Iced Earth

Entretien avec Jon Schaffer (guitare) - le 31 octobre 2007

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Cosmic Camel Clash

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Kroboy

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Sebrouxx

Une interview de




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Quelques heures avant le concert de l'Elysée Monmartre avec Turisas et Annihilator (live-report ici), le grand manitou Jon Schaffer nous a accordé un entretien riche et détendu, totalement à l'opposé de la réputation difficile du bonhomme. Qu'il s'agisse de parler spécifiquement du dernier et excellent album Framing Armageddon : Something Wicked Part 1 (chronique ici) ou de s'étendre sur des sujets plus larges, le guitariste/compositeur s'est livré avec honnêteté et décontraction.


Cosmic Camel Clash : Tu as affirmé que lors de la sortie de Somehing Wicked This Way Comes en 1997, tu avais déjà tout le concept en tête, y compris ce qu'on retrouve sur le dernier album. Savais-tu également comment le tout allait sonner musicalement?

Jon Schaffer : J'avais une idée de comment tout ça allait sonner, mais je n'avais rien écrit. J'ai commencé à composer en 2006, mais je savais depuis le début que ce serait très épique, très grandiloquent, et qu'il y aurait des instruments traditionnels dessus. C'était le plan. J'ai commencé à acheter des instruments traditionnels en Australie dès 1998 ou 1999, et à rassembler une collection d'instruments un peu tordus dans ce sens. J'avais donc les atmosphères en tête depuis très longtemps, mais je n'ai commencé à mettre tout ça en forme qu'à partir de 2006.

PhotoCosmic Camel Clash : Est-ce qu'avoir écrit les orchestrations de "Gettysburg" t'a aidé à maîtriser ce style d'écriture grandiloquent avec de grosses orchestrations qu'on retrouve sur le dernier album?

Jon Schaffer : Oui, ça a réellement été une étape significative. La différence principale est que "Gettysburg" repose totalement sur l'orchestre, elle ne fonctionne pas en configuration guitare / basse / batterie. Elle n'est pas construite pour ça, la puissance des cuivres et des instruments à vent est indispensable pour que le tout fonctionne, et c'était prévu comme ça. De ce point de vue c'est différent car l'immense majorité du matériel du dernier album est basée sur la guitare et la basse. Il y a bien des percussions tribales qui sont essentielles, mais ces éléments supplémentaires ne sont pas réellement au coeur de la musique. Something Wicked Part 1 est un recueil de chansons qui fonctionnent en tant que telles : il y a bien des éléments musicaux externes qui viennent renforcer l'histoire, mais pour l'essentiel nous pouvons jouer cet album à cinq sans le dénaturer, ce qui n'est pas vraiment le cas de "Gettysburg".


Cosmic Camel Clash : Le titre " The Clouding" est à part, et son côté atmosphérique peut rappeler certains vieux titres de Pink Floyd. Tu es d'accord? Est-ce voulu?

Jon Schaffer : Je suis d'accord, et quant au fait de l'avoir calculé... vu le sujet que traite la chanson il fallait ce genre de son. La guitare utilisée est une Stratocaster baryton, un instrument qui a un son vraiment cool. Sa tessiture est à mi-chemin entre une guitare et une basse, le manche est très long, les cordes sont vraiment grosses... ça donne une atmosphère très cool. Je ne sais pas si Pink Floyd a déjà utilisé une guitare baryton, leur son est très clean et brillant. En tous cas j'adore Pink Floyd, j'ai toujours été fan. Il y a ce genre de plan sur tous les albums d'Iced Earth, mais la différence est que "The Clouding" étend cette approche sur cinq minutes alors qu'en général nous utilisions ça pour faire des intros ou des ponts. Le fait que ce soit si long cette fois-ci donne un feeling assez unique au tout, et ça fonctionne bien.
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Cosmic Camel Clash : L'usage massif des choeurs est un autre aspect marquant de l'album. Est-ce quelque chose que l'arrivée de Tim (Owens, chant) a rendus plus facile?

Jon Schaffer : Non, nous l'avons fait avant. Il y a des choeurs assez important sur Horror Show, sur "Damien".par exemple. Ca n'a pas grand-chose à voir avec Tim car nous avions des choristes sur les anciens albums aussi pour interpréter ce que j'avais écrit... sauf que là c'est encore mieux. En fait il s'agit de ma capacité à composer qui se développe, et le résultat est de plus en plus gros, il y a de plus en plus de couches. Dans la plupart des cas Tim assure le chant principal et il y a sept ou huit choristes qui font les voix derrière. Ce n'est donc pas lié à lui, c'est le processus d'écriture... Tim est un excellent chanteur mais Matt aussi, tu vois ce que je veux dire? Ce n'est pas qu'il est plus capable que Matt ne l'était, c'est juste que la composition évolue dans ce sens.

Cosmic Camel Clash : On trouve relativement peu de soli sur l'album. Allons-nous entendre Troy Seele (guitare lead) sur Something Wicked Part 2?

Jon Schaffer : Probablement pas, car les soli ne sont pas une priorité. En fait je ne pense presque jamais aux soli, j'écris des chansons... et les soli ne sont que des parties de chanson. C'est cool qu'il y en ait s'ils servent le titre, mais en tant que compositeur je considère qu'un solo ne fait jamais une chanson. Je n'en mets donc jamais si je n'en ressens pas le besoin, et la plupart des gens ne le remarquent même pas... si j'ai fait mon boulot de compositeur correctement on ne remarquera pas qu'il y en a, ou qu'il n'y en a pas. J'ai déjà écrit tout Something Wicked Part 2 : à part les paroles et les mélodies vocales tout est enregistré... et il n'y a pas beaucoup de soli. Il y a beaucoup de mélodies de guitare lead par contre, mais c'est moi qui les joue. Mais pour ce qui est du blublublu (mime une partie de tapping), non il n'y a pas des masses.
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PhotoCosmic Camel Clash : Avant que la tournée pour The Glorious Burden ne soit annulée, le groupe a utilisé sur les quelques concerts donnés une infrastructure scénique conséquente : costume d'époque, canons sur scène... penses-tu réutiliser tout ça?

Jon Schaffer : Oui, probablement quand nous tournerons notre DVD live. Mais pour les concerts normaux, non, je ne pense pas. Nous avons utilisé tout ça lors de nos concerts aux festivals Bang Your Head et Graspop : nous avions des canons napoléoniens qui étaient cool... ils étaient anachroniques mais ils étaient cool! Nous avions des barils avec une pyrotechnie incluse qui les faisait voler à chaque explosion, je portais un uniforme confédéré alors que Tim portait un uniforme Yankee... ça permettait de poser le décor sans en faire trop. Je sais que pour le DVD live nous allons peindre les guitares aux couleurs de différents drapeaux selon les chansons. Pour "Waterloo" il y aura les drapeaux français et britanniques, pour "Declaration Day" il y aura les drapeaux d'époque, etc. En ce moment j'ai six guitares Gibson Explorer qui sont en train d'être peintes à cet effet.


Cosmic Camel Clash : Peux-tu nous en dire plus concernant ce DVD live? Y'a-t-il une date de définie?

Jon Schaffer : Non. Déjà nous allons attendre que la Part 2 soit finie, et de plus ça va dépendre de la vitesse à laquelle le groupe va progresser. Ce line-up est jeune est il nous reste encore pas mal de pain sur la planche avant que je considère que nous sommes prêts à être filmés ; aujourd'hui ça n'est pas envisageable. Il faut que nous soyons plus carrés que ça, et la seule manière d'y arriver est d'enchaîner les concerts.

Cosmic Camel Clash : Comment choisissez-vous quelles vieilles chansons vont finir sur la setlist? Est-ce que tu gères cet aspect seul?

Jon Schaffer : Je gère en gros tous les aspects du groupe, mais ça ne veut pas dire que je suis fermé aux suggestions. Si un membre a telle ou telle chanson qu'il voudrait jouer en concert je vais prendre ça en compte, mais c'est de plus en plus difficile de choisir car nous avons un gros back-catalogue. Et c'est un peu plus dur après chaque sortie d'album! Je pense que j'ai une assez bonne intuition quand il s'agit de deviner ce que les fans veulent entendre... mais même durant le Horror Show Tour où nous jouions trois heures chaque soir il y avait toujours des gens pour se plaindre à propos de la setlist. Ca arrive de toutes façons, quoiqu'on fasse on ne peut jamais plaire à tout le monde. Je sais que des gens veulent entendre "Dante's Inferno" live, mais elle dure seize minutes... si nous jouions tous les titres épiques à rallonge d'Iced Earth, nous ferions un show avec sept chansons! C'est un problème.

Cosmic Camel Clash : Y'a-t-il une ou plusieurs chansons que vous jouerez à chaque concert de toutes façons, comme "Iron Maiden" pour Maiden et "Manowar" pour Manowar ?

Jon Schaffer : Mmm... (silence) en fait non. Nous jouons "Iced Earth" à chaque fois, mais quand nous jouerons au Royaume-Uni avec Heaven & Hell nous n'allons pas la jouer. Nous allons nous concentrer sur nos albums les plus récents. En fait nos albums pré-The Glorious Burden sortis avant que nous ne soyons chez SPV n'ont jamais été bossés en Angleterre, donc pas mal de gens là-bas ne connaissent même pas notre ancien répertoire. Nous n'aurons qu'une demi-heure de show, donc nous allons balancer la sauce et jouer ce qui compte. Nous allons jouer "Burning Times" et "My Own Saviour", mais trente minutes ça passe très vite.
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PhotoCosmic Camel Clash : Comment se porte ton dos ces temps-ci? Est-ce qu'il te fait encore beaucoup souffrir, et as-tu des conditions de tournées spécifiques à cause de lui?

Jon Schaffer : J'ai un chiropracteur qui m'accompagne en tournée et il s'occupe de moi tous les jours. En gros ça va mieux, mais je dois faire attention. Je ne peux plus me conduire comme il y a dix ans, quand j'étais intenable sur scène. Je dois faire gaffe car ça ne vaut pas le coup de devoir annuler des concerts parce que je me suis trop lâché un soir. Tu sais, la vie sur la route est difficile, les conditions sont dures : on n'a pas l'occasion de se reposer, de prendre soin de soi, on se nourrit mal... donc je dois faire attention. Mon chiropracteur est là et s'occupe de moi dès que je me sens mal, ça peut être trois fois par jour. Mais ça va vraiment mieux. J'ai subi quelques interventions chirurgicales : le première au cou en 2000, puis le problème s'est déplacé vers mes lombaires en 2003 et 2004. C'est là-dessus que nous travaillons en ce moment et je me suis fait opérer deux fois dans cette zone : la première opération a échoué mais la deuxième a vraiment amélioré le tout.


Cosmic Camel Clash : Je vous ai vus au Wacken cet été, et ce festival bénéficie d'une aura spéciale en Europe en tant que célébration du heavy-metal sous toutes ses formes. En tant que groupe américain, ressentez-vous cette spécificité ou est-ce que le Wacken n'est qu'un festival parmi d'autres pour vous?

Jon Schaffer : Nous avons joué au Wacken plusieurs fois au fil des années, et c'est un festival à part, on ne peut pas le nier. En plus je trouve très cool la manière dont il s'est développé et est devenu énorme. En fait je préfère les petits concerts car on est plus près des fans. Dans ce genre de festival les fans sont à plus de cinq mètres de la scène et on ne voit qu'une immense mer de gens, c'est dur d'interagir avec eux... j'aime donc les festivals, mais pas plus que ça. En tout cas c'était bien, mais nous n'avons pas fait un super boulot ce soir-là, j'étais assez déçu quand j'ai regardé les bandes du concert... mais ça fait partie de ce processus de maturation du groupe dont je parlais tout à l'heure.Ca a été un bon moment et le public a apprécié le show en majorité, mais de notre point de vue ça aurait pu être meilleur.

PhotoCosmic Camel Clash : Il se trouve que c'est Halloween ce soir. Est-ce que cette fête a un sens particulier pour toi?

Jon Schaffer : Elle a du sens... mais pas énormément. Quand j'étais enfant Halloween était génial, et j'ai épousé ma femme la veille d'Halloween, ce qui est plus important dans mon souvenir que la fête elle-même. Ce qui est cool c'est que j'ai une fille de deux ans et demi et ce soir c'est la première fois qu'elle part faire du trick or treat et ma femme m'a tout raconté au téléphone... quand on est gosse on va aux fêtes d'Halloween, tout le monde est déguisé et c'est cool. C'est une de ces choses qui perd de sa magie quand on grandit, comme le Père Noël. Mais ça garde un sens : c'est la fin de l'été, le temps commence à changer, les arbres perdent leurs feuilles et l'hiver arrive... là d'où je viens ça a gardé cet dimension sombre et effrayante qui est assez puissante quand on est enfant.


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