Svart Crown

Entretien avec JB Le Bail - le 23 juin 2013

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Silverbard

Une interview de




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« Poussez-vous ! Je ne veux voir personne approcher d'ici ! Rangez vos appareils photos ! Hep toi là-bas, tu ranges ! Ouais pas de photos ! Tu fais quoi toi là ? C'est pour quoi ? » « Ben euh, j'ai interview avec Svart Crown... » « Ah ouais, bouge pas alors. » Pourquoi tant d'agitation à l'espace presse en plein dimanche après-midi ? Tiens, mais je le connais ce monsieur devant moi... Ah mais c'est Jason Newsted ! C'est bon, ne vous affolez pas, on s'en fout de Jason depuis qu'il n'est plus dans Metallica. Svart Crown, c'est quand même vachement mieux, vous trouvez pas ? Ah ! Et voici JB qui arrive !

Silverbard : Tout d'abord, je vais de demander de faire un bref historique pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas encore bien le groupe.

JB : Svart Crown est un groupe étiqueté death/black metal formé fin 2004. Nous avons sorti 3 albums dont le dernier en date Profane vient de sortir en avril. Depuis 8 ans, nous sillonnons les routes françaises et étrangères avec pas mal de tournées et quelques festivals, dont le Hellfest. Que dire de plus ? On fait de la musique extrême et très noire je pense.

Silverbard : C'est votre 2ème fois au Hellfest. Cette fois-ci, les conditions étaient particulières niveau programmation puisqu'il y a eu longtemps un créneau de disponible, puis des groupes ont été inversés et finalement vous avez été annoncés sur le tard. Comment ça s'est passé concrètement, vous avez été contacté en secours par l'orga du fest ?

JB : Ce qui s'est passé, c'est que nous avions démarché le Hellfest l'année dernière; comme nous savions que le nouvel album allait sortir, mais on n'avait pas été retenu à l'époque car le groupe avait déjà joué en 2011. Mais il semblerait que l'orga ait eu des petits soucis à trouver d'autres groupes dans le créneau black/death à une certaine place sur l'affiche. L'attente a pas mal duré et en plus il y a eu des annulations. Comme nous connaissions des personnes qui travaillent ici et que l'album a reçu un très bon accueil, de fils en aiguilles on a renvoyé des trucs et tout s'est alors fait très rapidement. Quelques jours plus tard, on était rajouté à l'affiche.

Silverbard : Quelles sont tes premières réactions à chaud du concert ? Je te donne juste mes impressions niveau son. Quand je suis arrivé, on entendait quasiment que la double pédale et les guitares étaient noyées. Ca s'est arrangé à partir du 3e morceau et à la fin c'était vraiment bien. J'ai été un peu frustré du coup, je ne sais pas comment c'était pour toi dans les retours ?

JB : Non dans les retours ça allait, c'était très correct. Après, ce sont les conditions festivals, on n'a pas beaucoup de temps pour s'installer et régler le son avec les enceintes. Etant donné qu'il y a une scène qui joue en même temps, on ne peut pas allumer les moniteurs et faire ce qu'on veut comme pour une date en club. Ca fait parti du truc, il faut faire avec. Des fois c'est réussi, des fois pas... Bon tant mieux si ça s'est amélioré, c'est vrai qu'on joue peu de temps donc je comprends que c'est frustrant…

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Silverbard : Qu'as-tu pensé de l'accueil du public ?

JB : En vrai, j'avais un peu d'appréhension sur le nombre de personnes présentes vu qu'on jouait le dimanche matin, en ouverture. Plus les jours avancent, plus c'est dur de faire lever les gens… (rires) Et donc il faut vraiment que les gens aient envie de venir. Mais j'ai trouvé que c'était plutôt bien rempli, vraiment au-delà de mes espérances. On a vu une belle marée, ce n'est pas souvent qu'on joue devant autant de monde donc c'est toujours super ! Donc mis à part les petites galères de son, tout s'est bien passé.

Silverbard : Est-ce qu'il y a une tournée pour l'album Profane qui est prévue bientôt ?

JB : On a déjà fait là une petite tournée promotionnelle en France, nous avons joué dans les villes les plus importantes. En en moment même, nous sommes en pleine confirmation d'une tournée pour la rentrée qu'il n'est malheureusement pas encore possible d'annoncer…

Silverbard : Vous joueriez en première partie avec une grosse tête d'affiche ?

JB : Oui voilà, une tournée européenne. On espère vraiment que ça va se concrétiser mais on ne peut rien dire pour l'instant. En tout cas, nous travaillons tous d'arrache-pied pour repartir très vite! (NdSilverbard: Entre temps, la tournée a été annoncée, Svart Crown supportera aux côté d'Ex Deo, les Américains de Nile, date à Paris le 17 septembre)

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Silverbard : Revenons sur le nouvel album Profane. Au niveau des influences, c'est vrai qu'il y a toujours cette dominante Behemoth dans le style death blackisant et dans les ambiances. Mais j'ai trouvé (et c'est ce que j'ai beaucoup lu aussi) que vous avez accentué les dissonances qui rappellent les sonorités développées par Deathspell Omega. Est-ce aussi une forte influence pour vous ?

JB : Oui, j'aime personnellement beaucoup Deathspell Omega, notamment Chaining The Katechon et Kénôse qui sont vraiment pour moi des albums importants. Ils arrivent à créer un univers noir et pesant qui me parle. C'est vrai qu'avec Svart Crown, on tend à recréer ce type d'atmosphère et il peut arriver qu'on joue sur le même tableau sans pour autant s'en rendre compte. En particulier, il y a une certaine façon de tourner certains accords dans les dissonances. Même si de plus en plus de groupes en font, peu sont ceux qui, comme Deathspell Omega, le maîtrisent vraiment. C'est la même chose pour Behemoth qui, à partir d'une une base death metal, pimente leur musique avec d'autres styles. Ca explique leur statut de référence. Je comprends cette comparaison qui nous est faite, mais personnellement, j'irai plutôt chercher nos influences du côté death metal à la Immolation, Morbid Angel, qui sont bien sûr eux-mêmes des influences de Behemoth. Je nous retrouve aussi beaucoup dans le death metal sulfureux de la fin des 90s, les groupes floridiens de Tampa comme Diabolic ou Angelcorpse.

Silverbard : Et on y retrouve ces accélérations qui vous caractérisent aussi…

JB : Oui, tout à fait, il y a ce côté bestial et primitif qu'on arrive à avoir dans notre musique, qui vient vraiment de cette scène-là. Et d'un autre côté, c'est agrémenté des passages plus mélodiques, réfléchis, structurés, peut-être progressifs dans la musique extrême d'une certaine manière. Mais ceci dit, on a toujours été marqués par les groupes qui mixaient les influences sans se cantonner dans un unique style. Et maintenant pour Svart Crown, j'ai envie de créer mon propre truc, mon propre son. Être un groupe de death metal old school ou de trve black metal, ça n'est pas du tout notre but! (rires)

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Silverbard: Cette légère évolution sur le dernier album s'est-elle faite naturellement ? Est-ce que tu sais déjà vers où tu veux aller pour la suite ?

JB : Je pense qu'un déclic s'est fait avec Witnessing The Fall. Il y a eu déjà eu un changement de line-up important : on a recruté Clément à la guitare qui est un ami proche, avec qui j'ai grandi et j'ai une grande complicité. On a les mêmes goûts et le même amour pour la musique extrême et noire surtout. C'est vraiment cette collaboration qui nous a poussés dans cette direction. A l'époque aussi, nous avons recruté Gael Barthelemy à la batterie, qui a joué dans Diabolic justement. Il nous a permis d'ajouter une touche très « evil » dans notre musique et de nous ouvrir vers de nouvelles choses. Donc au final, on a passé une énorme étape créatrice avec ce deuxième album, on s'est vraiment pris la tête, il y a eu un gros travail sur les ambiances et les arrangements… Par exemple, les guitares ne font quasiment jamais la même chose pour créer une mélodie unique, même si je pense que ça reste notre album le plus compact et direct. Avec Profane, nous avons repris ces bases-là qui nous correspondaient et nous plaisaient, en suivant le même fil mais en élargissant le spectre. Hormis la musique death et black, on écoute tous pleins d'autres choses: du sludge, du doom, du post-hardcore… Des groupes comme Neurosis, toute la scène sur le label Deathwish avec Converge, Trap Them, All Pigs Must Die… Ce sont tous des groupes qui me parlent beaucoup à l'heure actuelle, très hybrides et avec une forte personnalité. On les écoute depuis pas mal d'années mais on n'avait pas eu jusque-là l'idée d'incorporer leurs éléments à notre musique. Et c'est chose faite je pense avec Profane. Il y a des morceaux qui sortent un peu du lot de ce qu'on avait pu faire auparavant, tout en conservant une base qui reste identifiable.

Silverbard : Question un peu indiscrète mais j'imagine que vous ne vivez pas pleinement de votre musique actuellement, que vous avez tous un métier à côté. Est-ce que c'est un but pour vous de parvenir à termes de vivre pleinement de votre art ? Je prends l'exemple de Benighted pour qui la musique c'est juste du fun, ils font ça à côté de leurs métiers et il n'est pas question pour eux de s'investir plus.

JB : En fait, je reformulerais la question autrement : « A quel moment un musicien peut-il s'épanouir pleinement dans sa vie au quotidien en incorporant la musique? ». Chacun a une perspective de son art et de la façon dont il a envie de vivre sa musique. En l'occurrence, nous nous sommes vite rendu compte qu'être sur la route, voyager et faire des disques, c'était quelque chose de viscéral. On a croqué à la pomme et maintenant, on a envie de ne faire que ça. On a envie d'être dans un camion, de découvrir chaque pays et de jouer. C'est devenu un besoin. En plus, on s'entend bien entre nous, on aime passer du temps ensemble sur la route, défendre notre musique, faire des concerts, faire la fête, etc… C'est une vie qui nous correspond. Partant de ce constat, notre objectif est d'arriver à ne faire que ça. Et pour cela, il y a l'aspect financier qui rentre en jeu. Evidemment c'est là que le bât blesse car on est dans un style de niche, où même si je pense qu'on peut arriver à trouver un public plus important, ça prend du temps… Donc aujourd'hui, on arrive à équilibrer nos comptes, le groupe fonctionne comme une petite entreprise mais personne ne touche de salaire. C'est vrai qu'on connaît bien les Benighted par ailleurs, ils ont tous leur vie de famille, ils ont trouvé leur cadence et ça leur va très bien. Nous, on a besoin de plus ! (rires)

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Silverbard : Est-ce que tu as des découvertes coups de cœur récentes de groupes que tu aimerais faire partager, peu connus ou très connus ? 

JB : Alors, je vais regarder mon smartphone (NdSilverbard: on taira la marque, par de pub ici! ;-) ) parce qu'à chaque fois qu'on me demande des groupes, je suis incapable de me souvenir ce que j'ai écouté récemment… Alors j'en parlais tout à l'heure, mais en moment, j'aime vraiment All Pigs Must Die avec le batteur de Converge, dans un style entre black metal et hardcore, parfois proche de Entombed… Une sorte de Converge version black metal avec une intensité folle, j'adore! J'aime beaucoup Aosoth aussi, leurs deux derniers albums sont vraiment énormes et ce sont des copains. J'aime beaucoup un groupe français qui s'appelle Overmars, sorte de penchant très noir et oppressant de Neurosis période Through Silver In Blood. Ensuite un groupe polonais dont on m'a beaucoup parlé en black metal qui s'appelle Mgla, je vais approfondir mais c'est pas mal. Dans un genre différent, j'ai beaucoup aimé le premier album de Kvelartak, bien que le groupe ait explosé depuis. Bon, Kickback, on ne les présente plus. Klone pareil, leurs deux derniers albums sont exceptionnels. Un très bon groupe suédois peu connu en France : Kongh (NdSilverbard: paye ton orthographe, pas facile à retrouver!). Une base black metal, un peu sludge avec des ambiances pesantes, une voix à la Ozzy, un côté un peu Mastodon… Tiens en France, il y a Hangman's Chair que j'aime beaucoup, ils ont un très bon son. Et puis voilà…

Silverbard : C'est déjà pas mal! X)

JB : Juste j'oubliais les Grecs Dead Congregation, qui ont joué samedi, qui est pour moi le meilleur groupe de death metal actuel, du moins le death metal qui me touche, celui qui vient de l'enfer! (rires)

Silverbard : Super, je te laisse le mot de la fin, si tu veux rajouter quelque chose.

JB : Merci pour ton interview ! On risque de confirmer des choses importantes pour l'automne, donc j'invite les lecteurs à se tenir au courant. Pour ceux qui nous connaissent moins, jetez une oreille sur l'album, on a envie de le défendre ! C'est un album qui nous prend aux tripes, donnez-lui sa chance et essayez de trouver du temps pour l'écouter !


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