CHRONIQUE PAR ...

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Barbapopo
le 14 avril 2008




SETLIST

Pillars of Eternity
The Path
Lysergik Funeral Procession
Lifer
Hail the Leaf
Three Suns and One Star
Swan Song
Ghost Along the Mississippi
Learn from My Mistake
On March the Saints
Temptation Wings
N.O.D.
Beneath the Tide
Wooh oh oh oh – oh (Jam)
The Seed
Losing All
Eyes of the South

Rappels :

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Stone the Crow
Jail
Bury Me in Smoke

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Down
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06 avril 2008 - Paris - Bataclan


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Dimanche 6 Avril 2008, boulevard Voltaire, 19h30 : une centaine de Jésus monochromes attendent sous la pluie, couronne d’épines sur la tête et cigarette au bec… Malgré le temps pourri, malgré la semaine qui s’annonce, malgré le prix légèrement too much des places, tout le monde a répondu présent pour les cinq de Louisiane. Car ce soir, suite à la sortie d'Over the Under (chronique ici), une légende du métal est de passage sur Paris. Ce soir, c’est la grand-messe du sludge sudiste, du stoner light et du nostalgique de Pantera.

DOWN : ces quatre lettres seules sont écrites à l’entrée du Bataclan, noires sur fond blanc. Elles annoncent parfaitement la couleur : il n’y aura pas de première partie ce soir. Seul, un écran tendu au travers la scène, et la projection d’un film amateur, de type « Cinq bourrins sur la route ». Le public emplit donc le Bataclan sans faire de vagues, tandis qu’en l’air alternent clips de vieilleries (Rainbow, Thin Lizzy…) et récit classique d’un groupe en tournée : chambres d’hôtel défoncées / musiciens bourrés / chambres d’hôtel bourrées / musiciens défoncés. On suit tout ça d’un œil distrait ; on hésite entre sourire amusé et soupir navré… Bon sang ; quel âge ont ces mecs, quand même ?… Insensiblement, pourtant, les lumières se sont baissées. Le clip de "On March the Saints" a fait monter la pression d’un cran. On siffle, on continue de patienter en écoutant AC/DC ; on ressiffle, on regarde Phil bourré… Et puis, une sorte de teaser de l’album emplit l’écran. Ça va commencer, là ? Un gros soupir de fumée remplit la scène ; la foule n’est plus qu’un mur de bras dressés – oui, on dirait bien que ça va commencer. Plus vite qu’on ne croit, d’ailleurs ; car soudain, l’écran s’arrache – et les voilà. Putain ! C’est lui, c’est Philou ; le mythe, la brute, l’ancien chanteur de Pantera ! C’est bien lui : bras écartés, bouc en avant, babine presque remontée jusqu’au nez. Pas le temps de comprendre, cependant : la batterie se met à pilonner l’intro de "Pillars of Eternity", les riffs s’arrachent du sol en un grand déchirement, et c’est parti.

Première surprise, et de taille : le son est absolument parfait. Gras comme il faut, lourd comme on l’attend – mais limpide, puissant, équilibrant les deux guitares, propulsant la voix du Phil en avant, et préservant même le grain roots de la caisse claire. Aucune raison, donc, de bouder son plaisir, et d’éviter les enclumes goudronnées qu’on va dès lors se prendre en pleine poire : "The Path", plus tendue que sur album, vient enfoncer le clou ; "Lysergik Funeral Procession" (le burner de Down II) nous met les deux genoux sur le sol ; mais c’est véritablement "Lifer", dédiée à Dimebag Darrell, qui viendra nous casser la nuque. Ce morceau (le meilleur du groupe ?) réunit d’entrée tout ce que Down sait faire de mieux (ou ce qu’il savait faire de mieux, à ses débuts, lorsque sa musique respirait encore) : riff insoutenable, groove de porc, ligne de chant tombée du ciel : bref, une chanson lourde et légère, réussie comme la meilleure des pâtes feuilletées, et restituée texto contre un Bataclan assommé. Le public ne s’y trompe pas. Le groupe non plus, d’ailleurs : car s’il vient promouvoir son troisième album, c’est pourtant chez le légendaire NOLA qu’il ira piocher la moitié de sa set-list, jouant l’album dans sa quasi-intégralité.

A posteriori, on pourra s’interroger sur ce choix contradictoire, qui ressemble presque à un aveu involontaire. Mais, sur le moment, on s’en branle : DOWN jouera ses meilleurs titres, et les jouera sans compter. Anselmo s’arrache aux quatre coins de la scène ; Jimmy Bower, en sueur, tabasse son joli kit « Bower Power » ; Rex Brown, la basse aux genoux, la clope au bec, dégaine ses grooves en toute désinvolture… Et ça défile : "Hail the Leaf", le contrasté "Three Suns & One Star", un "Swan Song" tout en swing et ciselures… Du côté des gratteux, rien à redire non plus : c’est un abattage sans faille, du beau riff de bel artisan, bien solide et bien appuyé. Première accalmie : "Learn From My Mistake" vient déposer sa chape de déprime noire sur le public. D’un seul coup, ça ne rigole plus ; ça ne bouge plus du tout, même. Tous les visages sont tournés vers la scène, vers les musiciens dans l’ombre, vers un Phil prostré contre son micro… Seuls, quelques nuages de fumée s’élèvent encore du public, et partent s’enrouler devant les volutes des guitares…

Pas le temps de se tirer une balle, pourtant : le single, l’imparable "On March the Saints", vient tronçonner les dernières vapeurs de cannabis – et c'est reparti, ça cavale de plus belle!... Mais comment tout raconter ? Le concert est long, chargé ; il y a trop d’épisodes pour tout décrire par le menu… Il y aura encore plein de surprises, plein de chansons qu’on accueillera d’un « Putain » semi-murmuré ; plein de riffs qu’on se prendra dans la gueule en hochant largement et profondément la tête ; il y aura "Beneath the Tide" la troublée ; il y aura la jam avec le public (saviez-vous que le « Wooh oh oh oh – oh » qu’on entonne dans tous les concerts fait un excellent morceau de stoner ?) ; il y aura le rappel, avec le single absolu "Stone the Crow" ; il y aura la surprise d’entendre "Jail" (plus grise et prenante encore que sur album) puis de recevoir le coup de grâce en terminant sur "Bury Me in Smoke"…


Et puis il y aura nous, en sueur, exsangues, sortant du Bataclan après deux heures d’un concert noir et chargé comme le plus noir des cafés. Plein les yeux, plein les oreilles ; Anselmo lui-même aura du mal à quitter la scène, et le public traînera la patte avant de s’en aller… Il faudra pourtant s’y faire : Down a tout donné, tout aplati, et tout passé au charbon. Le ciel, en sortant, s’est d’ailleurs mis à l’unisson : car c’est sous la neige que s’en iront, l’un après l’autre, les petits Jesus stoners et stonés d’un des meilleurs concerts de l’année.



Crédits photo :



Merci à Julien et painlesslady !


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