Hellfest 2019


Hellfest

UN REPORTAGE DE...




SOMMAIRE

Jour 1 : 21 juin 2019
Jour 2 : 22 juin 2019
Jour 3 : 23 juin 2019

REPORTS DU JOUR



GALLERY

 


Jour 3 :23 juin 2019




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Altar - 10h30 - 11h00 : EMBRYONIC CELLS
C’est parti pour le dernier jour altarien avec les Troyens underground de Embryonic Cells, ainsi récompensés de leur décennie d'implication artistique fidèle. Le combo vient jouer son black death assez atmosphérique à qui voudra bien le recevoir. Devant un parterre très clairsemé, Maxime Beaulieu et ses compagnons vont proposer un set maîtrisé et théâtral, dans la ligne du registre pratiqué. "By Fire" ouvre le court set et restitue un son équilibré, les nappes de synthés n'étouffant en rien le reste de l’instrumentation. Suit rapidement "Accross The Mountain" pour arriver enfin à l’introduction très passionnée du titre "Azathoth" – vous savez ? Le maître des Autres Dieux dans la littérature de H.P. Lovecraft, un million de fois source d’inspiration pour les compositeurs de la noire et morte musique - un crâne offert aux yeux de la foule, un leader maculé de sang, transi... le reste du titre fera effectivement son petit effet. Le dernier titre, "Carved in My Skin", aura aussi son lot d’artifices scéniques à l’aide d’une épée (nda: en espérant ne pas m'être planté de mot pour les puristes). Musicalement et scéniquement inspirée, il est très intéressant de découvrir à cette heure matinale une prestation usuellement proposée dans de petites salles à des heures tardives. « Après on entre ou pas dans le délire », pour citer un festivalier en fin de concert.

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Valley - 10h30 - 11h00 : DDENT
Parmi les plus matinaux des festivaliers encore d'attaque après deux journées intenses, ceux qui répondent présents à l'ouverture de la Valley. Une bière ou un café à la main, ils sont venus voir DDENT, projet oscillant entre le doom et le post-metal. Et il faut bien dire que Louis Lambert et sa bande se débrouillent fort bien devant ce maigre public. Défendant leur deuxième album, Toro, les quatre Français (le duo Marc Le Saux et Louis Lambert s'étant en effet flanqué de deux musiciens de session pour pouvoir délivrer toute l'intensité de sa musique) lancent leurs gros riffs sur la foule éparse de festivaliers. Vêtus de noir, ils ne parleront pas pendant tout le set mais offriront une prestation très solide. La musique est lente, parfaite pour un décollage matinal. Les mélodies de guitare planent dans la Valley, tandis que la basse et la batterie soulignent la lourdeur de ce show instrumental hypnotique. Et alors que les cervicales ne sont pas encore complètement remises de la furie de la veille, les festivaliers se retrouvent de nouveau à headbanguer, lentement, lourdement. On se prend à apprécier les soli de Louis Lambert, l'aspect ultra sérieux de Nico le bassiste ou la chemise à fleurs de Marc Le Saux. Bref, la musique est massive, exécutée très proprement et, même si les musiciens ne sont pas très communicatifs (ils restent surtout très concentrés), cette grosse demi-heure passée en leur compagnie se révèle tout à fait agréable, permettant de démarrer en douceur cette dernière journée. Cerise sur le gâteau, alors que le public applaudit chaleureusement le quatuor, celui-ci se met à lancer dans la fosse plusieurs exemplaires de ses albums. Comme quoi, tout les moyens sont bons pour se faire connaître et le Hellfest est probablement l'un des meilleurs endroits pour cela. Malins les Parisiens !

Valley - 11h40 - 12h10 : GOLD
Votre serviteur abonné à la Valley s'est dit que décidément, il fallait voir ce que pouvait donner GOLD en live, sans savoir vraiment à quoi il fallait s'attendre. Car c'est aussi ça le Hellfest: découvrir des groupes qu'on n'irait pas forcément voir habituellement. Comme pour DDENT un peu avant, la Valley est loin d'être remplie pour accueillir les Néerlandais. C'est bien dommage, car la prestation offerte est vraiment très bonne. Dès les premières secondes, ce qui frappe, c'est le chant très aérien et le charisme de Milena Eva. La chanteuse, au centre de la scène, vêtue d'un très long manteau, parvient à créer une ambiance fragile, renforcée par sa voix et les guitares très aériennes qui l'accompagnent. Pourtant, alors qu'on croit avoir à faire à un groupe de post-rock, les guitares s’alourdissent, les morceaux deviennent plus intenses et on se surprend à secouer la tête comme un aliéné. Il faut dire qu'avec trois grattes sur scène, une basse et une batterie, la musique a plutôt intérêt à dépoter. Au fur et à mesure des morceaux, le public s'enfonce de plus en plus dans l'univers singulier de GOLD ; que ce soit par des passages d'une intensité rare, des montées purement post-rock ou des moments plus fragiles, le groupe possède son univers, à l'image de la très sympathique "Taken By Storm". Le morceau commence lentement avec la voix de Milena Eva, le refrain simple reste facilement en tête, et les guitares éthérées emportent le public, puis, sans crier gare, le morceau se muscle, devient plus intense et nous plonge dans un post-metal rageur avec des musiciens qui s'excitent sur scène. Bref, les Néerlandais nous ont offert une prestation solide et l'envie d'en découvrir un peu plus, bravo à eux !

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Warzone - 12h15 - 12h45 : BRUTUS
La fatigue et la bonne humeur se lisent sur les visages des festivaliers qui se dirigent pour aller voir Brutus. Venus ici pour défendre leur deuxième album, Nest, les Belges arrivent avec une énergie impressionnante sur scène alors que la fosse est loin d'être pleine. Mais qu'importe, Stefanie à la batterie et au chant donne tout ce qu'elle a et ce dès les premières notes, et les festivaliers sont forcés de constater à quel point elle pète le feu. Cognant comme une malade et sortant ses tripes pour chanter, la Brabançonne irradie sur scène, éclipsant presque Stijn à la guitare et Peter à la basse. D'ailleurs, il est important de noter que la batterie n'est pas reléguée au fond de la scène, mais se trouve devant, avec les deux autres instruments. "War" débute le set avec sa mélodie toute simple, le chant aérien de Stefanie enchante le public jusqu'à ce que les trois instruments gagnent en intensité. Le public est déjà charmé par ce nouveau titre. Les choses se musclent sur "Cemetery", pour se calmer tout en gardant une certaine lourdeur sur "Horde II" (notamment sa fin instrumentale complètement folle !). Le public lui, ne sait plus quoi faire entre headbanguer ou regarder la débauche d'énergie déployée sur scène. L'incroyable "Drive" continue sur la même lancée entre une Stefanie qui hurle et frappe comme une démente, tandis que la guitare de Stijn crée des ambiances plus post. Le tout marche à merveille. Puis vient le moment de "Space", le groove est bien présent et la chanteuse pousse un public ravi à la suivre sur le refrain. C'est ensuite à la très rentre-dedans "Justice de Julia" de bousculer une nouvelle fois les festivaliers pour enfin atterrir sur la sublime et plus lente "Sugar Dragon" qui achève de prouver que Brutus est un véritable groupe de live: intense, subtil et généreux. De quoi donner envie d'en voir plus une prochaine fois !

Temple - 13h35 - 14h15 : CEMICAN
Il faut bien le dire, si les premiers concerts de la journée se révèlent excellents musicalement parlant, l'ensemble manque quand même d'originalité sur scène. Alors, Cemican se présente, pile au bon moment, pour offrir un véritable show visuel. Les Mexicains débarquent sur scène, sur un air de flûtes et d'autres instruments traditionnels, et sous les acclamations du public. Et il est clair qu'ils comptent mettre le paquet niveau immersion avec d'emblée, l'entrée en scène d'un danseur coiffé de plumes gigantesques et d'un crâne de mammifère, ainsi que des musiciens tous peinturlurés de blanc et de noir, vêtus d'habits traditionnels ! Tout est là pour faire entrer les festivaliers à fond dans la culture aztèque. Et ça marche : entre les différentes percussions utilisées et la panoplie absolument ahurissante d'instruments à vent, il est sûr que les origines des musiciens se font ressentir. D'ailleurs, nombre de drapeaux mexicains flottent dans l'air de la Temple et les musiciens eux-même se prendront en photo avec le drapeau de leur pays à la fin de leur concert. Pour le reste, si la partie folk étonne, le côté pagan metal reste assez classique avec un Tecuhtli qui hurle sous des gros riffs de guitares et une basse omniprésente qui détruit tout, quitte à manquer de subtilité. Alors forcément, les festivaliers hochent la tête, mais il n'y a pas tant de pogos que ça, la foule restant étonnamment sage pour un concert aussi féroce. Pourquoi, me direz-vous? Mais parce que le spectacle se passe véritablement sur scène, les Mexicains nous offrant une scénographie tout bonnement impeccable. Le show commence doucement, avec différentes danses, puis a lieu un combat entre deux Aztèques sous les vivas du public. L'issue en est tragique pour le perdant: le vainqueur lui tranche la gorge sous les yeux ébahis des festivaliers. Mais ce n'est pas fini ! Non ! Pour encore plus de surenchère, Cemican va jusqu'à mettre en scène un sacrifice humain où le cœur est arraché et, pour parfaire le rituel, le danseur-maître de cérémonie se met en devoir de boire le sang de la victime dans un crâne avec force et grands gestes. Oui, la Fête des morts est bien présente en ce dimanche au Hellfest et si la musique s'oublie vite, le spectacle lui-même ne peut laisser indifférent. Après tant d'émotions, les Mexicains réservent une dernière surprise à leur public: le danseur achève le spectacle en crachant du feu - pas toujours avec réussite, mais l'intention et l'effet sont là. La foule, bien présente, hurle de bonheur lorsque les dernières notes se terminent et que les musiciens saluent, visiblement émus. Probablement l'un des concerts les plus fous du Hellfest !

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Altar - 14h20 - 15h00 : DEVOURMENT
DEEEE VOUURRR MEEEENNT Buuueeeuhhhaaa ! C’est plutôt chouette de se dire qu’on va pouvoir voir en live et sous l'Altar, of course, les ultra grogneurs texans. En plus, Molesting the Decapitated fête ses vingt bougies. Sauf que quarante minutes plus tard, l’impression sera mitigée ! Un « Hey bonjour Hellfest » (mais, il parle?!) de Rosas est accueilli timidement dans le hangar qui restera peu fourni, avec pas mal d’allées et venues durant le set. Peu importe, quelques impatients sont présents et se montreront assidus. Avec évidemment la moitié de la setlist composée du premier LP ("Devour the Damned" et "Postmortal Coprophagia" en opener), le combo propose également deux titres du nouvel album à sortir en août : "A Virulent Strain of Retaliation" une fois le tour de chauffe réalisé, puis "Cognitive Sedation Butchery" avant de clôturer sur "BabyKiller" de 1.3.8. Absolument rien de nouveau dans les compositions, sauf peut-être une ligne plus simple et un tempo moins agressif, sans pour autant faire l'impasse sur l'oppressant registre à grand coup de riffs marteau pré-growl, maintenant anthologique. Ainsi, difficile de se prononcer sur le terme puisque le set mélange titres connus et nouveautés. Il ne reste qu’à profiter de la boucherie au son de guitare parfois sursaturé, mais la prestation en reste toutefois appréciable. Trop extrême ou placé trop tôt, Devourment assure, sans plus, mais se montre reconnaissant sur les quelques rangs acquis à la cause. Next !

Mainstage 01 - 16h00 - 16h50 : CLUTCH
Il y a deux ans, Clutch avait joué assez tard devant une Valley archi-blindée et le concert avait été absolument formidable (ndlr : et ce n'était pas la première fois, cf l'édition de 2011, un set qui avait remporté l'enthousiasme de notre rédaction). Il était donc logique que les musiciens originaires du Maryland parviennent à jouer en Mainstage et à une heure pas trop matinale. C'est donc devant une foule immense que les Américains arrivent sur scène, un backdrop aux couleurs de Book of Bad Decision, leur dernier album en date. Ils commencent d'ailleurs sur deux titres de ce dernier, la moyenne "Ghoul Wrangler" comme étrange opener, puis la très chouette "H.B. Is in Control". La foule commence à se chauffer et se bousculer tranquillement. Neil Fallon, dégoulinant de sueur, est en forme, harangue la foule tandis que les jets d'eau aspergent les festivaliers pour lutter contre la chaleur quasi insoutenable. Et pourtant, celle-ci va monter d'un cran avec l'ultra-efficace "The Mob Goes Wild". Le concert peut enfin commencer, le public headbangue, se bouscule, reprend le refrain à s'en péter les cordes vocales tandis que Neil Fallon gueule sur son micro et devient de plus en plus rouge. La tension retombe un peu avec "Gimme The Keys", même si le rock poussiéreux et frontal des Américains fonctionne toujours très bien. Mais la folie et les morceaux d'une efficacité implacable reprendront vite leurs droits avec un "Noble Savage" aux riffs dantesques et un refrain repris en cœur par le public. Cependant, le groupe ne reste pas que sur ses classiques et propose aussi une reprise de Cactus, "Evil", bien interprétée. Avant de parler de la fin du concert, il est important de noter que malgré tout l'effort que fait le groupe, le son n'est pas toujours impeccable, notamment au niveau des guitares. C'est dommage car les Américains perdent un peu (mais pas trop quand même) la force qu'ils avaient il y a deux ans: leur groove. Oui, peut-être, mais il en faudrait beaucoup plus pour gâcher la puissance dansante des derniers titres ! Entre un "A Quick Death in Texas" qui fait remuer les popotins de tous les festivaliers, puis "Eletric Worry" qui les pousse à se casser de nouveau la voix, Clutch montre qu'il maîtrise la scène. Il ne reste plus qu'à balancer les très directs "X-Ray Visions" et "Firebirds !" et le tour est joué. Les Américains prouvent ainsi qu'ils peuvent très bien incarner leur rage sur une grande scène et faire fi de la chaleur écrasante et des aléas du son. Un grand groupe !

Temple - 16h45 - 17h35 : WIEGEDOOD
La surdité. Voici le probable souvenir que vous aurez hérité du set de Wiegedood si la curiosité et l’inconscience vous ont amené à rencontrer le chemin du Temple sans protection idoine. Oui, Wiegedood joue fort, TRÈS fort, à un point que ça en devient en fait un peu ridicule. C’est marrant une fois de se faire violer les tympans, mais quand ça devient systématique, c’est passablement agaçant. À un point que votre serviteur n’est tout simplement resté qu’à peine la moitié du set. Le trio belge écume d’ailleurs les routes de France et de Navarre à un rythme totalement ahurissant !

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Altar - 19h40 - 20h40 : VLTIMAS
Autre exclusivité française de cette édition du Hellfest, la présence du nouveau « super-groupe » de black / death Vltimas. Signé chez les Français de Season of Mist, le groupe se compose ni plus ni moins que de David Vincent (ex-Morbid Angel) à la basse et au chant, Rune Eriksen aka Blasphemer (ex-MayheM, entre autres) à la gratte et Flo Mounier (ex-Cryptopsy) derrière les fûts. Ayant manqué d'écouter leur album cette année, ce sera une découverte intégrale pour votre serviteur. En tout cas, c’est un démarrage sur les chapeaux de roues avec un premier morceau qui fait forte impression : on a affaire là à quelque chose d’extrêmement carré ! Rythmiques martiales, riffs tranchant comme des lames de rasoir et premier constat : chaque musicien laisse bien sa patte dans la compo. Certains arpèges dans leur dissonance et certains riffs dans leur attaque sonnent typiquement black metal et n'auraient pas dépareillé sur un album de MayheM, bien que la majorité de la musique est plutôt d'obédience death avec effet rouleau compresseur qui évoque bien Morbid Angel - particulièrement dans ses inlassables roulements de double pédale. Le set assez aride au néophyte paraît un peu répétitif à la longue, mais ne boudons pas notre satisfaction, Vltimas est une très bonne surprise de cette édition.

Temple - 20h45 - 21h45 : EMPEROR
« Vous lui avez demandé de revenir il y a deux ans? Le voici donc à nouveau. L'Empereur du Telemark, de Norvège ». C'est sur cette annonce du manager Håkon Grav - bien connue des fans, puisque c'est devenu un rituel - que débarque pour la troisième fois de cette dernière décennie hellfestienne, la formation légendaire de black metal: Emperor. Après avoir célébré les vingt ans de In The Nightside Eclipse et Anthems to the Welkin at Dusk, intégralement joués respectivement en 2014 et 2017, les Norvégiens n'ont cette année aucun anniversaire à fêter. Alors, le doute est permis sur la setlist. Va-t-on avoir droit à un best of ? Des raretés ? Eh bien, rien de cela. Comme annoncé en préambule du set, on a bien droit à un retour de l'Empereur... Mais pour jouer à nouveau quasiment à l'identique le set d'il y a deux ans... Mmmh. En effet, seul "Curse You All Men !" est remplacé par "Towards The Pantheon". Alors, déception d'emblée ? Par vraiment du point de vue du fan évidemment, car on parle quand même là d'un des albums sommets du genre, exécuté en live, par un groupe qui - il y a jusqu'à peu - était porté disparu jusqu'à une date indéterminée ! Votre humble serviteur a d'ailleurs découvert et est devenu fan du groupe à une époque où il ne pensait jamais le voir de sa vie... La retenue dans la déception est donc de mise. Car en outre, on n’a affaire ni à une bande de manchots, ni de poseurs sur scène, mais bien à des musiciens talentueux mettant un point d'honneur à donner le meilleur d'eux-mêmes. Ceci étant dit, il reste bien entendu le mythe, la légende, ces compos venues des portes enneigées des Enfers… Le respect s'impose de lui-même. Assister à la messe de l'Empereur, quelles que soient les conditions, reste un pèlerinage du fidèle blackeux. Alors, pas question de mettre en doute la parole divine, la communion est de rigueur. Et malgré toute la subjectivité de tels propos: bien sûr qu'on assiste à une représentation de très grande musique. "Ye Entrancemperium" ou "With Strengh I Burn" procurent leur lot de frissons et de larmes, tandis qu'on sort de l'espace-temps quand retentit le riff de "I Am the Black Wizards" et le final ad lib de "Inno A Satana". Un régal !

Altar - 21h50 - 22h50 : CANNIBAL CORPSE
Revoilà les garçons bouchers au Hellfest ! Depuis quelques années, les sets se suivent et se ressemblent pour les leaders de la scène goredeath de Floride. Mais le public répond encore et toujours présent. Même avec une actualité ubuesque concernant Pat O'Brian, Cannibal Corpse tourne, prépare même un nouvel album pour succéder à Red Before Black et atteindre le quinzième effort depuis sa création. Aussi, le combo n’a finalement plus grand-chose à proposer de surprenant hormis l'usuelle mandale. Le groupe maîtrise tellement son registre qu’il va distiller en une heure de show un picking dans la disco mêlant toutes les époques. Oui, le dernier titre sera bien évidemment "Hammer Smashed Face". Oui, George fera la même blague en introduction (sic ! ) du titre "I Cum Blood". Oui, il invitera qui veut ou ose, à le défier au headbanging (et bon sang même après l’avoir vu bon nombre de fois la prestation est tellement impressionnante!). Oui, il annoncera la fin du show avec son célèbre « Unfortunatelly » d'un flegme amusé et souriant. Mais bon sang (hé hé hé), que ça fait du bien une heure de tripaille d’une technicité maîtrisée et des compositions version live d’une puissance incroyable. Le show démarre sur des tempos modérés et tranchants dans la disco : "Evisceration Plague" ou "Scourge of Iron" pour jouer deux titres du dernier LP avant accélérer le BPM et allumer les metalheads qui, enfin, donnent du boulot au service de sécurité qui commençait à s’endormir depuis quelques sets. Il pleut des gens, on creuse le mosh-pit , LA BAGARRE - La vraie. "Stripped, Raped and Strangled" est toujours incroyable en live. En bref : du routinier, du déjà-vu, mais quel plaisir de s’en prendre ainsi plein la gueule régulièrement.

Valley - 21h50 - 22h50 : THE YOUNG GODS
Honnêtement, c'est toujours le même rituel à la Valley : il y a toujours au moins un groupe qui sort des sentiers battus. En 2016 c'était Magma, en 2017 Hawkwind et en 2019, c'est au tour de The Young Gods. À chaque fois le concert est fou: les Suisses ne dérogent pas à la règle. Dingue, d'autant plus que l'on ne s'attendait absolument à rien ! Donc pour clore la Valley cette année, le privilège revient à un groupe non métalleux et, manque de chance, la foule venue les voir est assez aérée. Dommage pour les absents, car dès les premières notes de "Figure Sans Nom", le charme opère. Les beats électro emplissent la tente et nous font tout de suite rentrer dans l'univers de The Young Gods. La batterie de Bernard Trontin trône, légèrement surélevée, au centre de la scène. Le son est impeccable. Les samples de synthés de Cesare Pizzi fusent, la guitare de Franz Treicher tranche l'atmosphère tandis que sa voix reste légèrement en retrait, et la batterie cogne bien comme il faut. Bref, tout est là pour passer un bon moment. Et la section helvète fait un choix malin dans la sélection de ses morceaux avec d'entrée de jeu deux titres directs de leur dernier album, Data Mirage Tangram, pour ensuite nous emmener vers des ambiances plus lentes, plus progressives, grâce à l'excellente "All My Skin Standing" et sa lente guitare saturée. Déjà trois morceaux et le public est conquis, hypnotisé par la musique et par une utilisation incroyable des lightshows qui font corps avec la batterie. C'est simple, on a l'impression de vivre de véritables scènes, que ce soit dans une ambiance très duveteuse sur "Figure Sans Nom" ou plus magmatique sur "All My Skin". Bien entendu, les Suisses savent aussi groover avec "About Time" et "Kissing The Sun", ou proposer des morceaux plus sales et indus avec la courte "Envoyé", parfaitement adaptée au Hellfest, ou l'ultra efficace "The Night Dance" qui finit de convaincre les derniers réfractaires que ce groupe est bel et bien culte : ça groove, le show lumineux est incroyable et les morceaux peuvent même sonner metal sans problème, permettant à tous les festivaliers en mal de secouage de tête de pouvoir headbanguer comme ils veulent. The Young Gods achève son set sur un morceau carrément dansant issu de son dernier album, prenant une nouvelle fois les festivaliers à contre-pied. Et c'est ultra efficace. Sans savoir pourquoi, la fosse se remet à se déhancher, happée par la classe des Jeunes Dieux. Les applaudissements sont nourris à la fin du concert et c'est mérité. Une prestation forte, l'une des plus grandes surprises de ce festival !

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Warzone - 22h55 - 23h55 : REFUSED
Après avoir assisté à un incroyable match de tennis à la Warzone (avant Beartooth), il fallait bien que cette petite scène à ciel ouvert finisse son festival « avec style ». Et quoi de mieux que Refused, les légendes du punk-hardcore reformées il y a quelques années, pour le faire ? C'est donc devant une Warzone pleine à craquer que les Suédois entrent sur scène avec un titre ancien, "Rather Be Dead". Et d'ores et déjà le public est conquis, la batterie de David Sanström mitraille bien comme il faut, tandis que Dennis Lyxzen hurle dans son micro. Le public, lui, se rentre dedans car c'est la fête, tandis que le chanteur, irradiant de charisme, se fond déjà dans la foule. Il passera d'ailleurs son temps à faire des allers-retours dans la fosse. Et, chose dont on se surprend, lorsque l'on voit le groupe pour la première fois : Dennis s'illustre dans des gestes extrêmement étudiés, presque maniérés. Ces postures, sa gestuelle et ses petits pas de danse lui font gagner énormément en charisme et l'on ne peut s'empêcher de se poser le regard sur lui. Après un premier titre efficace, les Scandinaves lancent l'éponyme de leur album culte, The Shape of Punk to Come. L'effet est immédiat, la foule s'excite et - quelle chance ! - l'album sera à l'honneur ce soir avec pas moins de six titres joués sur les douze de la soirée. Pour suivre, Refused enchaîne avec l'un des rares titres les plus récents de la soirée, "Elektra". Le morceau marche lui aussi immédiatement, les guitares résonnent, les têtes se secouent et les lumières de toutes les couleurs fusent. Une réussite qui présage un très bon concert. Les hurlements de "Deadly Rhythm" ajoutent ensuite davantage de hargne au set, tout comme "Liberation Frequency". Mais les surprises viendront surtout de l’apparition de deux nouveaux morceaux issus du futur album, War Music. C'est à peu près aux deux-tiers du set que Dennis se met à s'adresser au public pour lui dire qu'il est très heureux de voir autant de femmes en festivals, qu'il faut les faire venir et qu'elles ne doivent pas avoir peur ; tout ça pour annoncer la très chouette "Blood Red". L'autre nouveauté viendra à peine dix minutes plus tard et sera introduite par Dennis de la même manière en disant que faire de la musique, c'est faire de la politique, tout en poussant un public à ses ordres à gueuler avec lui. Mais les Nordiques ne pouvaient pas finir un set avec une nouvelle chanson et c'est avec un public chaud bouillant qu'ils lancent la lourde "Worms of The Senses" / "Faculties of the Skull". Le groove saisit le public et la folie s'empare de nouveau de la fosse tandis que le chanteur hurle comme un damné dans son micro. Et ce n'est pas fini, puisque avant de partir, un Dennis goguenard avouera faussement pour démarrer le cultissime "New Noise": « Ce dernier morceau, on l'a piqué à Shaka Ponk ! », référence à la polémique qu'il y a eu avec le groupe français lors des victoires de la Musique 2019. Preuve que Refused fait de la bonne musique, mais a en plus de l'humour. Un excellent concert pour clore la Warzone cette année.

Altar - 0h00 - 01h00 : DEICIDE
Tout le monde a bien des anecdotes à raconter de ce qu’il a vu un jour dans la fosse d’un concert de death ou de metal au sens large. Avec Deicide, c’est tout simplement une bible qui est brûlée et offerte au groupe qui, visible, ne prête que moyennement attention à « l’exploit ». Par contre tout le monde dans l'assistance regarde plus ou moins surpris « l'incident », à commencer par la sécurité, plus étonnée et amusée qu’autre chose ! Le détail vite évacué, on peut ainsi se concentrer sur le reste. Du monde pour Deicide ! ! ! Alors que sur la Mainstage l’événement du weekend se profile avec le show de Tool que tout le monde attend. Tout le monde ? Pas tout à fait, car pour pas mal de festivaliers, voir encore et encore Glen Benton répandre son death metal malsain et jadis sataniste, reste largement plus inspirant pour clôturer le weekend. Tout cela semble finalement assez éloigné depuis une bonne quinzaine d’années. Cela n’empêche pas le leader américain de sortir des albums et prendre la route des festivals. L'Altar, pour son ultime concert est ainsi remplie de fidèles. Exit les pogos béni-oui-oui et slams tout propres tout funs. L’heure ressemble plus à une cérémonie de commémoration de genre. Avec quelques titres assez récents comme "Excommunicated" ou "In the Minds of Evil" de l’album éponyme. Le groupe de Tampa fait la joie du public en jouant en majorité des titres des débuts "Dead by Dawn" ou "Oblivious to Evil", mais pioche aussi dans Legion ou Once Upon The Cross. Si la section rythmique – notamment la batterie- parait un peu fatiguée ou en retard sur le tempo, le reste du combo distille justement le death du père Benton. Celui-ci d’ailleurs reste très impressionnant vocalement, que ce soit sur les parties « growl » ou bien dans les aigus. Esquissant même quelques sourires, le leader rend le show agréable pour un public sérieux, probablement fatigué dans ces dernières minutes du festival, mais très reconnaissant en fin de set. Ainsi l'Altar se retire pour une année entière et ferme le chapitre 2019.

Et un retour sur le festival ne serait pas vivant s'il n'y avait pas des photos pour accompagner ce voyage. Alors un grand merci à Lauris Braka pour ces belles photos de concerts (les autres vous sont fournies par les membres de l'équipe avec les moyens du bord) !

Les Eternels vous disent à l'année prochaine pour une édition 2020 spécial quinze ans du Hellfest qui s'annonce déjà exceptionnelle, avec un line-up de folie ! À très vite au sein du festival et sur leseternels.net !


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