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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 06 novembre 2007
Sa note : 16/20

LINE UP

-Alex Varkatzas
(chant)

-Dan Jacobs
(guitare)

-Travis Miguel
(guitare)

-Marc McKnight
(basse+chant)

-Brandon Saller
(batterie+chant)

TRACKLIST

1)Doomsday
2)Honor
3)Falling Down
4)Becoming The Bull
5)When Two Are One
6)Lose It
7)No One Cares
8)Can’t Happen Here
9)Slow Burn
10)Blow
11)Lead Sails (And A Paper Anchor)

DISCOGRAPHIE


Atreyu - Lead Sails Paper Anchor



« Tu as l'Auryn, qui prouve que tu agis au nom de l'Impératrice. Pars, Atreyu, trouve le moyen de sauver Fantasia du Néant! » Votre serviteur, scotché à son écran (tel Bastien devant son bouquin dans le grenier de l'école) avait six ans et kiffait sa race. Atreyu survivrait-il aux Marais de la Mélancolie? La bête Gmork lancée à ses trousses allait-elle le rattraper? Pouvait-on trouver un Falcor le dragon porte-chance à la SPA du coin? On ne savait même pas que le metalcore existerait un jour... c'était sans doute possible une époque bénie.

Mais foin de mélancolie, reportons-nous plutôt sur ce Lead Sails Paper Anchor qui recèle un nombre non négligeable de qualités. Cet album est du genre qui piège, un de ces disques à tiroirs qu'on pourrait facilement laisser tomber au bout de deux minutes du premier titre pour le redécouvrir des années plus tard en se demandant pourquoi on n'a pas persevéré un minimum. Le début n'est en effet pas folichon tant "Doomsday" aligne un nombre abrutissant de clichés du metalcore actuel : riff hardcore old-school avec une guitare lead plus moderne, chant hurlé classique au possible cédant sa place à un chant clair punk-rock lisse sur le refrain... n'en jetez plus! C'est comme si le groupe avait sciemment choisi de placer un titre cousu de fil blanc et putassier en ouverture pour prendre son auditeur par surprise juste après. Pour récompenser ceux qui auront pris la peine de gratter un peu en quelque sorte... Lead Sails Paper Anchor est en effet un album méchamment varié, un genre de gros laboratoire d'expérimentation dans lequel Atreyu essaye de voir tout ce que leurs composantes de base peuvent donner une fois combinées.

Composantes en question : un chant clair pop-punk qui se révèle super maîtrisé et donne lieu à des harmonies fignolées aux petits oignons, un chant hurlé hardcore et des guitares dont le son punk-hardcore peut s'adapter à tout. "When Two Become One" est ainsi un tube de punk-rock mélodique dont les couplets réjouiront tous les fans d'Offspring, NOFX et autre Uncommonmenfrommars... sauf qu'on y trouve aussi des soli de shred, des beat-downs qui claquent la tronche, des arpèges mélodiques, des incursions électro et des choeurs à coller le frisson. Des sonorités asiatiques de l'intro de "Lose It" à l'alliance entre piano et rythme electro-dub de "Slow Burn" dont le refrain limite pop-rock contraste avec les couplets disco, c'est une inventivité constante et réjouissante. Les choeurs sont vraiment un point fort d'Atreyu : non seulement les harmonies vocales sont toujours ciselées avec un soin franchement inhabituel, mais le groupe s'ingénie à dépasser les simples tierces et joue sans cesse avec les voix. Le falsetto de "When Two Become One" et les « pom pom pom » de "Lose It" mettent ainsi en joie et les refrains mélodiques sont tous énormes.

De plus le groupe est aussi à l'aise dans des sonorités ultramodernes ("Can't Happen Here" et ses sonorités Soilworkiennes) que dans une approche vintage assumée. Il faut entendre la manière dont les vocalistes réussissent à faire sonner le hard FM de "Blow" : Lead Sails Paper Anchor est le premier album depuis Permission To Land de The Darkness à rendre le hard des années 80 aussi foncièrement cool (ah, ces couinements suraigus sur la fin!). Et le tour de force, c'est que le feeling punk mélodique / hardcore est en filigrane quelle que soit la direction prise. Il n'y a qu'à écouter le boogie-rock "Falling Down", totalement swingant - cuivres inclus! - mais ancré via le chant dans la musique à djeunz... à ce stade on a compris que cet album est totalement imprévisible, et les sonorités surf-music de "Lead Sails (And A Paper Anchor)" ne surprennent même plus. Ce titre est d'ailleurs à la limite de la guimauve, et ce sont ces damnées harmonies vocales qui le sauvent. Atreyu amene d'ailleurs une notion nouvelle : oui, le chant pop-punk peut être intense et émouvant quand on le pousse dans ses retranchements. On en apprend tous les jours...


Donc il semble bien que quel que soit le support et l'époque le destin d'Atreyu soit de faire kiffer sa race à votre serviteur. Cet album est une bouffée d'air frais, un rappel cinglant aux groupes de metalcore de tous bords : si vous êtes clichesques et prévisibles c'est de votre faute. Ce disque aux styles multiples et aux chansons fouillées à l'extrême est bien plus progressif dans sa démarche que moult albums de prog métal aux plans ultra-prévisibles. Véritable album à embrasser dans sa totalité (aucun titre n'est représentatif du tout), Lead Sails Paper Anchor est tout simplement une grosse baffe. Très hautement conseillé.


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