Cool Cavemen

Entretien avec Max (guitare) - le 07 février 2009

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Barbapopo

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Cosmic Camel Clash

Une interview de




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La fusion est un genre non-seulement assez casse-gueule mais de plus assez sous-représenté. Donc quand on a le bol de tomber sur un groupe qui pratique le genre avec talent, on ne se prive pas de l'exposer ! Multipolar (chronique ici) est en effet un album aussi festif que travaillé et carré, et l'occasion de faire un brin de causette avec le guitariste Max s'est donc présentée d'elle-même.


Cosmic Camel Clash : Multipolar est un Cd de fusion plus que consistant (16 plages en tout). Combien de temps a duré son élaboration ?

Max : Il y a eu la phase de composition, qui a duré à peu près un an – un an assez dense. Après, en studio, on a passé une petite trentaine de jours, avec, aussi, un petit peu de temps en studio « à la maison », notamment pour le bonus track et quelques ajouts.

Cosmic Camel Clash : Chacun des titres présente un cocktail de styles très différents. Comment se passe la composition dans Cool Cavemen en général ? Par démo ? Par jam ? Est-ce une personne, est-ce collectif ?

Max : Ben en fait, il n’y a pas de recette prédéfinie à ce niveau-là : chaque morceau arrive d’une façon plus ou moins différente : à un moment, c’est un musicien qui amène ses riffs et nous venons tous nous greffer dessus ; quelque fois, il y a des choses intéressantes qui sortent des jams, et qu’on rebosse dans le sens de l’album. Tout est possible. Il n’y a pas de recettes prédéfinies, on ne se fixe pas de limites.

Cosmic Camel Clash : Lorsque vous êtes entrés en studio, toutes les compos étaient-elles prêtes ? Ou certaines ont-elles évolué à ce moment-là ?

Max : Ben, nous pensions que tout était prêt (rires), mais il y a des choses qui ont quand même évolué, des petites idées qui sont venues se rajouter en plus, autant au niveau de la prod’, que des overdubs, que même certaines lignes qui ont changé… Bon, ce ne sont pas des changements radicaux non plus, mais des petites choses, des petits « plus » qu’on trouve sur le moment, qui viennent comme ça, et c’est le petit côté spontané qui est aussi agréable pour nous.

PhotoCosmic Camel Clash : Est-ce que chaque membre du groupe apporte une facette différente à votre musique, avec des influences bien distinctes (le guitariste métalleux, le bassiste funkeux, etc…) ou, finalement, est-ce que tout le monde écoute un peu la même chose, dans le groupe ?

Max : Nous avons quelques influences communes, c’est clair (notamment Incubus, les Red Hot, FFF). Sinon, après, c’est vrai qu’on a tous nos dadas à côté : le saxophoniste écoute pas mal de jazz et de salsa, ce genre de choses ; le bassiste est effectivement très funk/fusion ; le chanteur est plus rock ; le batteur est très « déglingué » (rires), il aime bien écouter des trucs un peu déglingués… Voilà, c’est ça qui donne un petit peu le mix, au final, de toutes les influences…

Cosmic Camel Clash : Sauf erreur de ma part, la chanson "Fusion" est tirée du premier album.

Max : Elle est tirée du premier album, oui. Ça, c’était un petit peu le souhait de Gofannon Record, d’une part – et puis nous aussi, ça nous faisait plaisir de la remettre avec une meilleure prod’. Nous trouvions qu’elle avait sa place, et une chanson remise par rapport aux autres albums, on trouvait que ce n’était pas trop abuser !…


Cosmic Camel Clash : Et tout le reste, c’est du matériel neuf ?

Max : Tout le reste, c’est de l’inédit, oui.

Cosmic Camel Clash : D’accord. Lorsque Fusion est sorti en 2006, il n’a été tiré qu’à 500 exemplaires. Là, vous êtes signés chez Gofonnan : qu’est-il prévu pour Multipolar, en terme de diffusion ?

Max : Là, en terme de diffusion, c’est tiré dans une première vague à 1000 exemplaires, et ce sera après par vagues de mille, une fois que nous aurons écoulé les mille premiers. Il y a aussi diffusion via toutes les plates-formes (de mp3, etc.) de téléchargement en ligne. Voilà. C’est 1000 exemplaires dans un premier temps.

Cosmic Camel Clash : Rêvons deux minutes : Cool Cavemen a la possibilité de sortir deux singles de Multipolar, avec diffusion sur les radios mainstream, la totale… Quels titres choisirais-tu, et pourquoi ?

Max : Ben "Fusion", encore une fois : c’est un peu notre titre-étendard, qui fonctionne super bien en concert, tout le temps… Et puis on aime bien le thème – qui se retient bien, en plus. La seconde, ce serait assez compliqué, je pense qu’il y aurait débat ! Moi, personnellement, j’aime bien "Igor". Un petit peu pour l’aspect progressif de la compo, et les arrangements à la fin.

Cosmic Camel Clash : Est-ce que "Igor", justement, avec son côté progressif et ses arrangements soignés, est le titre qui vous a demandé le plus de boulot sur l’album ?

Max : En studio, oui, c’est clair, parce qu’il y a eu pas mal de guests qui sont intervenus dessus – tout ce qui est cordes, notamment. Ça a pris pas mal de temps, effectivement. Il y a certains moments où il y a beaucoup d’instruments, dans Igor. En plus de ça, il y a pas mal d’univers musicaux couverts dans cette compo ; donc, à chaque fois, ça veut dire : « trouver le son qui va bien », et les petites astuces pour que ça s’enchaîne bien dans la chanson, autant au niveau composition que production.
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Cosmic Camel Clash : Est-ce que vous comptez la jouer en concert ? Et si oui, comment comptez-vous gérer la transition avec tous ces effets, que, forcément, vous ne pourrez pas tous reproduire ?

Max : Nous la jouons déjà en concert, en fait (rires), et quand nous composons, nous pensons forcément au live. Sur celle-là, on a des arrangements un peu alternatifs, et puis, évidemment, on n’invite pas à chaque fois les cinq-six violons qui jouent à la fin ! Donc là-dessus, le chant se superpose et prend une ligne des violons ; et après, c’est le live, le « scénique », le visuel, qui prend un peu le dessus par rapport à la version album.

Cosmic Camel Clash : De façon plus générale : entre envoyer la patate en live, ou fignoler ta musique en studio, est-ce qu’il y a un type de plaisir que tu préfères, ou est-ce que c’est deux trucs complètement différents ?

Max : C’est deux trucs complètement différents, ça c’est clair ; mais – et je pense que je peux parler au nom de tout le monde – on préfère tous le live, parce qu’il y a une énergie qui n’est pas la même que lors de l’enregistrement d’un CD. Le CD, ce qui est appréciable, c’est d’avoir le rendu fini ; quand on l’a eu, c’était vraiment un bon moment pour nous. Mais en live, là, il y a vraiment toute une énergie qui se communique en plus avec le public – public qui nous le rend bien. C’est vraiment ça qu’on adore, sans compter l’aspect « aléatoire » des concerts où il y a toujours un petit délire, un petit quelque chose qui fait qu’un concert ne sera pas le même que l’autre.
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Cosmic Camel Clash : La chronique des Eternels se termine par : « Voilà un deuxième album qui remplit amplement sa mission : procurer du fun, du groove, du bon temps et de l’émotion. »
Parmi ces quatre choses, quelle est la plus importante pour toi en tant que musicien – et surtout : pourquoi ? (Interdiction de répondre : « les quatre. »)


Max : (rires) Ça serait trop facile, bien sûr ! Ben d’abord, merci pour la chronique : elle est bien foutue, on sent que vous avez bien écouté l’album. Moi je dirais en priorité l’émotion. Pour moi, en matière de musique, tout est question d’émotion. C’est vraiment ça qui doit passer. C’est ce qu’il y a de plus intéressant, au final, ce que les gens ressentent en écoutant la musique – qui correspond ou pas à ce que nous avons voulu faire passer, d’ailleurs. En deuxième, je placerais le groove, quand même, parce que c’est vachement important pour nous – mais là, plus en tant que musiciens.


Cosmic Camel Clash : Pour toi, qu’est-ce qui fait un bon album de fusion ?

Max : Un bon album de fusion… hm… bonne question. Ça dépend dans quelle fusion on se place, mais je dirais : l’originalité avant tout. Et aussi : une fusion pas trop franche, quelque part. C’est-à-dire : des choses qui sont amenées relativement subtilement, quand ça évolue d’un style à l’autre ou d’une ambiance à l’autre. Ou alors, à l’inverse – il y a des groupes qui le font très bien aussi – faire des changements brutaux et assez bourrins, ça peut fonctionner. Tout est question de choix artistiques, mais c’est vraiment ce qui est à travailler à mon avis.

Cosmic Camel Clash : Cool Cavemen est un groupe relativement jeune. Comment vous imaginez-vous évoluer ? Comme Fishbone (toujours la patate – toujours le même délire), comme Mike Patton (toujours le délire, mais en plus « arty ») ou comme Incubus (toujours plus mûr, mais de moins en moins de délires) ?

Max : Incubus, je peux l’éliminer d’office, parce que ça correspond moins à l’esprit originel, et puis il y a certains trucs qui sont moins intéressants sur le plan musical (bon, ça, c’est mon avis, hein…) Mike Patton – grand fan ! Après, c’est vrai que des fois, c’est vraiment fort-fort barré ; donc moi, je me verrais plus dans une progression comme Fishbone, toujours partir en délire avec une bonne patate scénique, et que ça envoie.

Cosmic Camel Clash : Pour que les gens te connaissent mieux, il y a toujours une approche fondamentale, c’est les questions cons : si tu devais emporter trois albums sur une île déserte, lesquels choisirais-tu, et pourquoi ?

Max : Je prendrais… trois albums de Cool Cavemen, c’est sûr, mais je ne sais pas encore lesquels ! Non, je déconne. Je prendrais l’album Rage Against The Machine, de Rage Against The Machine ; parce qu’à ce moment-là, ils ont vraiment trouvé le truc, qui a quand même pas mal changé la donne au niveau musical. Encore une fois, c’est de la fusion : et pour moi, c’est vraiment l’album parfait, il n’y a pas un titre à jeter, c’est vraiment super original, tous les zicos sont dedans, la prod’ est originale aussi. Voilà, c’est l’album vraiment nickel. Je dirais aussi… FFF, de FFF, à peu près pour les mêmes raisons, et aussi parce que j’ai rarement vu d’aussi bons textes aussi bien chantés. C’est-à-dire qu’il arrive à bien faire groover le chant en français ; et ça, pour nous, c’est vraiment une performance que peu arrivent à reproduire. Et le troisième… j’en ai plein qui me viennent en tête… je prendrais un classique aussi, le Blood Sugar Sex Magic des Red Hot, parce que ça fait vraiment partie de nos influences communes, et que c’est un album que j’écoute très très régulièrement, sans m’en lasser.
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Cosmic Camel Clash : Deuxième question stupide : si tu pouvais prendre une heure de cours avec deux musiciens de ton choix, morts ou vivants, qui appellerais-tu ?

Max : Ben j’appellerais Jimi Hendrix, parce que je pense que l’heure de cours, au-delà de la musique, pourrait être assez psychédélique ! Ça pourrait être vraiment intéressant de rencontrer le personnage, en plus de ce qu’il pourrait m’apprendre au niveau de la guitare. J’aime bien son approche très peu théorique, et vraiment tout dans le feeling. Et pour le deuxième musicien, je crois que je prendrais un compositeur de bande originale de films… Je dirais Danny Elfman, celui qui compose les musiques des films de Tim Burton, pour tout le côté « arrangements », etc… Là, c’est vraiment, pff… très fouillé, c’est vraiment un modèle à ce niveau-là !

Cosmic Camel Clash : Votre album fusionne beaucoup de choses, mais on ne trouve ni black-metal, ni ragga-roots, ni eurodance dessus. S’il te fallait choisir un de ces genres pour une future compo, lequel prendrais-tu en premier ?

Max : J’hésite entre le black-métal et le ragga… Bon, la dance, ça sort vraiment beaucoup de notre son, de ce qu’on a l’habitude de faire, et ça impliquerait forcément des sons électroniques, ce qui n’est pas trop dans notre délire pour l’instant. Je pense que je choisirais quand même le ragga ; pour le phrasé, tout ça… Il y a moyen de faire des trucs intéressants, je pense. Peut-être sur le prochain album, hein ?
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Cosmic Camel Clash : Eh ben pourquoi pas ? Question finale : vu le côté festif de votre musique, « Cool » ça va de soi, mais pourquoi « Hommes des Cavernes » ?

Max : (très sérieux). À la base, on s’est rencontrés, il y avait des essais atomiques pas loin de chez nous (NdB : Lille, pour info), alors on s’est planqués dans un abri anti-atomique. C’est là que nous nous sommes rencontrés et, quand on est ressortis, ben… nous sommes ressortis un peu vite, parce qu’on s’embêtait, là-dedans. Donc on a subi des mutations génétiques qui nous ont fait régresser – et donc voilà, c’était un peu pour notre côté primitif qu’on a choisi « cavemen ».


Cosmic Camel Clash : OK. Bon, chez les Eternels, on finit toujours nos interviews par une tribune libre si tu en as envie.

Max : Eh bien, je voulais juste vous dire merci – déjà, d’avoir bien écouté ce CD avant de faire la chronique, ce qui n’est pas forcément toujours le cas. Et puis merci pour tout, pour l’interview et pour la chronique !




Questions et transcription :Barbapopo


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