction la Maintage 1 pour un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte. En effet, le livret officiel nous apprend qu'Heaven's Basement est un groupe qui a « le potentiel pour devenir un des plus grands de l'histoire du rock ». Et oui, rien que ça ! Ah ces attachés de presse… Reste que si la description est évidemment exagérée, on aura vu une bande de jeunes loups aux dents longues, capables de tenir une grande scène avec aisance, avec un certain sens du spectacle (le chanteur ira même tenter un rapide slam) et quelques compos déjà très efficaces, "Fire, Fire" en tête. Un bon petit set. Si Prong avait obtenu un créneau au niveau de son succès critique, ils auraient joué en début de soirée ; mais comme ils en ont choppé un plus conforme à leur succès commercial, c'est vers 13 heures et sous une météo capricieuse que les Américains montent sur scène devant un parterre clairsemé. Tommy Victor n'en a cure et affiche une bonne humeur éclatante, tout comme ses deux acolytes et leurs tronches impayables. Difficile d'ailleurs de croire qu'ils ne sont que trois quand on voit le barouf généré par le groupe ! Leur power / thrash tout en muscles fait mouche et le hit "Snap your Fingers, Snap your Neck" vient conclure une prestation réussie. C'est ensuite au tour de Mustasch de se produire devant une Mainstage toujours aussi déserte pour l'instant. Les Suédois se mettent d'ailleurs au diapason avec une scène dépouillée à l'extrême, sans aucun ampli, juste les 4 musiciens avec les retours. Le heavy puissant de ces vieux briscards est bien fourni tant en riffs velus qu'en mélodies soignées, mais ce set aura connu son lot de temps mort et le groupe aura peiné à installer une vraie dynamique. On notera tout de même la bonne participation du public, encouragé par un Ralf Gyllenhammar surprenant : des chanteurs qui descendent boire une bière dans les premiers rangs, on en connaît, mais avec une guitare, c'est pas courant ! Et d'ailleurs, c'est bien plus compliqué pour remonter !

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Fidèle à son habitude, JC aura plutôt arpenté les scènes annexes en ce dimanche. Après un set planant de My Sleeping Karma (report ici), cap sur la Warzone pour voir le concert des Treponem Pal. Ce dimanche aura vu des groupes un peu à part passer sur la scène hardcore/punk et les Français en font partie. Est-ce cela qui explique la faible affluence ? Allez savoir… Quoi qu'il en soit, les motivés auront eu droit à la venue de deux danseuses histoire de faire plaisir à leurs yeux pas totalement ouverts en ce début d'après midi. Un set sympa mais sans plus, clôturé par le classique "Excess and Overdrive". Une petite dose de black ensuite avec Seth. Comme pour Treponem Pal, on reste dans le domaine du sympa, avec une interaction très limitée avec le public. On aura longtemps espéré un petit "Les blessures de l'âme", pour clore les débats par exemple, mais en vain… Danko Jones se montre déjà beaucoup plus convaincant (report ici), de même que Mass Hysteria. On peut penser ce qu'on veut de leur discours un peu hippie sur la positive attitude, complètement éculé certes mais toujours aussi salutaire tant ce genre de propos et de mentalité semblent se perdre. Mouss aura aussi égratigné comme il se doit le Petit Journal de Canal +, qui « fait passer les metalleux pour des beaufs » ; séquence détournée comme un hommage par ces derniers grâce à la magie du montage. Ah, les joies de la désinformation… Mais le moins qu'on puisse dire, c'est que derrière, ça assure toujours autant. Du show, un des plus gros circle pits du fest (avec s'il vous plait Mouss, le guitariste et le bassiste qui jouent "P4" au milieu du pit !), un final parfait sur "Furia" où les Mass invitent un peu tous les groupes français du jour à la bagarre (notamment The ARRS). Très gros concert pour un groupe dont le capital sympathie ne semble pas se réduire après pourtant presque 20 ans de carrière. RESPECT. Quant à Ihsahn, il se paie un nouveau triomphe au Temple après celui de l'année dernière (report ici).

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Le premier EP de Newsted n'a pas franchement convaincu et l'album qui arrive bientôt ne s'annonce pas meilleur. L'ex-bassiste de Metallica ne ménage pourtant pas sa peine, se débrouille correctement au chant, paraît très sincère dans ses discours de remerciement à la famille du metal et gère habilement un début de set délicat (l'ampli basse non-branché… un comble !) ; mais voilà, quand les compos ne suivent pas… Et puis sans déconner Jason, vire-nous ce guignol de Mike Mushok : non seulement ses solos ne sont pas terribles, mais ce jeu de scène alors… Encore plus ridicule que Janick Gers (comme quoi, c'est possible) ! Le pont de "Creeping Death" et la reprise de "Whiplash" n'auront été qu'une maigre consolation. Les Spiritual Beggars ne font pas beaucoup mieux : la Valley est pleine à craquer et Mike Amott nous a sorti son bandana pour invoquer l'esprit psychédélique des 70's, mais le hic provient plutôt du chant : si Apollo Papathanasio se débrouille très bien sur la période récente, sa voix ne correspond pas du tout aux titres de l'ère Spice, soit une bonne moitié du set. Et que dire de cette présentation des musiciens à rallonge (pas loin de 4 ou 5 minutes !), là où le groupe aurait largement pu avoir le temps de jouer "Mantra" ? Heureusement, Misery Index redresse la barre. VIOLENCE ! Voilà, à peu de choses près, comment on pourrait résumer le show des Américains, offert à un Altar meurtri sous les coups de boutoir death-grind du combo, mais apparemment très heureux de la prestation proposée. Ce fut donc très bourrin, extrêmement rapide à la batterie (le frontman vantera d'ailleurs le kit monstrueux de son batteur avec un petit « not bad, huh ? ») et extrêmement lourd et technique dans l'ensemble. Ce groupe sait écrire de vrais tubes quand il ralentit un peu le tempo, un peu sur le modèle d'un Dying Fetus, dont certains membres de Misery Index sont d'ailleurs issus. Le son s'avérant à peu près correct, on aura donc passé un bon moment. Notre nuque, nettement moins.

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Pas moyen de rater les Américains de The Sword, excellent combo de heavy / stoner un peu entre Black Sabbath et Electric Wizard qui se produit dans la Valley. De la lourdeur donc, des tubes, du groove, un chanteur au taquet et de très, très bon musiciens, notamment un batteur en surpoids (le mec était aussi gros que son kit, c'était marrant) qui envoie sacrément ! Pour l'originalité, on repassera, mais The Sword a rempli sa mission, faire kiffer les amateurs de rock lourd. Dans un registre beaucoup plus léger, je demande Korpiklaani. Pour résumer, c'est un groupe qui enchaîne les sorties vitesse grand V (quasiment un album par an depuis 2003) sans aucun sens de l'exigence, d'où des albums de plus en plus minables. C'est aussi un groupe dont le folk festif fait un malheur en live, et plus particulièrement en festival où il fait office de récréation bienvenue. Cette prestation au Hellfest ne fait pas exception : les Finlandais font un malheur dans un Temple plein à craquer de fans et de curieux venus participer à la fête. Il faut bien reconnaître que leur musique est diablement efficace, et seuls les pisse-froids ne se seront pas laissé entraîner par cette ambiance de feu ! Dans la foulée, l'affluence est tout aussi monstrueuse devant l'Altar pour assister au show de Wintersun, qui confirme ainsi son rang de groupe culte. Malheureusement, c'est la douche froide avec ce son épouvantable : les guitares sont restées longtemps inaudibles, et le chant n'est guère mieux loti. Pas grave, car les fans sont là pour chanter, et ils sont aussi nombreux qu'enthousiastes ! Ce public chaud bouillant est clairement le point le plus marquant de ce set davantage axé sur Time I, interprété quasiment en entier, que sur Wintersun. Un choix assez regrettable d'ailleurs, vu l'ambiance démentielle sur l'enchaînement final "Beyond the Dark Sun" / "Starchild". A l'arrivée, Jari Mäenpää avait l'air comblé, et les fans aussi (malgré le son) : c'est l'essentiel, non ?

Et le punk dans tout ça ? Ca se passe du côté de la Warzone avec les légendaires Buzzcocks. Qui nous montrent que même à 60 piges (du moins pour les membres les plus vieux), on n'est pas forcément un mou du zboub. Les titressont fédérateurs, et pourtant le public ne répond pas forcément à l'appel. Un tel groupe quand même... En tout cas, les keupons présents ont pris leur pied et c'est bien normal. Pareil pour les fans de death devant un Gojira en très grande forme (report ici), puis pour les fans de heavy burné (on n'ose même plus parler de prog'…) devant Symphony X (report ici). Au Temple, c'est une véritable leçon que nous administre Dark Funeral. Du black metal dans une veine radicale, au grand dam de ce jeune couple, elle en haut Cradle of Filth, lui en hoodie Dimmu Borgir, qui auront rapidement quitté les abords de la scène. Apparemment, Emperor Magus Caligula est de retour, au moins pour cette tournée, et c'est tant mieux. Sur le plan musical, les Suédois sont précis et la restitution des morceaux est bien plus fidèle et reconnaissable que chez Immortal : c'est toujours un plus quand on dispose de tueries comme "Vobiscum Satanas" ou "The Secret of Black Arts". Voilà un des groupes qui aura fait le plus honneur à cet énorme néon en forme de pentagramme, astucieuse trouvaille visuelle pour ce Temple version 2013. Dans la Valley, Down remplace Clutch au pied levé avec un set spécial, comme Anselmo l'avait annoncé la veille.  Impossible de rater ça ! Au menu, des invités comme Madame Anselmo entre autres et des reprises de Crowbar, Corrosion Of Conformity, Eyehategod et Pantera. Un son gros comme ça, une Valley pleine à péter. Bref, un énorme boeuf, excellent ! Le public aura spontanément scandé le nom de Clutch en soutien à Neil Fannon, qui venait juste de perdre son père. Un très bon moment en somme qui se sera terminé par une reprise abrégée de... "Walk" ! C'est pas beau ça ? Phil nous l'avait dit la veille, il aime le Hellfest et lui et les siens viennent de le montrer avec ce set.

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Après les Buzzcocks, ce sont d'autres légendes du punk qui prennent possession de la Warzone : les déjantés des Toy Dolls mesdames et messieurs. Et là, ZE baffe ! C'est entre une humeur bon enfant et des jets de confettis qu'on aura vécu ce petit moment revival des années 70 / 80. Dégaine pas possible (les binocles sont toujours au rendez-vous), des tronches dont on se souviendra longtemps, tout était là pour nous faire passe un putain de moment. Et ce n'est pas la blessure au genou du bassiste, immobilisé sur une chaise tout le concert du coup, qui aura enlevé de son intensité au concert. Plus sérieux mais non moins efficace, Moonspell livre un excellent set devant à l'Altar (report ici). Après une pause générale le temps du trio Lordi / Marduk / Danzig, ce n'est pas forcément la grosse motivation au moment d'aller voir Hypocrisy. Ca commencer à cailler sérieusement, tout le monde à mal aux pattes et l'appel du sommeil se fait sentir. Allons quand même voir le début, il sera toujours temps d'aviser ensuite. Mais à peine "End Of Disclosure" lancé, ces considérations sont déjà bien loin. Mon Dieu, ce son ! Y a-t-il un rapport avec l'autre métier de producteur du leader Peter Tägtgren ? En tout cas, c'est le meilleur rendu sonore vu sous cette double tente black / death réputée compliquée à sonoriser. La batterie ne donne pas l'impression d'être trigée et sonne de façon naturelle, tandis que les guitares et la basse sont précises et bien discernables, de même que où les samples très bien dosés. Quant aux compos, rapidement répétitives sur albums, elles trouvent un second souffle en live une fois le meilleur sélectionné dans la vaste discographie du groupe. Et puis cette énergie thrash sur fond de mélodeath à l'ancienne, miam! On headbangue gaiement sans voir que le temps est passé vite et que c'est déjà fini. A défaut d'avoir sorti des albums cultes, Hypocrisy est plus qu'une valeur sûre en live et on se sent même pousser des ailes pour quelques heures supplémentaires.

C'est déjà l'heure de la dernière ligne droite avec Volbeat, qui justifie avec brio son statut de tête d'affiche (report ici) tandis que Punish Yourself justifie son statut d'OVNI (report ici). On passe voir aussi, par curiosité, les cultissimes mais très inaccessibles Swans dans la Valley. Et là bon, même si on s'y attendait, c'est un peu l'hallu' : ambiance mystico-droguée à souhait, chant barré, progression des morceaux imbitable voire absente, bref il est très difficile d’accrocher à l'espèce de mixture prog-expérimentale-bruitiste des Américains sans être complètement camé ou taré, voire les deux. Ça rappelle un peu le concert de Sunn O))) l'an dernier au même moment du festoche, en moins insoutenable tout de même (y a quand même de la musique, là). Programmation très intéressante et respectable au demeurant, mais niveau efficacité il faudra repasser. Et y en a qui ont tenu les 2 heures devant ça ? Chapeau ! Dans la Warzone, l'ambiance teknival se poursuit puisqu'après Punish Yourself, ce sont les cultes Atari Teenage Riot qui débarquent pour clôturer le fest à grands coups de hits techno-hardcore des plus virulents (on oscille entre The Prodigy dans les moments les plus « calmes » et de la hard-tek pure et simple dans les moments les plus sales), achevant ainsi les courageux restés jusqu'à cette heure tardive. Les trois barges se chargeront d'assurer un spectacle hautement énergique, même si sur le plan musical, c'est extrêmement limité (les deux mecs ou la nana alternent derrière les platines et font semblant de mixer -en gros ils appuient sur play- pendant que les deux autres arpentent la scène et haranguent la foule en scandant des lyrics révoltés). Une grosse claque pour finir en tout cas ! Dans un registre beaucoup plus conventionnel pour le Hellfest, Ghost clôture le festival de très belle manière (report ici). Suite à un échange avec Danzig, à la demande de ce dernier, la nouvelle sensation se montre digne de ce créneau prestigieux.


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Et voilà, tous les ans c'est pareil : le vendredi matin, on se demande comment on va trouver les ressources pour affronter un programme aussi gargantuesque, et le dimanche soir, on se dit « bordel, comment ça c'est déjà terminé ? » L'édition 2013 n'aura pas dérogé à cette règle immuable, et on a du mal à croire que la fête est finie. Encore un bon cru à l'actif du Hellfest, avec un plateau de très grande qualité pour toutes les chapelles du metal. Allez, seul petit bémol, ça manquait un peu de soleil mais bon, on commence à avoir l'habitude ! A l'heure qu'il est, il est évidemment impossible d'avoir une idée de l'affiche de 2014, mais une chose est sûre : rendez-vous l'année prochaine !


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