Treponem Pal

Entretien avec Marco Neves (chant) et Didier B. (samples) - le 25 février 2008

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Cosmic Camel Clash

Une interview de




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Treponem Pal est de retour ! Même si leur nouvelle offrande Weird Machine (chronique ici) n'a pas déclenché un enthousiasme débridé chez nous, l'évènement mérite d'être signalé tant le groupe d'indus français a été emblématique en son temps. Le leader de toujours Marco Neves et son fidèle acolyte Didier ont répondu à nos questions il y quelques semaines, la période de promo ayant eu lieu bien avant la sortie de l'album.


Cosmic Camel Clash : Marco, tu as à coeur de dire aux gens que Treponem Pal ne s'est jamais arrêté et qu'il ne s'agit donc pas d'une reformation. Dans ce cas comment se fait-il que nous n'ayons pas entendu parler de vous depuis si longtemps ?

Marco : Ben des fois des groupes se mettent en stand-by pour faire d'autres projets, et ça a été notre cas. Nous sommes ouverts à pas mal de genres musicaux différents dont le reggae qui est très différent, mais si tu connais la scène punk on se rend assez vite compte que même les Clash ont eu des projets parallèles... ça a été notre cas avec Elephant System et nous avons fait un break pendant quelques années. Elephant System était pratiquement la même formation que Treponem Pal, il y a eu un sound system qui s'appelait Dub Action et il y a eu la naissance d'un label spécialisé dub que d'autres collègues gèrent et font tourner maintenant. Donc aujourd'hui nous sommes revenus à 100% à Treponem Pal avec Didier, avec un nouveau line-up, et nous passons la plupart de notre temps à ça : les projets annexes sont cette fois-ci en stand-by au bénéfice de Treponem Pal.

Cosmic Camel Clash : Qu'est-ce qui a motivé le retour de Treponem maintenant plutôt qu'à un autre moment ? Qu'est-ce qui a fait revenir l'envie ?

Marco : La rage qui revient, l'envie de renvoyer la gomme comme avant... notre vie c'est la musique et ça nous a pris, nous avions envie de remettre la gouache et voilà. La tension est remontée et c'est comme ça que nous nous sommes dit « le reggae basta pour le moment », nous avions envie d'une énergie beaucoup plus brute, que nous est propre, et comme nous savons bien manier ce genre d'histoire nous avons eu envie de nous remettre là-dedans en présentant quelque chose de neuf dans ce que nous savions très bien faire.

Didier : En fait nous n'en faisons vraiment qu'à notre tête, c'est vraiment...à la limite, il n'y a pas tellement à chercher de justification. C'est quelque chose qui monte comme ça, qui pulse, l'envie de faire quelque chose de violent à nouveau qui permette d'extérioriser une certaine tension... voilà. À partir de ce moment-là c'était l'heure de Treponem Pal.
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Cosmic Camel Clash : Et est-ce que cette envie de renvoyer le bois a un rapport avec votre signature sur un label (Listenable) surtout réputé pour le métal extrême ?

Marco : Non non. Il s'est trouvé que ce label nous correspond, pas tant au niveau des autres groupes signés (qui sont très très bons) mais au niveau de leur ouverture musicale, car ils ont des groupes qui sont assez extrêmes mais assez différents. Et surtout ils savent s'exporter, ce qui est très rare pour un label français. Ils ont une bonne réputation à l'étranger et nous avions besoin de ça : nous voulions absolument reconquérir l'étranger où nous avions eu une vraie vie par le passé et où pendant un moment nous avions plus de reconnaissance qu'en France. C'est donc un label qui a été parfait pour nous, bien meilleur qu'une major avec qui nous avons eu une expérience qui a été ce qu'elle était... mais qui ne peut pas égaler la façon de faire et la puissance de feu d'un indépendant comme ça dont les moyens sont moindres mais où l'énergie donnée par chaque personne fait que tu peux avoir beaucoup plus de succès qu'avec juste des moyens financiers mis sur la table qui sont souvent dépensés n'importe comment.

Didier : Nous n'avons pas de regrets à avoir bossé sur une major hein, c'est bien clair... mais en fait c'est quelque chose de complètement différent. Les majors sont très cloisonnées au niveau international donc l'album Higher qui est sorti sur une major a eu un impact particulier en France, c'est l'album que nous avons le plus vendu... mais par contre à l'étranger, du fait du cloisonnement, ça a pu ne pas être idéal pour nous.

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Cosmic Camel Clash : L'album n'a pas été promu correctement ?

Marco : Roadrunner avait une façon de travailler très spéciale. Quand nous étions chez Roadrunner, label indépendant qui était déjà énorme, quand la maison-mère décidait de sortir un album il l'imposait à chaque bureau dans chaque pays, chose qui n'est plus le cas maintenant. Alors qu'une major company... c'est là qu'il faut qu'on passe un petit peu le message aux groupes : quand on les signe sur une major et qu'on leur dit « vous êtes signés pour le monde » qu'ils ne rêvent pas ! Qu'ils ne croient pas que leur album va forcément sortir dans le monde entier, ce n'est pas vrai. Tu signes pour le monde donc ça donne le droit d'exploiter le disque pour le monde, mais chaque bureau dans chaque pays est en droit de refuser le projet. Et il faut bien se dire qu'en général ils le refuseront car tant que tu n'as pas fait tes preuves dans ton pays et vendu au moins 100 000 copies, ils ne sortiront pas ton album à l'étranger. Ils ne prendront pas le risque de dépenser de l'argent dessus. C'est comme ça que nous, à l'époque, nous avons vendu le double en France en signant en major mais nous avons perdu tous les pays étrangers. Même si l'album est sorti en Allemagne ils n'ont rien fait dessus car nous étions chez Mercury... aux USA c'est Bon Jovi, en Allemagne c'est du hard FM, tu leur mets un groupe comme Treponem Pal dans les mains ils ne savent pas quoi en faire. Ils ne savent pas travailler l'underground, ils ne savent pas travailler des trucs comme vous, des webzines... Des gens comme vous, les webzines, les fanzines, vous êtes la base de la promotion. De tous temps, les fanzines, quand le web n'existait pas, c'est la base de la promotion de groupes comme nous. Sans ces trucs-là on ne peut pas évoluer... c'est très important et encore maintenant les majors ne vous prennent pas en considération, ils considèrent que c'est de l'épicerie (ndCCC : je confirme). Alors que travailler avec cent, mille épiciers... ça peut faire vendre énormément.

Didier : Nous avons été signés chez Mercury car il s'est trouvé par hasard que le directeur artistique de Mercury nous connaissait et a dit à Mercury France « vous avez un groupe intéressant, vous allez le signer » et à partir de là nous avons été signés, mais il faut bien dire qu'à part ce cas particulier quand les gens qui s'occupent des groupes en Allemagne et en Angleterre, etc, quand ils recevaient Treponem Pal ça ne leur disait rien, c'est clair. C'était « Combien ça vend ? Si c'est pas cent mille c'est pas la peine d'en parler.»

Photo Cosmic Camel Clash : Passons à l'album proprement dit. Les "machines bizarres" qui constituent son titre...

Marco : (finit ma phrase) C'est Treponem Pal, évidemment. En même temps c'est ce que qu'on est mais c'est aussi une vision du monde qui est une drôle de machine. Donc voilà, mais Weird Machine nous va bien car nous sommes bâtards par excellence : nous aimons les musiques bâtardes, les mélanges de genre... musicalement ou dans plein de choses comme dans le cinéma, etc. Donc pour revenir après un petit moment d'absence comme ça je trouve que c'est un titre d'album qui fonctionne bien pour ceux qui ne connaissent pas : ils comprendront rapidement le contenu et le côté bizarroïde des choses. Et puis j'aime ce côté un peu mystérieux : quand je découvre un disque c'est ce que j'ai envie d'entendre, il faut que ça m'interpelle, que je me dise « tiens, je ne connais pas ce genre de bizarrerie », je n'ai pas envie d'entendre quelque chose où je sais à quoi m'en tenir à l'avance.


Cosmic Camel Clash : Cet amour des croisements musicaux explique-t-il que tu ne veux pas qu'on classe Treponem Pal dans le métal ?

Marco : Ce n'est pas que je ne veux pas... (hésite) Nous ne sommes pas que métal ou je sais pas quoi, nous sommes un groupe de Weird Machines. Nous sommes un peu des touche-à-tout, nous mélangeons les genres et voilà, nous ne pouvons pas dire que nous sommes un groupe de métal à proprement parler. Et puis rentrer dans des cases ça nous fait chier, tout simplement.

Cosmic Camel Clash : Par rapport à l'ambiance générale de l'album, j'en ai retiré une impression générale de décadence, en particulier avec ce côté crade de ton chant, cette ambiance générale d'abus. Est-ce que c'est quelque chose qu'il est important de développer musicalement pour toi ?

Marco : Oui, par le vécu dans les paroles et tout, ça touche à ça. Une forme de décadence entretenue qui correspond à un style de vie aussi, et musicalement je sais pas...

Didier : La décadence je ne sais pas mais l'abus ouais. Nous sommes un groupe qui abuse, ça c'est vrai, ça nous caractérise pas mal (rires)

Marco : C'est le côté extrême de Treponem : dans le mélange des genres nous allons toujours chercher ce côté... prendre les beats pop les plus baston possibles, les riffs les métal les plus baston possibles, et mélanger tout ça pour que ce soit le plus intense. Et plus c'est intense meilleur c'est en général.

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Cosmic Camel Clash : Comment avez-vous constitué le nouveau groupe qui a joué sur l'album, en particulier feu Paul Raven (bassiste entre autres de Prong et Ministry, mort pendant l'enregistrement) ?

Marco : Pour Paul Raven et Ted Parson ce sont des gars avec qui j'étais pote depuis des années. Ted je l'ai rencontré en 1987 dans les débuts de Treponem Pal : nous avons joué avec les Swans à l'Élysée-Montmartre à l'époque, c'est un groupe qui nous a influencés énormément. Nous nous sommes revus en 1991 et nous avons sympathisé parce que Prong nous a invités en tournée européenne, une des meilleurs tournées que nous avons faites en Europe. Lors de cette tournée Ted venait déjà jouer deux morceaux sur scène avec nous alors que nous étions le groupe de première partie. C'est très rare qu'un membre headline vienne jouer avec le support-band. Lors des années qui ont suivi nous sommes toujours restés en rapport : nous nous téléphonions, nous nous voyions à Paris, nous nous sommes vus à New-York... voilà. Pour Paul c'était en 1991 et je l'ai rencontré avec Ministry, nous avons sympathisé et même histoire. Tous les deux suivaient le groupe depuis le départ et m'avaient dit que s'il y avait moyen de participer à jour à un album de Treponem ils seraient partants. Il y a eu la période de pause et en 2006 je leur ai téléphoné et je leur ai dit « on reprend en 2007, on est sur le point de relancer l'histoire, si ça vous branche de participer c'est le moment où jamais », et de là ils ont répondu « on sera au rendez-vous, pas de problème ». Donc nous leur avons envoyé les maquettes tout de suite, pendant un an nous avons envoyé des trucs et nous faisions des échanges comme ça. Après pour les nouveaux membres français, il y a eu Franck qui n'est déjà plus avec nous et qui a travaillé les premiers morceaux en tant que guitariste, et nous avons fait des auditions par la suite pour compléter le groupe car nos invités américains et anglais avaient d'autres projets : ils pouvaient assurer l'album mais pas les tournées même si nous avions le projet de faire des trucs ponctuels avec eux. De là nous avons rencontré Pollack, Dread Fred et Mathis à la batterie : Pollack a été le seul a travailler à l'écriture de l'album en tant que guitariste alors que Dread Fred et Mathis ont joué sur quelques chansons en tant qu'interprètes et nous accompagnent sur la tournée.

Cosmic Camel Clash : C'est la deuxième interview que tu donnes depuis que la période de promo est lancée. Qu'est-ce que ça te fait de savoir qu'on va te parler de « stouquette » pendant les trois jours à venir ?

Marco : (sec) Ça je n'en suis pas sûr du tout, et je m'en fous complètement. C'est vraiment pas un sujet à développer, mais alors du tout. C'est un coup de promo que nous avons fait à l'époque et qui nous a bien servi, point barre.

Cosmic Camel Clash : Est-ce que les plans du retour de Treponem sur scène sont déjà faits ?

Marco : Nous avons déjà booké un certain nombre de dates, essentiellement en France et quelques dates en Angleterre. Nous avons quelque chose en Allemagne aussi... Il faut savoir que l'album sort simultanément partout en Europe et dans les pays sur lesquels on mise le plus en Europe (à savoir l'Allemagne et l'Angleterre) nous avons une date promotionnelle le 4 avril à Hambourg et une date promotionnelle à Londres pas encore confirmée, dans les deux dernières semaines de mai. Cette date à Londres est un concert spécial d'hommage à Paul Raven, il y aura une date à Londres et une à Birmingham et... (Marco lutte visiblement contre les sanglots à ce moment précis, mais reprend le dessus et continue sa phrase) il y aura avec nous Gun Dogs qui est le groupe de son frère Daniel Raven, un groupe plus orienté Pixies, et un groupe de collègues à lui qui s'appelle Headcount, du punk véner assez actuel. Donc il y a un gros truc promotionnel en hommage à Paul Raven en Angleterre. Nous avons une vingtaine de dates pour la France jusqu'à l'été, après les festivals vont arriver, et à partir de la rentrée nous ferons énormément de dates en France, plus en Suisse et partout en Europe. Et d'ici là nous espérons avoir un label américain car nous espérons pouvoir aller jouer aux États-Unis en notre nom pour la première fois l'année prochaine.
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Cosmic Camel Clash : Pour finir j'ai une question traditionnelle pour les musiciens français faisant partie de la scène depuis un paquet d'années : quel est votre regard sur l'évolution de cette scène, la manière dont elle fonctionne, la manière dont elle est perçue ?

Marco : Ca s'est décuplé en France de manière incroyable. Nous n'avons vraiment plus rien à envier aux étrangers, nous avons des super groupes en France qui sont là depuis un moment. Un groupe comme Lofofora est toujours là, il dure, ils sont toujours aussi bons et efficaces. Nous aurons peut-être un projet avec eux qui s'appellera Treponem Punk dans quelques temps... Oui, l'évolution de la scène rock-métal-punk en France est incroyablement positive. Et même au niveau du public qui est de plus en plus jeune, de mieux en mieux informé grâce au Net et grâce aux trucs que vous faites, les webzines et tout ça. Comme je disais tout à l'heure le phénomène des fanzines et de l'information underground est vital pour des groupes comme nous. Un groupe qui veut évoluer ne doit surtout pas se dire « je veux faire la grosse presse » : c'est bien d'avoir la grosse presse nationale mais surtout ne jamais délaisser les fanzines et toute cette presse underground qui ne tire pas à beaucoup d'exemplaire mais c'est là où on trouve les gens les plus passionnés. Pour avoir la meilleure promo qui existe ce sont ces gens-là qu'il faut aller voir.

Didier : Non, puis Internet c'est vraiment un bonheur pour nous et pour toute la scène je pense. Ça fait tourner l'information d'une façon qu'on imaginait pas il y a encore quatre ou cinq ans. La façon dont tout se sait à la vitesse de la lumière c'est carrément hallucinant et nous en profitons carrément en tant que groupe.



Crédits photo : www.myspace.com/treponempal


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