Sonata Arctica

Entretien avec Henrik Klingenberg (claviers) - le 28 août 2009

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Cosmic Camel Clash

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Lord Henry

Une interview de




Sonata_Arctica_20090828

Après le coup de boost d'Unia, Sonata Arctica enfonce le clou avec un The Days of Grays (chronique ici) qui, s'il se révèle moins complexe que son prédécesseur, ne renie absolument pas ses obédiences progressives. Le claviériste Henrik Klingenberg a accepté de nous en dire plus...


Cosmic Camel Clash : Le mot « gray » revient non seulement dans le titre de l'album mais également dans de nombreuses chansons. A quoi se réfère-t-il ? J'imagine qu'il ne s'agit pas seulement de la couleur grise...

Henrik Klingenberg : C'est une référence à l'état actuel du monde... il y beaucoup de zones grises, les choses ne sont plus aussi simples qu'à l'époque où tout était noir ou blanc. C'est donc un symbole... de plus pas mal de personnes proches du groupe sont mortes récemment, donc c'est aussi un peu ça... gris peut être la couleur de la mort, de la disparition, du fait de vieillir... quelque chose comme ça. Tout dépend de la manière dont on l'aborde, mais pour moi ça se réfère vraiment à l'état du monde d'aujourd'hui.

PhotoCosmic Camel Clash : Pour toi c'est plus du côté de la tristesse ou de la complexité ?

Henrik Klingenberg : Peut-être plus... du côté de la complexité. C'est vraiment difficile de vivre en essayant d'agir au mieux, car il est devenu très dur de faire la différence entre le bien et le mal dans ce monde.

Cosmic Camel Clash : Ce dernier album arrive après un autre qui a représenté un tournant dans votre carrière, Unia. Beaucoup de gens l'ont trouvé trop complexe et ambitieux... quand tu le reconsidères aujourd'hui, quel est ton sentiment à ce sujet ?

Henrik Klingenberg : Mmhh... il est effectivement complexe et progressif. C'était ce que nous voulions, ce que nous devions faire à l'époque. Je ne sais pas s'il est « trop » ambitieux, mais notre but était vraiment d'aller dans cette direction ; nous avons pris les éléments progressifs de notre musique et nous les avons poussés à un niveau extrême. Et je suis très heureux que nous l'ayons fait car ça a été quelque chose de très rafraîchissant pour nous et nous avons adoré jouer ces chansons en live. Avec ce nouvel album les choses sont un peu plus simples. Il y a bien sûr beaucoup d'éléments d'Unia dessus... je pense que c'était un album très important, pas seulement pour notre carrière mais pour nous, en tant qu'individus.


Cosmic Camel Clash : The Days Of Grays est-il plus simple car vous vous êtes retenus ? Avez-vous limité vos idées ?

Henrik Klingenberg : Oh, ça s'est passé à peu près comme les autres fois au niveau de la composition. Tony (Kakko, chant) écrit des chansons, en fait des démos, nous les apporte et nous les travaillons en répétition pendant à peu près six semaines : nous faisons les arrangements ensemble, etc. Cette fois nous n'avons pas voulu surcharger les chansons, mais au final il y a quand même des tonnes de voix, d'instruments et d'arrangements orchestraux sur chaque titre ! Donc oui, nous avons essayé de faire un peu plus simple que la dernière fois, mais je ne sais pas si nous avons vraiment réussi.

Cosmic Camel Clash : En parlant d'arrangements orchestraux, cet album est le plus symphonique de votre carrière. Quelles influences vous ont poussé à vous engager dans cette voie ?

Henrik Klingenberg : C'est quelque chose dont nous avions déjà parlé entre nous par le passé, nous voulions essayer de jouer avec un orchestre. Le problème était le coût... mais nous connaissions un mec nommé Mikko Mustonen qui fait des arrangements symphoniques car il avait bossé avec Northern Kings, le groupe avec Tony et Marco Hietala (Nightwish). Il réalise des arrangements orchestraux sur ordinateur, seul chez lui, et nous voulions voir ce que ça donnerait sur du Sonata Arctica. Nous lui avons envoyé des morceaux pour qu'il les réarrange et ça sonnait hyper bien, nous l'avons donc engagé pour bosser sur The Days Of Grays. C'est quelque chose que nous voulions faire depuis un certain temps, mais nous ne pouvions pas nous permettre d'enregistrer avec un vrai orchestre financièrement parlant. C'était une alternative pour le faire quand même et je trouve le résultat excellent.

Cosmic Camel Clash : En choisissant de travailler avec quelqu'un ayant déjà collaboré avec Marco Hietala, n'avez-vous pas eu peur que les gens vous comparent à Nightwish ?

Henrik Klingenberg : Hé bien... non, pas vraiment. Bien sûr, il peut y avoir des similitudes entre eux et nous sur l'album mais... déjà Nightwish est un super groupe, donc si tu veux nous comparer à eux y'a pas de problème (rires). C'est vrai qu'a posteriori, en y repensant, je me dis que nous aurions peut-être dû être plus prudents... mais bon, ça ne me dérange pas vraiment. J'aime Nightwish donc si on retrouve certaines de leurs composantes dans notre musique, je pense que c'est une bonne chose.

Cosmic Camel Clash : Okay... mais ne penses-tu pas qu'avoir des parties symphoniques est un peu devenu un cliché pour un groupe de métal ?

Henrik Klingenberg : Euh... ouais. Tu as tout à fait raison. C'est vraiment un gros cliché, et ça fait un certain temps que c'est le cas. Mais nous avons pensé que ça collerait bien sur notre musique, et que même si c'était un cliché ça ne serait pas forcément mauvais. Je pense qu'il est plus important de donner aux chansons le son qu'il leur faut, le son que tu veux leur donner, plutôt que de s'inquiéter et de se demander si les gens vont trouver ça clichesque, stupide ou je ne sais quoi.
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Cosmic Camel Clash : Comment avez-vous eu l'idée d'utiliser une guest féminine au chant ?

Henrik Klingenberg : C'est à cause de l'histoire qui est racontée sur quelques chansons, c'est la raison principale. En particulier sur "Deathaura" qui parle d'une sorcière, il nous fallait quelqu'un pour jouer le rôle de la sorcière. En plus nous n'avions jamais fait appel à une voix féminine avant, donc c'était tout nouveau pour nous.

Cosmic Camel Clash : Et comment avez-vous rencontré la chanteuse en question ?

Henrik Klingenberg : Joanna Kurkela est une chanteuse pop finlandaise. Elle a assisté à plusieurs de nos concerts, c'est comme ça que nous l'avons rencontrée. Elle a demandé à Tony de composer de la musique pour son album, et comme Tony était en plein dans la composition du nôtre nous nous sommes dit « Hey ! Pourquoi ne pas faire appel à elle ?». Elle a fait des essais et ça sonnait très bien, donc nous l'avons engagée.

PhotoCosmic Camel Clash : Il me semble que les claviers jouent un rôle de plus en plus important dans le son de Sonata Arctica depuis que tu es arrivé. Est-ce parce que tu composes de plus en plus ?

Henrik Klingenberg : Hmmm... je ne sais pas, c'est dur pour moi de me rendre compte. Je me contente de donner mes idées à Tony quand nous travaillons ensemble sur les chansons. Je pense que ce que tu décris est en partie dû au fait que Tony s'améliore sans cesse quand il s'agit de composer aux claviers. Ses idées sont meilleures à chaque fois, donc c'est aussi pour ça.

Cosmic Camel Clash : J'imagine que ça ne te déplaît pas !

Henrik Klingenberg : Bien sûr ! J'ai plein de trucs à jouer donc j'aime ça (rires). C'est plus fun pour moi de jouer des parties intéressantes plutôt que de garder le même accord de cordes plaqué en arrière plan.


Cosmic Camel Clash : Est-ce pour ça qu'il y a de moins en moins de soli de guitare ?

Henrik Klingenberg : Je pense qu'il y a de moins en moins de soli en général. J'aime vraiment les soli, mais d'une manière ou d'une autre ils collent moins à la manière dont nous travaillons les chansons aujourd'hui. En ce qui concerne les soli nous commençons par voir dans quelles chansons il y a de la place pour en mettre, et ensuite Elias (Viljanen, guitare) et moi nous les répartissons à parts égales. Nous jouons chacun la moitié des soli, donc il n'y a pas de déséquilibre entre la guitare et les claviers. Il y a juste moins de soli en général, ce n'est pas lié à la guitare en fait.

Cosmic Camel Clash : Ça n'a donc rien à voir avec le départ de Jani (Liimatainen, guitariste fondateur) ?

Henrik Klingenberg : Non, absolument pas. Nous avions également composé beaucoup de matériel pour cet album, et quand nous avons choisi lesquelles mettre sur le disque beaucoup de celles que nous n'avons pas gardé étaient celles avec des soli. Elles finiront en bonus-tracks... ce n'est donc pas comme si nous avions consciemment décidé de mettre de soli sur l'album, c'est arrivé naturellement. De plus ça ne veut pas dire que ce sera toujours comme ça, il se peut très bien qu'il y en ait plus sur l'album d'après. Je ne sais pas ce que ça donnera...

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Cosmic Camel Clash : Par curiosité, êtes-vous toujours en contact avec Jani ?

Henrik Klingenberg : Non, pas vraiment. Je l'ai croisé il y a quelques temps dans un bar et il avait l'air d'aller beaucoup mieux. Il n'était évidemment pas bien durant toute la période de tension au sein du groupe, et avec tout ce qui lui est arrivé (ndCCC : Jani a passé un mois en prison car le gouvernement finlandais l'accusait de ne pas avoir rempli ses obligations militaires). Mais il va beaucoup mieux aujourd'hui, il a un nouveau groupe (ndCCC : Cain's Offering, avec Timo Kotipelto) et leur album est sorti donc les choses semblent pas mal marcher pour lui.

Cosmic Camel Clash : Une chanson comme "Flag in the Ground" est assez étrange sur l'album, car c'est exactement le genre de speed mélodique que le groupe ne pratique plus. L'avez-vous mise sur le disque pour les vieux fans ?

Henrik Klingenberg : En fait c'est une vieille chanson, une des plus vieilles de notre répertoire, elle date de 1996. Elle était très différente de sa version finale. Tony l'a ressortie un jour, nous l'avons retravaillée et c'était vraiment fun de rejouer ce genre de titre speed après tout ce temps. Nous nous amusions tellement en la jouant que nous nous sommes dit « Allez, on l'enregistre ». Et quand le moment est arrivé de décider quelle chanson allait finir sur l'album, nous nous sommes dit « Pourquoi ne pas mettre celle-là en souvenir du bon vieux temps ? ». Ce n'était pas vraiment le fruit d'un calcul de notre part, nous trouvions juste qu'elle sonnait super bien une fois enregistrée donc nous l'avons mise sur le disque.

Cosmic Camel Clash : Quand je vous ai interviewés Tony et toi pour Unia à Paris, il a bien expliqué qu'il s'est éloigné du speed mélodique car il en avait marre. Maintenant qu'il a fait autre chose, penses-tu qu'il y a une chance pour qu'il y reprenne goût ?

Henrik Klingenberg : Non... pour "Flag in the Ground" c'est vraiment spécial, la chanson existait déjà et nous l'avons juste réarrangée. La manière dont compose Tony aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec ce genre de titres rapides. J'ai écrit une chanson rapide old-school pour la version japonaise de l'album, d'ailleurs j'y ai mis des soli de claviers vu que j'adore ça (rires).

Cosmic Camel Clash : En parlant de tes compos, si tu pouvais sortir un album solo demain à quoi ressemblerait-il ? Ce serait aussi du métal mélodique old-school ?

Henrik Klingenberg : Non, je ne pense pas. Je pense que ça serait quelque chose entre Opeth et ce que fait Derek Sherinian sur ses albums solo. Je ne suis vraiment pas sûr... en tous cas il y aura beaucoup de riffs heavy et du chant hurlé, et peut-être un peu de chant mélodique également. Je ne pense pas que je ferais un album de power mélodique.
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Cosmic Camel Clash : Opeth, Derek Sherinian... est-ce le genre de musique que tu écoutes chez toi ?

Henrik Klingenberg : Ouais... quand j'écoute du métal chez moi, c'est soi Pantera soit Metallica. J'écoutais beaucoup de Dream Theater quand j'étais plus jeune, mais plus tellement aujourd'hui. Je préfère ne pas écouter de métal chez moi, car quand on fait du métal toute la journée on n'a pas tellement envie d'y replonger quand on rentre chez soi le soir. J'aime énormément Rush, Frank Zappa, Tom Waits, les vieux King Crimson bien sûr, Jimi Hendrix, ce genre de choses. J'aime bien changer d'horizons et écouter différents types de musique.

Cosmic Camel Clash : De quoi es-tu le plus fier dans ta carrière ?

Henrik Klingenberg : Mmmh... c'est difficile (rires) ! Je pense que je suis vraiment fier que nous ayons travaillé aussi dur que nous l'avons fait. Nous faisons de longues tournées, puis nous prenons quelques vacances et nous repartons composer un nouvel album. Nous venons de passer deux ans sur la route... je suis vraiment fier que nous soyons arrivés jusque là. Même si je ne fais pas partie du groupe depuis le début je suis fier que le groupe ait déjà une longue histoire, et j'espère qu'elle va continuer encore des années.

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Cosmic Camel Clash : Croisons les doigts !

Henrik Klingenberg : Ouais (rires) ! Je sais qu'en ce qui me concerne, je vais travailler aussi dur que possible pour que ça arrive.

Cosmic Camel Clash : Fin d'interview classique chez les Éternels : si tu as quelque chose à ajouter tu peux le faire, mais tu n'es pas obligé. C'est toi qui choisis !

Henrik Klingenberg : J'ai toujours quelque chose à ajouter (rires) ! Ça fait vraiment longtemps que nous ne sommes pas partis en tournée ; nous avons donné quelques concerts cet été mais ça ne nous suffit pas vraiment et nous mourrons d'envie de repartir sur la route. Nous allons venir en Europe, en France... nous avons toujours pris du plaisir à jouer en France donc j'espère que les gens vont venir et qu'on pourra s'éclater. J'ai vraiment hâte de partir jouer nos nouvelles chansons sur scène.



Crédit photos :
www.myspace.com/sonataarctica
www.sonataarctica.info


Questions : Lord Henry
Traduction / transcription : CCC




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