Ayreon

Entretien avec Arjen Lucassen (compositeur) - suite et fin - le 30 novembre 2007

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Cosmic Camel Clash

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Struck

Une interview de




Ayreon_20071130

Ayreon, deuxième ! Après une première partie d'entretien axée sur la genèse de l'album (interview ici), Arjen Lucassen a continué à deviser gaiement avec nous. Il revient pour évoquer l'artwork, l'affaire Star One, et également son passé et les impossibles concerts avec Ayreon.


Cosmic Camel Clash : L'artwork est comme toujours très soigné. Est-ce que le peintre Jef Bertels suit tes indications à la carte, ou est-ce que tu lui laisses une certaine liberté artistique ?

Arjen Lucassen : Il s'approprie évidemment une certaine liberté car c'est un peintre et il fait les choses à sa manière. Mais il fait des concessions pour moi car ce qu'il aime le plus c'est dessiner des monstres et de petits bonshommes bizarres... et moi je n'aime pas ça, j'aime les immenses paysages. Donc il y a toujours négociation : « Je peux caser un ou deux monstres ici ou là? », et sur Into The Electric Castle il a eu l'autorisation de le faire. Mais pour The Dream Sequencer il s'agit d'une colonie sur Mars et je ne voulais pas de petits martiens. Il m'a donc donné une peinture sans monstre et sans créature étrange, je lui ai dit « Tu as réussi ! Tu as peint un tableau sans bébête étrange ! »...et il a répondu « Si si, ils sont planqués derrière le séquenceur, on ne peut pas les voir. » (rires). Pour The Human Equation je lui ai dit qu'il fallait des humains au milieu de la pochette... mais il ne fait pas d'humains donc il a peint ce visage humain effrayé. Il m'a envoyé un preview du tableau et il y avait trois petits points au premier plan. Je lui ai demandé de quoi il s'agissait : « Dis donc, ces trois points, ce ne serait pas de petites creatures ? ». « Non non, ce sont, euh... des champignons... » « Mouais... je ne vois pas de champignons, je pense que ce sont des petites créatures ! » Et finalement j'ai vu le tableau en entier et il s'agissait bien de trois petits bonshommes. Pour le dernier album je lui ai expliqué l'histoire, je lui ai dit qu'il s'agissait d'une planète totalement aquatique, qu'il fallait des machines qui sortaient de l'eau, une atmosphère sombre... Je lui ai donc dit qu'il pouvait y avoir des créatures mais que les gens ne devaient pas les voir, qu'ils devaient les imaginer.

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Struck : Sur la pochette de Flight Of The Migrator il y a un genre de gros monstre... (rires)

Arjen Lucassen : (rires) Ça c'est moi, merci beaucoup! Mais ce n'est pas peint, c'est de l'infographie.

Struck : Pourquoi l'album Space Metal de Star One n'est-il pas sorti sous le nom Ayreon ? Penses-tu qu'il a été moins exposé à cause de ça ?

Arjen Lucassen : En fait, il y a toute une histoire derrière Star One. J'avais travaillé avec Bruce Dickinson pour Flight Of The Migrator, et lors d'une interview que je donnais en Belgique il est venu me dire « J'adore ton boulot, mon manager aussi et je veux qu'on fasse un album ensemble. ». Et bien sûr j'étais pour (rires). Donc nous avons discuté du contenu musical de l'album et il voulait quelques chose plus proche de Deep Purple, avec des sons spatiaux mais heavy quand même... j'ai donc commencé à composer. J'ai écrit quatre chansons, je les lui ai envoyées et il m'a dit qu'il aimait, que je devais continuer à composer et qu'il allait écrire des paroles pour ces quatre titres. J'ai donc écrit le reste de l'album assez rapidement... et là j'ai fait un truc très stupide : j'ai dit aux fans que j'étais en train de composer un album avec Bruce Dickinson via ma mailing list. Avant que je réalise, tout Internet était au courant... et c'est arrivé jusqu'à son manager qui a tout annulé. Donc j'avais ces douze chansons heavy qui ne sonnaient pas vraiment comme du Ayreon : elles auraient pu s'intégrer à un album d'Ayreon mais elles ne pouvaient pas constituer un album d'Ayreon, car Ayreon est basé sur le mélange des genres et ces titres étaient bien plus orientés métal dans l'ensemble. Je ne savais pas quoi faire des ces chansons, donc j'ai décidé de faire un autre projet... j'ai donc démarché Russel Allen (Symphony X) et Damian Wilson (ex-Threshold) qui ont accepté tous les deux. Puis en travaillant sur l'album j'ai réalisé qu'il me fallait plus de voix, et c'est devenu Star One. Je ne le ressentais pas comme un album d'Ayreon, donc je ne l'ai pas appelé comme ça. Il est possible que j'en fasse un autre un jour, je ne suis pas sûr...

Cosmic Camel Clash : Collaborer de nouveau avec Bruce Dickinson un jour est donc totalement exclu désormais ?

Arjen Lucassen : Malheureusement, oui. J'ai envoyé un message à Bruce en lui disant « Je suis désolé, je n'aurais pas dû faire ça, mea culpa. »... sachant que je ne savais pas à l'époque que je n'étais pas autorisé à parler du projet. Il ne m'a jamais répondu. Je l'ai appelé une fois ensuite, il était dans son avion et m'a dit « Y'a aucun problème, je te rappelle.», et je n'ai plus jamais eu de nouvelles depuis. C'est vraiment dommage. Ce n'est donc pas quelqu'un avec qui j'aimerais travailler... sauf bien sûr s'il m'appelait pour me dire « Ce qui est fait est fait, tournons la page et faisons autre chose.». (ton amer) Mais bon, j'ai eu la chance de travailler avec M. Dickinson et c'est cool.

Struck : Si je voulais créer mon propre projet musical, quel serait ton conseil pour rassembler autant d'invités ?

Arjen Lucassen : Difficile à dire : j'ai fait mon premier album d'Ayreon à trente-cinq ans et j'avais une carrière musicale de vingt ans derrière moi durant laquelle j'avais rencontré énormément de gens, travaillé avec énormément de chanteurs... et on retrouve sur le premier Ayreon tous ces gens que je connaissais déja. C'était mon avantage. J'avais beaucoup fait pour eux, je les avais toujours aidés quand ils en avaient eu besoin donc ils étaient prêts à m'aider pour le premier album. C'est comme ça que j'ai pu le faire, sans ça c'aurait été impossible. Si tu n'es personne, que tu commences à partir de rien et que tu espères décrocher de gros noms, tu peux oublier, ils ne le feront pas. Certains accepteront peut-être si tu leur offres beaucoup d'argent, mais d'où vas-tu le sortir ? Donc tout ce que je peux te conseiller est d'être patient et de construire les choses petit à petit... et surtout prends plaisir à faire ce que tu fais. Ne le fais pas parce que tu penses que ça va te rapporter, fais-le car tu n'as pas le choix, car c'est ce que tu dois faire. C'est le genre de choses qu'on ne choisit pas, qui te tombe dessus. Sois patient... c'est comme ça que j'ai toujours fait : je pars de petit, je veux faire un album avec quatre chanteurs... et ça grandit, ça grandit, ça grandit, et d'un seul coup c'est devenu un monstre. Donc sois patient et ne fais de concessions pour personne. Ne te dis jamais « C'est ce que les gens veulent, c'est ce qui est à la mode en ce moment.»... car le temps que tu sortes ton truc ça ne sera plus à la mode ! Ou alors ça sera encore à la mode mais quelqu'un l'aura fait en mieux. Essaye d'être unique dans ce que tu fais, car si tu fais la même chose sans arrêt ça n'intéressera personne.

Struck : Que voulais-tu faire quand tu étais enfant ?

Arjen Lucassen : Ça a toujours été la musique. Comme je l'ai dit je ne l'ai pas choisi, ça m'est tombé dessus. Je n'avais pas le choix, il n'y avait pas d'autre option. Au début j'étais trop paresseux pour apprendre à jouer d'un instrument donc je faisais du playback, je mettais la perruque de ma mère... je ne le fais plus aujourd'hui au cas où ça t'inquièterait ! Mais c'est ça que je voulais : être sur scène, être la star et à un moment donné j'ai entendu Ritchie Blackmore et j'ai su qu'il fallait que je joue de la guitare pour de vrai. J'ai donc commencé à jouer et là j'ai su que c'était le seul choix possible. Au début mes parents me disaient « Tu es intelligent, pourquoi n'essayes-tu ps de faire ça ou ça ?». Mon frère est professeur, il a réussi dans la vie, etc... Puis j'ai commencé à faire de la musique et un jour mon père a lu un article sur moi dans son journal préféré. Au boulot les gens lui parlaient de son fils aux longs cheveux qui ne faisait pas grand-chose, et d'un seul coup il y a eu cette énorme photo de moi dans leur journal, et là il a été fier de moi car il vu que je réussissais dans ce que je faisais.
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Cosmic Camel Clash : En parlant de scène, une tournée d'Ayreon sera-t-elle envisageable un jour ?

Arjen Lucassen : C'est impossible. Il y a vingt-cinq invités sur l'album, et ça a déjà été l'enfer de les faire venir dans mon studio pendant une journée individuellement. Et le plus gros problème concernant les concerts est qu'il faut répéter pendant au moins deux mois : comment serait-il possible de rassembler tous ces musiciens pour répéter pendant plusieurs semaines ? Et si on y arrive ce n'est pas pour faire un seul show, il faudrait donner une dizaine de concerts au moins pour rentrer dans les frais. C'est trop dur, la seule manière que j'aurais d'y parvenir serait d'utiliser une production de type théâtrale et de faire appel à des chanteurs inconnus.

Cosmic Camel Clash : En tant que musicien et compositeur, qu'est-ce que ça te fait de sortir des albums qui ne seront jamais joués en concert ?

Arjen Lucassen : En fait ils ont tous été joués en concert... j'ai beaucoup de DVDs que des gens m'ont envoyé et où des chansons d'Ayreon sont jouées. Ils les jouent avec leur école, leur ensemble musical, leurs amis, etc. J'ai même vu des concerts donnés en prison, donc le public ne pouvait pas s'échapper. Donc presque tous mes albums ont été joués live et c'est génial à voir. Bien sûr c'est fait de façon amateur... mais c'est vraiment le produit fini et le travail sur ce produit qui sont ma récompense. Tenter de faire un album parfait, avec un artwork parfait, un DVD et tout... c'est ça que j'aime. Bien sûr si quelqu'un pouvait mettre tout ça en place et en faire une superproduction je serais en larmes dans le public, c'est sûr (rires) ! Mais ça n'arrivera pas, ce n'est pas assez mainstream je pense. Peut-être que si j'arrivais à convaincre Céline Dion de chanter ça pourrait se faire (rires).

Cosmic Camel Clash : Et en tant que musicien, la scène ne te manque pas ?

Arjen Lucassen : Ca peut paraître bizarre, mais non. J'aime créer, et sur scène on ne fait que répéter la même chose sans cesse et jouer toujours les mêmes chansons. Au bout d'un moment j'ai l'impression d'être un acteur qui joue son rôle. Donc non : je l'ai fait durant quinze ou vingt ans, j'ai pris du bon temps... mais ça ne me manque pas.

Struck : Un dernier mot pour les fans français ?

Arjen Lucassen : Si un jour je monte une production théâtrale pour Ayreon et que je peux tourner avec, j'aimerais vraiment silloner l'Europe avec et évidemment jouer en France. J'y ai donné quelques concerts avec mon side-project Stream Of Passion, nous avons joué à Paris et Strasbourg et les fans français écoutaient vraiment la musique. Quand on joue en Hollande le public saute partout, mais en France les gens écoutaient et regardaient avec beaucoup d'attention, et ensuite manifestaient leur goût pour tel ou tel truc. Donc si je joue live un jour, je veux vraiment revenir ici. (en français dans le texte) Merci beaucoup pour l'interview !


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