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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 24 octobre 2007
Sa note : 15/20

LINE UP

-Reuno
(chant)

-Phil
(basse)

-Daniel
(guitare)

-Pierre
(batterie)

TRACKLIST

1)Mémoire de singes
2)Nous autres
3)Dernier jugement
4)Tous les mêmes
5)Tricolore
6)Comme des bêtes
7)Belle la vie
8)Torture
9)Nobody's Perfect
10)Employé du mois
11)Nuit blanche
12)5h43
13)Trop

DISCOGRAPHIE


Lofofora - Mémoire de Singes
(2007) - hardcore punk - Label : At(h)ome



«De mémoire de singe, on n'avait jamais vu ça». Traduction : ça n'avait jamais été autant la merde à tous les niveaux. Environnement menacé, tissu social lacéré, communautés en guerre les unes contre les autres... Lofofora a toujours été un groupe de l'urgence et de la protestation, donc le contexte se prête particulièrement bien à la sortie de leur nouvel album. A l'image de sa pochette chaotique et directe, Mémoire de Singes est une claque qui semble simpliste à première vue mais se révèle bien plus détaillée que prévue.

Effectivement, la première impression est celle d'un album limite primaire. Le son est ultra-cru : guitare totalement hardcore, chant écorché qui sonne live, batterie sèche et sans concessions, c'est tout sauf de l'ultraproduit. De plus les deux premiers titres tapent dans le punk-hardcore sans fioritures qui cueille au menton, en particulier le brutal "Nous autres" qui voit le tempo frôler le blast-beat par moments et se conclure par un « merde! » très évocateur. On se dit alors que le dernier Lofo va être un genre d'éructation libératrice et sans nuances, mais le groupe nous rappelle très vite qu'urgence et colère ne riment pas chez lui avec facilité. Premier en ligne : Pierre Belleville dont le jeu de batterie se révèle extrêmement fin par moments, et dont la complémentarité avec les riffs de Daniel Descieux n'aura jamais été aussi évidente. Il faut écouter l'hallucinant "Nuit blanche", suite ininterrompue de breaks rappelant le "Jazz Trash Assassin" de la grande époque de Peuh! : les deux musiciens sont impressionnants de maîtrise dans un exercice de style mine de rien assez virtuose.

Bien sûr la première impression est loin d'être injustifiée : de l'exutoire primaire il y en a sur cet album, et parfois ça fait très mal. "Employé du mois" est une décharge dont les riffs sont à l'image des paroles : méchants, simples et terriblement efficaces. Idem pour "Trop", titre bien rock qui voit Reuno nous exposer pourquoi il ne lâchera pas l'affaire... et on le croit. Son chant n'a jamais été autant dénué d'artifices que sur cet album : il se cantonne neuf fois sur dix à son registre mélodique-agressif qui sonne plus haineux que jamais. La linéarité de ses lignes est d'ailleurs gênante parfois, mais l'homme sait toujours moduler et rendre sa voix expressive pour qu'elle colle à ses paroles. Le magistral "Dernier jugement" est emblématique de son talent : sur un riff néo-hardcore groovy au possible (les nuques vont souffrir en live) il réussit à faire sonner un texte sur la cruauté de Dieu comme peu y parviendraient. De plus ce titre permet de renouer avec une tradition perdue sur Les Choses qui Nous Dérangent : les hymnes lofoforiens.

Oui, Mémoire de Singes comporte des chansons énormes qui rivalisent avec "Le fond et la forme", "Les gens" et autres "Macho blues". Outre "Dernier jugement", l'irrésistible "Tous les mêmes" calme bien grâce à son texte judicieux sur la médiocrité ordinaire de l'homme et ses riffs en forme de parpaing dans la tronche. Par contre l'album n'est pas exempt de déceptions : "Nobody's Perfect" partait bien avec son intro ambiancée, mais les ambiances en question finissent par sentir le réchauffé et surtout les parties violentes sont pauvrettes. "Nuit blanche" est instrumentalement bluffante mais gâchée par un chant qui n'a pas su se poser sur un tel maëlstrom, "5h43" tourne un peu en rond et "Comme des bêtes" prouve que Lofo n'est pas à l'aise dans le hardcore old-school. Par contre l'intervention de King Ju - très culte chanteur/leader du très culte groupe Stupeflip ayant également dessiné la pochette - sur "Torture" colle la banane : ce titre rapcore bête et méchant dans sa revendication comme dans sa musique est assez réjouissant.


Le dernier Lofo est globalement une bonne surprise : abrasif, corrosif, il tape là où ça fait mal et compense ses quelques faiblesses par des accès d'inspiration qui rassurent après un Les Choses Qui Nous Dérangent fadasse et sans relief. La palette du groupe s'est indéniablement réduite, mais Mémoire de Singes propose suffisamment de surprises dans son genre pour s'écouter d'un bout à l'autre sans se lasser. Peut-être le meilleur album du Lofofora 2.0.


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