Helioss

Entretien avec Nicolas Muller - le 27 mars 2012

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Winter

Une interview de




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Sorti il y a peu, l'album des Français de Helioss, intitulé The Forthcoming Darkness, propose un black-metal assez original et foisonnant d'idées. Les passages en blasts côtoyent les sonorités de clavecins et les prouesses guitaristiques, et l'on ne s'ennuye pas un instant ! Nico, l'âme du groupe (il ne chante pas, mais fait tout le reste) a bien voulu s'entretenir avec Les Eternels et nous éclaire sur ses motivations, ses influences et ses aspirations. 

- Winter :  Salut Nico, serais-tu capable de définir la musique d’Helioss ?

- Nico : La musique d’Helioss est le fruit de ce que je ressens personnellement ; si on devait lui mettre une étiquette je me sentirais assez commode avec celle de « black-death mélodique ». Plus « mélodique » que symphonique, ce dernier terme, utilisé par pas mal de groupes, est quand même un peu pompeux.

- Winter : Quand on écoute ton album, on sent que tu as été nourri au heavy metal traditionnel. Est-ce ainsi ?

- Nico : Tout à fait. J’ai grandi en écoutant du heavy traditionnel comme celui joué par Judas Priest, Malmsteen ou encore des choses plus neo-classiques comme les premiers Symphony X, Kenziner ou Zonata. Plus tard des groupes comme Dimmu Borgir ou Anorexia Nervosa m’ont également beaucoup marqué.

- Winter : En ce qui concerne les influences que l’on peut sentir sur The Forthcoming Darkness, je vais te nommer plusieurs groupes, peux-tu me dire s’ils font partie de ton spectre d’influence ? Je commence avec Bal-Sagoth.

- Nico : Oh oui, Bal-Sagoth est un groupe que j’apprécie. Ils véhiculent, bien entendu, un imaginaire très héroic-fantasy, avec des dragons etc., mais pas seulement. Leur musique permet de voyager ; quand je les écoute, j’imagine plein de choses. On les a beaucoup comparé à Cradle of Filth, c’est vrai pour le premier album, mais à partir de Starfire Burning Upon the Ice, cela n’a plus rien à voir. C’est dommage qu’ils aient disparu de la circulation.

- Winter : Nocturnus.

- Nico : En fait, je connais de nom, mais c’est tout, désolé.

- Winter : Emperor/Ihsahn

- Nico : Bien sûr. Emperor est un monument, on ne peur pas évoquer le Black Metal moderne sans parler d’Emperor. En ce qui concerne Ihshan, je suis moins fan, tout comme les albums plus « expérimentaux » d’Emperor, qui proposent une musique plus « barrée ».

- Winter : Misanthrope

- Nico : Alors là, je suis surpris. Pourquoi me parles-tu de Misanthrope ?

- Winter : C’est un peu tiré par les cheveux, je dois le reconnaître. Mais disons que les sonorités de clavecin associées à du métal assez extrême donnent une touche française à l’ensemble, et Misanthrope est une référence du métal « à la française »…

- Nico : D’accord. Bon, ça fait toujours plaisir de se voir associer à un « monument » comme Misanthrope, mais, non, le groupe ne fait pas partie de mes influences.
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- Winter : Coroner

- Nico: Ben voilà, typiquement un groupe que je ne connais pas, et je n’en suis pas forcément fier... Les gars de Vektor en font une référence, mais dans mon cas, j’ai dû écouter au plus un ou deux morceaux, sans accrocher plus que ça.

- Winter : Et tes influences en termes de musique classique ?

- Nico : Tout d’abord, je tiens à préciser que je n’ai pas étudié la musique classique, chose qui m’aurait beaucoup plu. J’intègre des influences classiques dans ma musique, mais « en amateur ». Tu as parlé de clavecin, je ne cracherais pas sur le fait d’avoir un clavecin chez moi et passer du temps à m’y former. Mais, évidemment, ce n’est pas possible. En ce qui concerne les influences, tu as également parlé de « touche française » et oui, des compositeurs comme Soler, Scarlatti, Bach ou Rameau font partie de mes influences.


- Winter : Ta musique est assez complexe, cela t’empêche-t-il d’apprécier des groupes plus « basiques » ?

- Nico : Qu’entends-tu par « basique » ?

- Winter : Disons, moins raffinés, plus « brut de décoffrage ». Exemple : Darkthrone.

Nico : Darkthrone, ce n’est pas trop ma tasse de thé, mais non, je n’écoute pas que des groupes à claviers. J’apprécie vraiment de la musique plus brute comme celle que pratique Suffocation (leur musique est assez technique mais pas vraiment raffinée) ou un bon vieil Obituary.

- Winter : Tu as une trentaine d’années et cela fait donc un certain temps que tu écoutes du métal. Te sens-tu l’âme d’un vieux combattant ? Le métal, c’était mieux avant ?

- Nico : Pas du tout. Evidemment, les groupes que j’écoutais dans ma jeunesse ont pour moi une aura que ne peuvent pas avoir les groupes actuels, mais non, le métal est toujours aussi bon. Il est en perpétuelle évolution, et j’ai toujours la même avidité de découverte qu’à mes débuts.

- Winter : En ce qui concerne les compositions, c’est toi qui écris tout, autant les paroles que la musique ?

- Nico : Oui. Le chanteur, Pierre, est très occupé avec ses autres groupes. Quand je lui ai proposé de chanter pour Helioss, il était motivé mais il a tout de suite indiqué qu’il n’aurait pas le temps de s’investir dans le processus créatif. Nous nous sommes mis d’accord et donc oui, c’est moi qui écris toutes les paroles et toute la musique.

- Winter : Au niveau des paroles, as-tu comme objectif de transmettre un message ?

- Nico : Pas du tout. En général, j’essaye d’éviter les groupes à message, ceux qui revendiquent certaines idéologies, ou tout au moins je ne me penche pas sur leurs textes. Je m’intéresse uniquement à la musique. Ceci dit, j’essaye évidemment d’écrire des paroles pas trop bêtes, mais je n’essaye pas de faire passer de message dans le sens que je ne dis pas aux gens « Eh les mecs, écoutez-bien les paroles, elles sont importantes ! » Si les gens veulent s’y intéresser, tant mieux, mais ce n’est pas le but premier.

Photo_HELIOSS_2_378h_300w - Winter : Les structures des morceaux de The Forthcoming Darkness sont assez complexes, et on peut mettre un certain temps à « entrer dans » les chansons. Aurais-tu envie d’aller vers des structures plus simples ?

- Nico : Sur The Forthcoming Darkness tous les titres ne sont pas complexes. La chanson "The Legion Of Pariahs" par exemple a vraiment la structure standard intro-couplet-refrain-solo-refrain. En plus, on ne peut pas vraiment parler de structure complexe dans le sens où je ne passe pas des heures à chercher des subtilités. L’inspiration vient plutôt au fil de l’eau, même s’il est vrai que, par exemple sur "Among the Dead", il y a des thèmes qui se répondent ou qui sont repris. Sur "From the Buddah to The Cross", on retrouve également des lignes de basse qui font écho aux lignes de piano, mais en général, je ne construis pas les chansons en faisant un plan type « Développement puis Réponse etc. ». Les choses viennent plus au fil de l’eau, naturellement.



- Winter : Je me référais en réalité plus à des ruptures de rythmes, bienvenues d’ailleurs, qu’à une réelle complexité de structure…

- Nico : Disons qu’en composant, je me place souvent du point de vue de l’auditeur et, par exemple, ces ruptures que tu trouves bienvenues, viennent souvent du fait que je me dis que pour la personne qui écoute le morceau, cela peut être sympa si j’introduis une rupture à tel endroit pour donner une dynamique au morceau, ou si à un autre moment, j’introduis une partie calme. Cela trouvera un écho chez certains auditeurs et pas chez d’autres, notamment chez les personnes habituées aux structures très balisées du heavy-metal classique.


- Winter : Sur l’album Pierre chante très peu en Français. Aurais-tu envie de suivre la mode black/folk qui consiste à chanter dans sa langue maternelle, ou es-tu satisfait d’utiliser l’Anglais ?

- Nico :  Il est clair qu’en termes d’écriture, ce serait plus facile en Français. Mais je n’ai pas envie d’écrire tout un album en Français, en tant qu’auditeur, je préfère écouter des groupes qui chantent en Anglais. J’aime moins écouter un album tout en Français, peut-être parce que cela me force à me concentrer sur les paroles. J’aime bien l’idée d’inclure quelques phrases en Français, car c’est une langue qui me plait, mais pas plus. Et je ne le fais pas dans un souci de toucher un public plus large, c’est simplement que pour moi, la langue naturelle du métal, c’est l’Anglais.

- Winter : Aurais-tu envie qu’Helioss soit un vrai groupe et pas un duo ou te sens-tu plus commode ainsi ?

- Nico : Je me sens bien comme ça, avec la liberté que donne le fait de ne pas avoir de comptes à rendre. D’ailleurs, si je savais chanter aussi bien que Pierre, j’aurais chanté moi-même. Helioss est mon projet de A à Z. J’ai été dans pas mal de groupes, et être plusieurs, ça a de très bon côtés comme l’émulation qui en découle, mais cela présente aussi pas mal d’inconvénients. On n’avance pas toujours tous au même rythme, il peut y avoir des problèmes personnels, des problèmes de motivation, etc. Ce genre de problèmes a mis parfois un frein à des projets qui auraient pu être prometteurs, mais qui n’ont pas abouti à cause du facteur humain. J’ai donc voulu créer tout seul Helioss en me disant que si ça n’aboutissait pas, ce serait de ma faute. En l’occurrence, ça a abouti, j’en suis content et, du coup, je pense que Helioss va rester sous cette forme.

-  Winter : As-tu déjà une idée de comment va être le nouvel album d’Helioss  ou vis-tu au jour le jour ?

- Nico : Je vis clairement au jour le jour. J’ai commencé à écrire des choses, pas vraiment pour jeter les bases d’un deuxième album, mais plutôt parce que j’aime composer, sachant que certaines idées seront certainement retenues pour un deuxième album. En ce qui concerne l’évolution, si je décide de faire quelque chose de vraiment différent, ce ne sera pas sous le nom d’Helioss. Après seulement un EP et un album, il est peut-être prématuré de dire qu’Helioss a une identité propre, mais quand même. Je pense que le prochain album, en espérant qu’il y en ait un, ne s’éloignera pas drastiquement de ce qui a été fait jusqu’à maintenant, même si j’espère pouvoir apporter quelques variations pour ne pas me répéter ad nauseam.
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