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CHRONIQUE PAR ...

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Adam Weishaupt
Cette chronique a été mise en ligne le 07 octobre 2007
Sa note : 16/20

LINE UP

-Bill "Chop Top" Moseley
(voix)

-Buckethead
(guitare)

-Pinchface
(batterie)

TRACKLIST

1)The End
2)Hey Pipe Man
3)Bun Boy
4)Meat Rotten Meat
5)Sacramento
6)Brain Dead Too
7)Dog Town
8)I'm A Psycho
9)Tongue Tied
10)I Wanna Do It Again
11)Spastic Song
12)Head Cheese
13)Hup You Little Puppet
14)Didja

DISCOGRAPHIE


Cornbugs - How Now Brown Cow
(2001) - inclassable - Label : Autoproduction



Brisons vite le suspens, How Now Brown Cow amorce une "normalisation" de la musique de Cornbugs. Tout d'abord, Buckethead n'est plus le seul musicien à bord du radeau, Pinchface accompagnant onze pistes sur quatorze à la batterie et perdant du coup son étiquette de simple guest. La construction des morceaux s'en ressent, et c'est normal : des notions du rythme tels les breaks, roulements de toms et autres variations de tempo, qui étaient jusqu'à présent totalement absentes de l'univers musical du groupe, déboulent sans crier gare. Certains morceaux comme "Sacramento" ont même une intro !

L'album s'ouvre sur une reprise de "The End" des Doors. Passé à la moulinette du riff bouillonnant et du spoken word perçant, où Bill Moseley insiste avec passion sur le «mother, I wanna fuckfuckfuck etc. you !», autant dire que le tube habituellement associé à Apocalypse Now revêt, pour une fois, une dimension inédite. Mais l'épanouissement spectaculaire dont Moseley a fait preuve au cours de Cemetery Pinch, en sachant faire passer Chop Top au second plan pour plus de diversité, ne porte pas de fruits aussi exquis lorsqu'il s'étend logiquement à Buckethead. Le fait est que le guitariste profite de la présence de Pinchface, avec lequel il a déjà collaboré en dehors de Cornbugs, pour arrondir certains coins et se rendre écoutable par le commun des mortels.

Ainsi, "Hey Pipe Man" fait dans le bluesy agréable et efficace bien qu'extrêmement générique et les riffs très metal de "Brain Dead Too" et "Dog Town" ne sont tout simplement pas inspirés. Fort heureusement, ce ne sont là que des égarements épars car le shredder n'a pas renoncé à ses incursions dans le sinistre clownesque qui fait sa force, qu'il s'agisse du début de "I'm A Psycho", grinçant juste comme il faut avant de virer vers une reprise de "Spot the Psycho", morceau de clôture de l'album éponyme ; de l'obscénité bondissante qu'il déploie sur "Spastic Song", accompagnement parfait du texte de Moseley sur le ballet d'handicapés moteurs qui déboulent de nulle part sur une aire de jeu, faisant fuir les gosses ; de "Didja", texte et musique misant cette fois sur un minimalisme flatulent presque kafkaïen…

Malgré un Pinchface impeccable et bien intégré, il reste trois morceaux accompagnés par une boîte à rythme pas spécialement plus subtile que sur les albums précédents. "Meat Rotten Meat", une histoire de jeux de rimes foireux et de Pakistanais resté trop longtemps dans un frigo défectueux, est plus qu'évidemment performée par l'inimitable Chop Top, toujours aussi désagréable et fascinant, et nous replonge quelques années en arrière du temps du premier album. Le slap de Buckethead est tellement claquant durant l'intro de "Tongue Tied" qu'on le jurerait joué sur une basse, avant que le tout ne vire vers un crunchy tel qu'on l'imaginerait en train de lustrer une plaque de tôle avec une tronçonneuse. "Headcheese", quant à lui, est le point fort du triptyque avec son riff pesant, ces pistes de guitares superposées et, comble du comble, ces breaks intégrés malgré la boîte à rythme.


Ce sont les premiers légers signes de faiblesse et de manque d'inspiration de la part de Buckethead qui marquent donc How Now Brown Cow, qui sers de transition entre la période brute, extrême et sans concession des débuts et le cynisme décapant de Brain Circus. L'arrivée d'un "vrai" batteur en particulier, et d'un troisième individu en général, change forcément la donne, surtout chez un groupe aussi singulier et unique, et l'album cahote un peu en conséquence, on sent que le terrain est tâté, musicalement du moins. Car Bill Moseley, lui, demeure irréprochable en s'éloignant toujours un peu plus de l'univers horrifique propre à Chop Top.


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