CHRONIQUE PAR ...

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Sebrouxx
le 23 juin 2009




SETLIST

Kickstart My Heart
Wild Side
Shout at the Devil
Saints of Los Angeles
Solo Mick Mars
Live Wire
Mutherfucker of The Year
Same Ol' Situation
Primal Scream
Looks That Kill
Girls, Girls, Girls
Dr. Feelgood

Rappel:
Home Sweet Home

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Mötley Crüe
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19 juin 2009 - Hellfest


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« Quoi? Du Glam au Hellfest? Okay, ils ont la versatilité facile à Clisson, mais là, faudrait pas pousser Mémé dans le plumard de Nikky Sixx! Et en tête d’affiche en plus, le premier soir? C’est du suicide !» Mais non, juste Mötley Fuckin’ Crüe, sale jeune, et dans une forme olympique. Alors un peu de respect, s’il te plaît, car les premiers échos parvenus du Download Festival, où le Crüe se produisait il y a quelques jours, s’avèrent dithyrambiques. Et les Angelinos n’ont pas joué la carte de l’économie en terre nantaise.

Ils n’ont d’ailleurs pas non plus joué la carte de la surenchère. Certes la seule lecture de la setlist tendrait à penser que Vince Neil et ses acolytes ne se sont pas foulés la rate et auraient offert le minimum syndical, histoire de palper le cachet de la soirée et de zieuter de la fille française sans trop d’effort et en un minimum de temps. Que nenni. Bien au contraire et tant mieux si le set offert par Mötley a permis de faire fermer quelques clapets malintentionnés. Ce soir (ou plutôt cette nuit de samedi à dimanche entre une heure et deux heures), la formation n’avait pas pour objectif de figurer dans la rubrique des faits divers ou dans la presse people locale. Mais simplement dans les pages Culture, via de la bonne musique exécutée avec une application à mille lieues des poncifs qui plombent l’ensemble de ses membres et des excès qu’aucun d’eux ne semble néanmoins renier. Je ne saurai d’ailleurs que trop vous recommander les lectures de The Dirt, biographie du groupe, ainsi que d’Heroin Diaries, autobio de Sixx. Tout un chacun pourra se faire une idée fidèle du vécu de ces musiciens, cultes pour certains, has been pour d’autres. Sachant que les seconds risquent de revoir quelque peu leur position.

Le public de Clisson comprend logiquement les deux catégories évoquées ci-dessus. À commencer par un paquet de fans kids qui ne semblaient même pas être un espoir dans les Balls of Steel de leur papa quand Dr Feelgood est sorti dans les bacs. Puis c’est en toute logique que la journée a été égayée par la présence régulière et attendue de (jeunes ?) femelles aussi peu vêtues que maquillées comme un Hummer volé. D’ailleurs les photographes ne savaient parfois plus où donner du téléobjectif. Tout en se doutant bien que cette nuit -coutume oblige- au moins l’une d’entre elles enlèverait le bas et jetterait sur scène sa plus belle pièce de lingerie… Dommage pour eux : le groupe leur demandera de shooter leur nocturne prestation sans flash et surtout à partir d'une estrade située à 300 mètres de la scène… Ce qui, de ce fait, va rendre au télézoom son usage originel: capturer de très loin. Et la nuit, c’est bien connu: tous les Crües comme tous les chats(tes) sont gris. C’est difficilement photographiable mais, là aussi, le corps humain est bien fait : quand un sens est altéré, un autre prend la relève et s’améliore. En somme l’oreille prend le relais de la vision. Alors tant pis pour les photos qui ne seront pas les plus belles du Fest, et place au spectacle qui démarre sur des chapeaux de roue avec l’habituel “Démarre mon Cœur”. Pardon, “Kick Start My Heart” mais au camping, il faut dire que Grum Lee l’interprète en acoustique mais surtout en Français dans le texte. Et sans la voix de canard travaillée à l’hélium d'un Vince Neil toujours aussi prolixe et puissant.

Pendant un peu plus d’une heure, Mötley va forcément se partager entre morceaux de son dernier album en date, The Saint Of Los Angeles, et hits interplanétaires. S’il expédie visiblement les premiers (en l’occurrence l’éponyme “Saints of…” et “Mutherfucker of the Year”), il leur offre paradoxalement les meilleures vidéos diffusées sur l’écran géant du festival. « Les Saints de Los Angeles » (comme un peu plus tard le classique “Same Ol’ Situation”) régalent la foule d’un maelström d’images mêlant scènes classiques du porno US lesbien (sympas, les gros plans), séquences du Orange Mécanique de Stanley Kubrick, images d’archives de dates clefs de notre histoire récente et plans aériens de LA by night (cherchez l’intrus). Quant au second titre évoqué, inutile de chercher bien loin l’identité du “Fils de Péripatéticienne de l’Année”, puisqu’il s’agit de George W. Bush. Ces deux morceaux récents se fondent allègrement dans le répertoire du Crüe, duquel le public semble surtout attendre - et va se montrer très réactif - sur les groovants “Wild Side”, “Shout at the Devil“, “Girls, Girls, Girls” et “Dr. Feelgood.” Un groove qui perdure grâce à la finesse de jeu d’un Nikki Sixx nickel, et surtout d’un impeccable Mick Mars (alias la machine à riffs). Son jeu lead gagne en fluidité avec les années, ce qui fait plaisir à constater au regard de la maladie dont il est atteint (la spondylarthrite ankylosante, pour ceux qui l’ignoreraient). D’ailleurs il n’hésite pas à en faire montre, notamment lors de son interlude solo, sympa mix des hendrixiens "Little Wing" et "Voodoo Chile" auxquels vont s’ajouter quelques mesures en tapping proches du "Eruption" de Eddie Van Halen. Ce dernier devrait d'ailleurs en prendre de la graine.


Que serait Mötley sans l’inénarrable Tommy Lee qui, sobrement et à l’image de sa prestation du soir, aura l’immense honneur de fermer la lumière en ce premier jour de festival? Il sera en effet le premier à revenir fouler la scène et haranguer la foule le temps d’un simili-rappel. Troquant provisoirement son kit de batterie pour un piano à queue hautement customisé (et pas du meilleur goût), il entamera les premières mesures de “Home Sweet Home”, rare ballade interprétée lors de ce Hellfest. Ou plutôt berceuse à quelques heures seulement de l’imminent lever de soleil.


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