Houston Swing Engine

Entretien avec François Barras (guitare) - 1ère partie - le 04 février 2008

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Aurelsan

Une interview de




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Rien ne vaut l'interview entre quatre yeux. Rien n'est trop beau pour toi cher lecteur. Lorsque nous avons appris la sortie du dernier album Entre Hommes (chronique ici) des suisses de Houston Swing Engine, un peu sur le tard il faut avouer, nous avons tout mis en oeuvre pour décrocher une entrevue. C'est donc à Lausanne sous la neige que nous avons rencontré François Barras, le guitariste de la formation hélvète. Entretien riche, vaste, instructif... et coupé en deux pour cause de longueur considérable.


Aurelsan : Alors François : pour commencer, tu pourrais présenter le groupe pour nos lecteurs, expliquer un peu le délire musical qui a conduit à la création de HSE ?

François : Oui donc rapidement nous avions déjà eu une expérience avant avec Shovel… en fait j’ai eu 2 groupes avec le même batteur, Franck. On se donnait des surnoms à une époque, nous y sommes revenus, chaque semaine on changeait, nous ne savions plus de qui on parlait au bout d’un moment. Franck, c’est donc Kiki de Montparnasse, c’était son blaze sur le premier 4 titres. Voilà et c’est le musicien avec lequel je joue depuis 13 ans maintenant. Nous avons toujours joué ensemble, notre premier groupe s’appelait Eastwood, après nous avons eu Shovel qui a eu sa petite notoriété en France comme dirait Mr Manatane. Après Shovel, nous étions comment dire…. Nous avons fait pas mal de concerts, énormément de kilomètres et puis pas mal de frustration d’avoir arrêté le groupe après deux ans, nous étions un peu fatigués à cause du rythme. Nous avons attendu encore une année jusqu’en 2001 pour avoir envie de remonter un groupe, de nouveau jouer ensemble, repartir sur un délire comme tu dis. L’idée, c’était de faire un truc bien bourrin, très influencé par un album de Clutch à l’époque, un album qui s’appelait Rock Fury, un peu à la Led Zep, des trucs qui groovaient à mort. Nous avions envie de faire ça donc le groupe est parti de là, sur cette envie de faire un truc à la limite du cliché mais nous en étions parfaitement conscients si tu veux. Nous avons fait un premier 4 titres un peu dans cet esprit et puis les choses avançant, nous avons eu un peu de succès en Suisse et en France. Nous avons commencé à faire des concerts, là on en est à environ 120 depuis le début du groupe. Maintenant on va dire que nous prenons un peu plus les choses au sérieux dans la mesure où avec l’arrivée du bassiste il y a 3 ans, l’enjeu musical s’est un peu étoffé. J’espère que ça se ressent un peu sur le dernier album.

Aurelsan : Vous êtes restés en bons termes avec les membres des autres groupes ?

François : Oui, nous avons eu 3 bassistes, le premier juste pour lancer l’histoire, le deuxième c’est mon meilleur pote - on a habité 12 ans ensemble - qui est d’ailleurs maintenant le chanteur de Kruger, groupe de métal atmosphérique. Donc c’est vrai que nous sommes toujours en bons termes et ce qui est marrant, c’est qu’au départ c’est le projet le moins sérieux qu’on avait et maintenant, nous en sommes au troisième album alors qu’avec Eastwood, nous en avions un seul, Shovel un seul aussi.

Aurelsan : Et qui compose dans groupe ? Toi principalement ?

François : C’est toujours moi avec Franck et maintenant le bassiste. C’est tout l’intérêt d’ailleurs. C’est une tradition que nous avons hérité de nos premiers groupes où nous jouions toujours à 2 guitares, donc nous faisions tout avec les 2 guitares et la batterie. Maintenant c’est tout le temps en trio et la voix vient en dernier, ce qui n’est pas toujours la meilleure solution. Danek, le chanteur arrive à la fin, il pose ses voix et souvent il doit s’adapter à l’orientation du morceau. C’est une contrainte dans la mesure où nous avons envie, toujours en gardant le même style, d’essayer d’autres tempos, d’autres plans. Moi le coté bourrin, des accords en pentatoniques qui groovent, des fois on veut s’ouvrir à autre chose et quand la voix doit se poser à la fin, tu sais pas du tout si le morceau va tenir le coup, mais c’est comme ça qu’on fonctionne et je crois vraiment que c’est hérité d’une tradition…. Parce que nous avons beaucoup écouté dans les années 90, des groupes comme Helmet, RATM, des groupes de riffs tu vois. Le morceau est construit sur 2 riffs, et nous avons une école vraiment au-delà de toutes les chapelles métal, hard-core, on a cette idée du riff.
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Aurelsan : Et tu écoutais quoi d’autre ?

François : Mes groupes favoris, ça doit être Shihead, des néo-zélandais. Enormément de punk-rock américain mais plutôt début des années 80, tout le label SST, The Descendants, les Dead Kennedys, Black Flag, tout le label Discord, Fugazi, je suis monstre fan des Dinosaur Jr, Cure, Depeche Mode et beaucoup de trucs du genre. Avec Shovel, nous reprenions du Depeche Mode avant que tout le monde ne se mette à en reprendre.

Aurelsan : Vous êtes de vrais précurseurs alors ?

François : Oui, tous les rockeurs ont réhabilité Depeche Mode. Ils se sont rendu compte que c’était pas seulement un groupe de garçons coiffeurs, mais c’est vrai qu’ils ont un talent de mélodiste incroyable. Nous avons aussi beaucoup écouté de groupes de Hardcore déjà estampillé un peu emo à l’époque, des trucs comme Quick Sound, Chamber Lane. Bon même si ça se sent très très peu dans Houston, mon artiste favori c’est Brice Springsteen. Je trouve que c’est vraiment ce que l’Amérique peut faire de mieux. C’est un parcours personnel, une intégrité artistique, un talent de musicien, de parolier…

Aurelsan : Parlons maintenant du milieu indépendant suisse, vous n’avez pas eu trop de mal à vous faire connaître ?

François : C’est très vite fait en fait. Par rapport à la France, c’est une structure complètement inversée, en France, c’est vertical… Nous avons rencontré pas mal de groupes français sur la route y’a 10 ans, on a pas mal d’anecdotes de types qui ont essayé de faire des groupes, relativement mauvais d’ailleurs. Des bons groupes en province et du moment qu’ils ont voulu monter des trucs plus sérieux avec un label, ils fallaient qu’ils aillent à Paris…

Aurelsan : Oui c’est vraiment le passage obligé.

François : Exactement, ça te transforme. Quand on parle de parisianisme dans ce qu'il a de plus mauvais, pour moi c’est ça. Le dénominateur le plus bas, c’est quand tu te retrouves catapulté au sommet d’un truc et de se verser dans le moule. Il y a vraiment cette verticalité en France qui n'existe pas du tout en Suisse. Ici c’est totalement horizontal, il n'y a pas d’endroit où il Faut être, tu peux venir de Genève, de Lausanne, de Fribourg ou de suisse alémanique et ça marche. Enfin c’est relatif aussi, si Houston vend 1000 cds en Suisse c’est déjà bien. Ca pour deux raisons, d’abord parce que les cds ne se vendent plus. C’était facile il y a 10 ans d’en vendre 1000 en faisant un produit de qualité, maintenant si t’en vends entre 500 et 1000, c’est un peu la réalité en ce moment, bon… en fait il y a même 3 raisons, la crise de l’industrie du disque, il y a aussi ce qu’on appelle en Suisse le « Röstigraben » (traduction approximative), qui est donc la frontière de Rösti. Le Rösti c’est le plat national suisse alémanique, donc si tu veux c’est un peu une image pour illustrer la frontière assez claire entre la Suisse romande et la Suisse alémanique. Il y a quand même 2 Suisses. Et ce n'est pas évident malgré tout de vendre en Suisse alémanique en étant francophone, et c’est là-bas le principal bassin économique, où il y a le plus grand nombre d’habitants. Et puis 3ème difficulté, on fait un style qui ne passe pas en radio… voilà, j’ai un peu l’impression que malgré tous les développements technologiques du Net, on est quand même revenu à un mode de promotion de bouche à oreille. C’est pas régulier, tout le temps tu remets les choses en jeu. Faut que ça discute autour de toi, faut que les gens aient envie de venir te voir en concert. T’as pas de moyens en Suisse d’avoir un organe de promotion, et c’est tant mieux aussi. T’as pas de TF1 ici, de Paris Match…

PhotoAurelsan : Et vous n’avez absolument pas de médias spécialisés, de magazines ?

François : Non les seuls médias viennent de France. Ce qui renforce aussi le clivage entre les 2 régions, c’est justement ça. Ici nous lisons la presse musicale française et en Suisse alémanique, on lit la presse allemande. Kilométriquement parlant, ce serait facile d’aller du coté alémanique mais en fait il faut d’abord passer en Allemagne, sortir le disque en Allemagne, trouver de la promo en Allemagne, avoir des articles dans la presse allemande pour ensuite revenir en Suisse alémanique. C’est assez lent, c’est pas évident, ce qui explique qu’il y ait pas mal de groupes de qualité qui n'ont plus rien à prouver dont tout le monde se fout. Et on sait en même temps qu’on ne peut pas vraiment en vivre, même avec Shovel qui avait un potentiel commercial. Avec Houston, on était assez conscient de ça, le groupe s’auto-suffit, on arrive à trouver de l’argent pour enregistrer et tourner, mais on savait dès le départ qu’on devrait avoir des petits boulots à coté pour survivre. La Suisse, ce serait un peu comme des petits États-Unis , tu peux faire la musique dont tu as envie mais au lieu de vendre 100 000, tu vends 1000.


Aurelsan : Et pourquoi vous avez enregistré en Espagne, vous avez des connections là-bas ?

François : Très clairement. Il y a 2, 3 exemples de groupes suisses et surtout un groupe qui a marché au niveau international, c’est les Young Gods. Et y’a un deuxième groupe, indé, qui s’auto finance, qui marche pas mal c’est Favez. C’est un groupe de Lausanne, et eux ont eu un bon deal, ils ont réussi à pénétrer le marché allemand, à vendre un nombre suffisant de disques et rentrer ici. Ils ont fait 5 albums, le cinquième ils sont allés l’enregistrer en Espagne et ils sont revenus vraiment enthousiasmés par l’expérience et les prix aussi d’ailleurs. Comme ce sont vraiment des potes, on s’est dit qu’on pourrait le faire aussi. Actuellement, on parle beaucoup du net, l’intérêt des nouvelles technologies qui permettent d’enregistrer un album de qualité intéressante dans ta chambre ou ton local, c’est une chose c’est vrai mais j’ai toujours aimé l’idée de partir en groupe un mois loin. C’est une raison pour laquelle nous faisons de la musique, nous pouvons nous aménager des plages d’expérience originale et ça m’aurait vraiment fait chier d’enregistrer en sortant du boulot, d’aller au local faire les parties de gratte et tout. C’est économique mais là on avait vraiment envie de partir, de partir 3 semaines et de ne penser qu’à ça du matin au soir.

Aurelsan : Mais quelle est la répartition vie privée/groupe chez HSE ?

François : On bosse la semaine et on joue le week-end. Là on essaie de se trouver une tournée mais la difficulté c’est que même les groupes installés en France ont de la peine à en trouver le dimanche soir, le lundi et le mardi soir. Même des groupes comme Lofofora, ils ont des dates mercredi, jeudi, vendredi, samedi si tout va bien. En Suisse c’est encore pire. Bon là pour nous je pense que ça va être 3 fois 4 dates ou 4 fois 3 dates. C’est très prosaïque mais l’augmentation des prix de l’essence fait que pour un groupe suisse, c’est dur… À l’époque on allait jouer à Rennes, ça, ça nous coûte 150 euros de plus, quand t’as pas des cachets à 10 000 euros, tu réfléchis. C’est au minimum 500 euros de frais fixes pour aller jouer en France. À notre niveau, on aurait vraiment l’occasion d’aller jouer dans des petits clubs mais on doit vraiment faire gaffe à ce que ça ne nous coûte pas de l’argent, donc on essaie de faire ça les week-ends et le reste du temps, on bosse.

Aurelsan : Et tous les membres du groupe ont un boulot ?

François : Non non, on a un chômeur de longue durée, c’est le chanteur.

Aurelsan : Ah bon ? Je croyais que c’était le bassiste.

François : Oui justement, il a trouvé du boulot, c’est incroyable.

Aurelsan : J’avais une petite note. L’année dernière, je me souviens que tu l’avais vanné pendant le concert. Il n’avait pas assez de thunes pour s’acheter un accordeur et il devait venir s’accorder sur le tien. Je voulais savoir si ça s’était arrangé pour lui ?

François : Oui ça va mieux. Ah oui c’était au Nouveau Casino, il était cool ce concert d’ailleurs. Nous étions super contents d’être à Paris, c’était un dimanche soir, y’avait du monde. Donc 6 mois après que je l’ai motivé à chercher, il a trouvé un boulot de prof, Franck le batteur il bosse dans une radio et moi je suis journaliste.

Aurelsan : Au sujet de la sortie de votre album, il est sorti début 2007 et j’ai appris très récemment qu’il était en tête de gondole à la FNAC en France. Comment ça se fait qu’il y ait eu un tel décalage ?

François : Alors faut que ce soit clair, il est sorti en Suisse en avril 2007, il est sorti en France en novembre 2007. C’est très compliqué, ça fait aussi partie de la difficulté d’être en Suisse et de sortir des albums en France. Faut que les deals suivent, faut que les labels soient là, faut qu’il y ait la distribution… nous avons sorti Tiger Flamboyant avec un autre label et il a fallu un certain temps pour trouver un deal avec le distributeur, mais nous ne voulions pas attendre d’être sur la France pour sortir le disque ici, c’est pour ça que nous avons sorti le disque d’abord en Suisse, et 6 mois après en France. Avec internet et ce genre de choses, c’est vrai que beaucoup de gens nous disaient : « ouais votre disque est sorti mais pas en France », ils pouvaient se le procurer via amazon. Mais bon c’est rassurant de savoir qu’il est sorti…

Aurelsan : Oui oui, je te rassure tout de suite, il est dans les rayons dans les grands magasins de musique.

François : Il est sorti en novembre 2007 donc si tu l’as vu en tête de gondole début janvier, c’est cool. Tu vois maintenant c’est vrai qu’avec le téléchargement c’est de plus en plus dur de vendre. Même chez nous on télécharge alors nous verrons.
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La suite dans dix jours...

Crédits photo : www.myspace.com/houstonswingengine1


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