Karelia

Entretien avec Mathieu (chant), Jack (guitare) - Partie 2 - le 18 novembre 2008

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Gazus

Une interview de




Karelia_20081118

Interviewer Karelia (dont Restless, dernier album en date est sorti l'année dernière -voir la chronique-), c'est un peu comme vivre un épisode d'une sitcom. Il y a des moments un tantinet sérieux histoire de faire avancer l'histoire, ainsi que de nombreux gags et de rires préenregistrés. Point de préenregistrements ici, juste Mathieu (chant) et Jack (guitare), dans cette seconde et dernière partie d'un entretien bien cool (dont vous pouvez lire la première partie ici).

Gazus : Être musicien en France aujourd'hui, c'est pas évident, surtout quand on est musicien de metal. Comment vous gérez cette situation, que ce soit financièrement parlant, personnellement...?

Jack : Et bien moi j'ai bientôt fini ma psychanalyse en fait. Mon psy est assez confiant, il pense que je vais pouvoir m'en sortir et faire de la variété d'ici peu. (Rires). Tu le fais par passion, tu le fais par envie, tu le fais pas parce que t'es attiré par le pognon ou la reconnaissance, sinon je pense que ça ferait bien longtemps qu'on aurait laissé tomber.

Mathieu : A titre d'exemple, on a proposé Restless à des grandes majors parisiennes, et l'une d'entre elles nous propose un deal à partir du moment où on calme les guitares.

Gazus : Et qu'on surmixe la voix.

Mathieu : Ouais voilà. «C'est très bien, j'aime bien le côté pop, c'est punchy, mais les guitares sont trop agressives». C'est la preuve qu'on est pas prêts à toutes les compromissions pour vivre de la musique, parce qu'on a refusé le deal pour aller dans une petite maison marginale comme Season of Mist.

Gazus : Qui jouit tout de même d'une bonne reconnaissance.

Mathieu : Qui a une bonne distribution. Mais on ne se bat pas contre la Russie avec un lance pierre.

Jack : On a même pas la pierre, on a qu'une boulette de papier.

Gazus : Faut plus mâcher.

Rires et trip sur la guerre avec des lances pierres et boulettes de papier.

Gazus : J'ai plus de questions écrites mais il reste du temps donc je vais improviser. Mais avant je vais poser la question bête que je pose à tout le monde : avez-vous écouté le dernier Ultra Vomit.

Jack : Objectif: Thunes.

Gazus : Est-ce que vous l'avez écouté et si oui, qu'est-ce que vous en pensez?

Jack : Je l'ai pas écouté, j'ai entendu un ou deux titres chez un pote, parce que ça a fait suffisamment de raffut sur la scène metal française pour en entendre un ou deux titres. Mais je dois avouer que ça fait tellement longtemps que je n'en ai pas garder un gros souvenir, je ne saurais même plus dire à quoi ça ressemble. Donc on peut dire que j'en ai entendu parler mais je ne l'ai pas écouté.

Mathieu : C'est marrant, j'en ai entendu parler hier. Je ne sais pas si c'était au cours d'une interview ou quoi, mais je ne l'ai pas entendu non plus. En fait, c'est presque par choix que l'on n'écoute pas trop de metal autour de nous, histoire de partir dans une direction qui ne va pas être forcément déviée par ce que l'on écoute à l'instant t.

Gazus : En ce qui les concerne, dans tout leur album, ils reprennent tous les styles de metal différents. Du black au hardcore en passant par le heavy, le hard rock à la Motorhead en reprenant Lemmy à la perfection, avec des textes à but humoristique à chaque fois. Techniquement parlant, ils reprennent vraiment bien tous les gimmicks du genre. Il imite Abbath qui n'a pas fait ses exercices et qui se fait incendier par le professeur qui a la voix de Satan, il imite Lemmy qui chante en s'étouffant comme d'habitude avec le timbre particulier. Un truc qui s'appelle Cannidal Corpse sur lequel il y a un chien qui aboie par dessus lequel ils balancent un riff à la Cannibal Corpse. Et avec ça, ils ont quand même pu faire un gros buzz. Et en ce qui me concerne, c'est un des meilleurs albums de metal français que j'ai pu entendre cette année avec Psykup.

PhotoMathieu : Et comment ils sont reçus par la critique?

Gazus : Elle est assez dithyrambique. Avec Listenable, ils ont fait une soirée en tête d'affiche, avec un ouverture Textures et Kruger, qui niveau sérieux ont peut-être plus d'ancienneté. Mais c'est assez génial de voir une fosse de métalleux qui crie « coin, coin, coin ».

Jack : Faudra que je le trouve, ce truc, quand même.

Mathieu : Après, c'est bizarre que ce soit bien reçu par la critique. Parce qu'après, c'est peut-être fait avec plus ou moins de talent, j'en sais rien, mais pour nous, l'originalité est pas forcément la bienvenue. C'est un peu notre combat.

Gazus : Et au niveau de la production, ils ont l'ancien claviériste d'Anorexia Nervosa, donc niveau son, ils sont assez béton, sans approcher les prods ricaines.

Mathieu : Et ils ont une prod différent pour chaque titre?


Gazus : Oui, surtout au niveau de la batterie en fait. Mais ça reste un tout homogène qui fait rire.

Mathieu : Niveau prod, ça doit être horrible...

Jack : Devoir coller à l'esprit voulu pour chaque titre... Excellent...

Mathieu : Bon et bien on écoute dès qu'on rentre ! (rires)

Gazus : Maintenant, si vous n'aimez pas, je me serai planté en beauté... (rires)

Mathieu : Ne t'inquiète pas, à priori, ça me botte à fond. Si c'est bien fait, c'est génial.

Gazus : Nous allons revenir un peu à Karelia, si vous le voulez bien. (rires) Euh... (cherche une question) Jack, j'ai appris que tu jouais de la guitare, tu aimes bien la guitare ? (rire général)

Jack : J'aime beaucoup ce petit instrument à cordes.

Gazus : Et tu n'as jamais pensé à le remplacer par un accordéon ?

Jack : Et bien, ce qui est cool avec l'accordéon aujourd'hui, c'est que tu peux le brancher en MIDI, donc pour balancer les «couin couin» et les «waf waf», ce serait super sympa.

Gazus : Et utiliser une pédale wah wah avec, y as-tu déjà pensé ?

(Silence)

Jack : Je dois avouer que tu me bloques un petit peu... Je n'avais pas poussé la barre aussi haut dans la recherche sonore (rires) et je me sens un petit peu bête du coup. Mais je pense que mon prochain investissement sera une «wahccordéon».

Mathieu : Tu gagnes la palme de la question la plus originale. (rires) En revanche, ça mérite d'être creusé, cette histoire de wahccordéon...

Gazus : Plus sérieusement, au niveau du chant, quelles sont tes principales influences, si tu en as, ou bien au contraire, essayes-tu de te détacher...

Mathieu : (l'interrompt) Justement, j'ai des influences inconscientes. J'ai été élevé aux Guns'N Roses, à Jonathan Davis de Korn...

Gazus : On l'entend, sur "Trial", avec ces lignes de chant un peu dissonantes au début du morceau...

Mathieu : Ah oui, l'harmonisation de voix fait un peu «Korn», c'est vrai. Ben voilà, sauf que c'est inconscient, on ne s'en rend compte qu'après coup. Au niveau de mes influences, sinon, il y a Fernando Ribeiro de Moonspell et bien sûr les principales voix heavy, mais sans trop de vibrato. J'adore par exemple la voix de Tobias Sammet, d'André Matos. Ce qui me dérange, ce sont les ornements tout autour, les gros vibratos très éloquents et compagnie. Il se trouve que ça colle parfaitement au style qu'ils jouent, par contre, si j'utilisais les mêmes ficelles pour Karelia, cela aurait un côté vraiment décalé, je pense.

Gazus : La première fois que j'ai écouté Restless, afin de le chroniquer, la première chose que je me suis dite en écoutant le titre d'ouverture, était : «Tiens, ça ressemble à Samaël». Ensuite : «Tiens, les ambiances me rappellent le Nightwish de l'album Century Child». Lorsque j'ai entendu le synthé dans "Trial", j'ai pensé aux heures glorieuses de la dance des 90's. Mais au fur et à mesure, on ne fait plus de parallèles à vos influences, tant vous semblez bien les digérer. Comment décririez-vous la musique de Karelia ?

Mathieu : Une énorme marmite remplie d'influences diverses que l'on essaye de mélanger harmonieusement. Mais pour le coup, la marmite est vraiment énorme, vu qu'on reprend des petits éléments de dance, des rythmes parfois disco avec le charley en l'air... «poum tsii poum tsii poum tsii»... (rires) Et une grosse louche de rock'n roll par dessus, des accords tout ce qu'il y a de plus basique et énormément d'autres influences, tant au niveau de la voix que du reste. Nous sommes à la fois victimes et fiers de toutes ces influences.

Jack : C'est un mélange d'influences et de choses qui n'ont rien à voir avec la musique que l'on fait. Ça vient de loin et c'est pour cela que nous ne faisons pas trop attention à la scène actuelle, sans toutefois l'ignorer, afin de ne pas être orientés dans une direction bien précise. Il y a bien quelques réflexions sur certains titres, comme «Ah tiens, ça me fait penser à tel groupe de heavy»... groupe qu'on a écouté ou pas écouté d'ailleurs. Ce sont tous ces mélanges ainsi que les méthodes de production d'aujourd'hui qui nous permettent d'avoir ce melting-pot d'influences et de sonorités modernes.

Mathieu : Par exemple, la ballade du prochaine album est clairement une sorte de ballade intemporelle à la "Nothing Else Matters" ou à celles des Guns'N Roses. Lorsque nous nous en sommes rendus compte, nous avons vu que nous avions pioché dans ce que nous écoutions il y a maintenant près de quinze ans. Mais finalement, ce genre de ballade est-il dépassé...

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Gazus : Je ne pense pas, il y aura toujours des booms et des fesses à peloter...

Mathieu : Et du champomy et des curlys...

Jack : Et ce jour-là... on sera là ! (rire général)

Gazus : Alors vous jouez dans les bar mitzvah, les communions ?

Jack : Et les enterrements de vie de garçon. (rires) Avec le manager qui sort du gâteau...

Mathieu : Ça nous permet d'arrondir les fins de mois... Par contre ça n'est pas très hygiénique pour le gâteau... parce qu'il ne s'épile pas. (rires)

Gazus : Au niveau des textes, quelles sont les thématiques abordées dans Restless ?

Mathieu : Ah là par contre, c'est beaucoup moins drôle. (rires)

Gazus : En fouillant un peu, j'ai découvert que l'un de vos albums, le premier je crois, était un concept album sur une personne qui avait vécu les deux guerres mondiales...

Mathieu : Tout à fait, d'ailleurs le titre était «Tragédie Ordinaire», vu que ça raconte la vie moyenne d'un européen prit dans les deux conflits. Il y avait un côté extrêmement tragique, nous allions beaucoup vers l'aspect shakespearien de la chose et d'un autre côté, c'est tellement banal...

Gazus : Et l'orchestre se prêtait à merveille à ce genre de thème, j'imagine.

Mathieu : Exactement. C'était un peu gonflé de faire un album concept pour un premier disque, donc pour le second, nous avons plutôt abordé des sujets de société, tout en restant pas loin, à savoir, la montée du national-socialisme dans les années 30 en Allemagne. L'album commençait quand même avec un discours d'Hitler, qu'on nous a autorisé à utiliser à partir du moment où les paroles étaient suffisamment explicites pour que l'on comprenne bien que ce n'était en rien une apologie du nazisme, mais bien une critique de l'aspect moutonnier d'un peuple qui suit un leader charismatique, sans se poser de questions sur le sens de ce qu'il fait... Les guerres de religion aussi... Sur le troisième album, nous sommes plus dans le thème de la violence conjugale, quelque chose de très terre-à-terre et surtout pas moralisant... même pas moral en fait.

Gazus : Froid dans l'approche, la manière de décrire...

Mathieu : Oui et en même temps très extrême. C'est sans doute ce que nous avons fait de plus violent en ce qui nous concerne, mais justement, nous ne portons pas de jugement. Nous évoquons des thèmes sur lesquels nous avons tous la même opinion, à savoir qu'on ne fait pas pisser le sang à sa femme quand on rentre le soir... Sur le prochain, c'est bien plus militant... Sans tomber dans des thèmes récurrents. Dans le metal, tu es souvent dans l'abstraction, soit dans un royaume fantasy et tu déracines l'Épée d'Émeraude...

Gazus : «Heavy Metal Of Steel», quoi...

Mathieu : Ouaip, avec Da Sword Of Diamonds».

Gazus : Le genre de royaume où tu es prêt à mourir pour le metal. (rires)

Jack : Et pour que la flamme revive...

Gazus : D'ailleurs j'ai garé mon dragon en double file, il va falloir que je me dépêche... (rires) Donc, le prochain album...

Mathieu : Oui donc beaucoup plus militant et sur des sujets qui n'ont pas été visités... Nous n'annonçons pas non plus la venue de l'antéchrist... c'est très terre à terre, mais jamais politiquement engagé mais en revanche très porté sur des valeurs qui nous paraissent universelles mais qui malheureusement ne le sont pas... Le droit de la femme, la protection de la nature... mais pas sous l'aspect gaucho-écolo, nous ne voulons pas tomber dans le discours politisé.

Gazus : Quelque chose qui serait plus dans la manière qu'a Gojira d'aborder ce sujet, donc ?

Mathieu : C'est vrai. Justement, au niveau du thème, c'est une grande première... est-ce que c'est ridicule pour autant ?

Jack : Je pense que ça a toujours surpris les gens la première fois, car ils ne s'attendaient pas à ce genre de discours et ce genre d'implication là dedans. J'ai lu récemment une interview où ils parlent de ce côté écolo mais non politisé, plutôt des convictions personnelles plus que politiques, une hygiène de vie...

Mathieu : Maintenant, tu ne vas pas manifester avec Noël Mamère... Il se trouve que tu as forcément des valeurs, une petite tribune, aussi modeste soit-elle, pour exprimer ce que tu penses, ce qui est déjà pas mal, donc autant s'en servir pour transmettre des choses à qui voudra bien l'entendre.

Gazus : Je cherche depuis tout à l'heure, mais je n'arrive pas à trouver la violence conjugale dans "Lift Me Up" de Moby... (rires)

Mathieu : Euh...

Jack : Dans le «up». (rires)

Mathieu : Bon, c'est vrai que là c'est une reprise, mais si tu regardes bien le texte, tout n'est pas positif. C'est ce que je trouve attirant dans la variétoche : sur une base musicale parfois festive, parfois neutre, on trouve des thèmes plutôt sombres. La reprise de "Loosing My Religion" de REM, c'est pareil. Ça donne tellement l'impression de pouvoir être transposable au metal qu'avec deux ou trois arrangements, cela s'intègre dans un album sans choquer. Quelqu'un avec aucune culture musicale ne se dirait pas «Tiens, il y a deux titres qui sortent du lot !».
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Gazus : Nous en sommes à un peu plus d'une demi-heure, constitué de questions-réponses sérieuses et de beaucoup de conneries (rires). Je pense que nous touchons à la fin de l'interview. Y a-t-il une question que personne ne vous pose et à laquelle vous aimeriez répondre ?

Le manager : (situé à une table de nous) D'où vient le nom Karelia ?

Mathieu : Ah oui tiens, ça c'est vrai...

Gazus: Alors, d'où vient le nom «Karelia» ? (rires)

Mathieu : Non non, ce n'est pas vrai ! On nous la pose à chaque fois, on n'en peut plus ! D'ailleurs on te remercie. (rires)

Gazus : Alors cette fameuse question ?

Mathieu : On nous demande souvent «Pourquoi tous ces revirements ?» mais jamais «Quelle est la finalité de tout ça ?».

Gazus : Et donc ?

Mathieu : En fait, nous sommes partis avec une grosse prétention. Nous aimerions bien transcender ces barrières du metal et, sans avoir pour but de séduire la ménagère, hein, essayer de faire comprendre que nous sommes toujours dans une grande famille du rock'n roll...

Le manager : En fait c'est son but recherché... la ménagère...

Jack : De la MILF. (fou rire général)

Gazus : (toujours sous le choc du fou rire) Donc, le but de Karelia ?

Mathieu : Oui donc, réussir à dépasser ces frontières, que l'on nous reproche parfois de transgresser. Parfois dans la presse, ça a l'air d'être ressenti comme un manque d'intégrité, par exemple le fait que nous fassions une reprise de Moby ou bien que nous ayons des rythmes un peu entraînants... Alors que nous n'avons pas du tout l'impression de sortir d'un cadre, nous sommes toujours dans un style cohérent. Mais bon, c'est comme dans chaque genre musical, il y a des personnes très attachées à une forme d'élitisme, d'intégrisme, même.

Jack : Ça rassure toujours de savoir que lorsque tu vas acheter tel album de tel groupe, tu vas trouver tel style de musique. Forcément, lorsque qu'à chaque fois nous déboulons avec des choses complètement différentes, ça peut inquiéter, voire faire paniquer les plus fragiles d'entre nous (rires). Mais lorsqu'on regarde les différentes «rubriques» du metal, c'est tellement large que nous ne pouvons nous enfermer dans un seul truc.

Mathieu : Une chose marrante, durant certaines interviews, c'est que le journaliste est un ancien fan du premier album, par exemple. Et durant l'interview, on sent l'espoir dans sa voix... «Est-ce que vous allez refaire du symphonique ?» Et vu qu'en l'occurrence, c'est un style qui se porte très bien sans nous... Il n'y a pas besoin de Karelia là dedans. Nous ne voulons pas spécialement retomber là-dedans tout en dénigrant ce que nous avons pu faire, sans trouver le style ridicule ni dénigrer ceux qui le font encore... Nous avons besoin d'espace.

Gazus : (faisant des yeux plein d'espoir) Est-ce qu'un jour, peut-être, vous referez du symphonique ? ()rires) Tout en gardant votre bagage acquis depuis vos deux derniers albums ?

Mathieu : Sur scène, nous ferons un petit clin d'œil avec un medley du premier album, qui, jusqu'aux dernières nouvelles, est celui qui s'est le mieux vendu dans le monde. Du coup, beaucoup de gens nous connaissent plus de par cet album que par le second ou par Restless. Vu que sur scène, nous ne revenons pas sur cette période, nous devrions peut-être le faire, pour ces gens-là. De façons intègre, juste quatre, cinq minutes nostalgiques.

Gazus : Avec des briquets.

Jack : Avec des flambeaux et des hallebardes.

Mathieu : (chante en voix de fausset) «In the flaaaaaaaame....» (rire général)


FIN


Interview : Gazus
Transcription : Dupinguez et Gazus
Mise en page : Wotan


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