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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été mise en ligne le 08 novembre 2007
Sa note : 15/20

LINE UP

-Karl Tremblay
(chant+kazoo)

-Jean-François Pauzé
(guitare+chant)

-Marie-Annick Lépine
(violon+accordéon+claviers+flûte)

-David Jespersen
(trombone)

-Jérôme Dupras
(basse+contrebasse)

-Dominique Lebeau
(batterie+percus)

TRACKLIST

CD 1
1)Intro
2)Les Etoiles Filantes
3)Ti-Cul
4)8 Secondes
5)Plus Rien
6)Hannah
7)Symphonie pour Caza
8)La Reine
9)En Attendant
10)Lettre à Levesque
11)Ces Temps-Ci
12)Ma Belle Sophie
13)Shisk Taouk
14)Camping Ste. Germaine
15)Si la Vie vous Intéresse
16)Épilogue
CD 2
1)CLIP: Les Etoiles Filantes
2)CLIP: Ti-Cul
3)CLIP: Plus Rien
1)8 Secondes (Live)
2)La Reine (Live)
3)Ti-Cul (Live)
4)Plus Rien (Live)
5)Si la Vie vous Intéresse (Live)
6)Les Etoiles Filantes (Live)

DISCOGRAPHIE


Cowboys Fringants, (les) - La Grand-Messe (Edition Définitive)
(2007) - rock folk chanson Country Ironique Québécoise - Label : Exclaim La Tribu



Suite au buzz incroyable entourant le single "En Berne" et les ventes explosives de Break Syndical qui fit le tour de la francophonie, les Cowboys Fringants ont bénéficié d’un fort soutien idéologique et d’une crédibilité sans faille (ils en furent les premiers étonnés) à critiquer les basses œuvres de leur pays. Un encouragement très fort donc, pour cet album – qui sort aujourd’hui dans sa version double. Folk, écologie, dénonciation et sirop d’érable. Rappelons quand même que ce qui a poussé les Cowboys Fringants à faire de la country… c’était qu’ils adoraient rire de ses musiciens.

Les Cowboys représentent une forme de chanson typiquement québécoise ; entre le bucolique et l’urbanisme – à l’image du pays où, contrairement à d’autres, la ville et la campagne ne s’opposent pas mais constituent deux paysages sérieusement ancrés dans l’imaginaire québécois. Toujours engagés pour la cause, les Cowboys n’hésitent pas à dépeindre sans fard le quotidien socio-politique des habitants du Québec moderne (amis lecteurs de Télérama, bonjour). Mais ils le font à la Québécoise ! Plus proche de la dénonciation solidaire et festive des débuts de Renaud que des constats cyniques et pleurnichards de… hum… du nouveau Renaud, en fait. Le message est clair, la position est ouverte ! Le groupe préfère ouvrir ses bras à la danse et aux gigs qu’à une musique désabusée listant avec monotonie une liste d’échecs sous une bonne dose de catastrophisme.

Et pourtant, dans ce groupe que d’aucuns qualifieront de « bouseux », les Cowboys savent adapter leurs chansons à l’époque ("Hannah" la solitaire qui cherche des copains sur Internet) et à n’importe quel public (chant fraternel sur "Ti-Cul", annonciation apocalyptique sur "Plus Rien"). Le côté traditionnel (ce n’est pas non plus La Bottine Souriante) pousse le groupe à flirter avec les influences que les colons irlandais ont développées en Amérique du Nord avec la country, le bluegrass, le cajun… Avec toujours plus de bonne humeur ("Camping Ste. Germaine" qu’on sent drôlatiquement autobiographique). Métissage encore pour "Symphonie pour Caza" qui débute en formule bluegrass tout ce qu’il y a de plus classique avant de déboucher sur un refrain… gospel !? Les Cowboys n’ont aucun respect pour rien (ou plutôt respectent tout à même hauteur) et n’hésitent pas à mélanger tout et n’importe quoi – non mais franchement, rapprocher de la musique de redneck avec des louanges afro-américaines, c’est pas en France qu’on verrait ça.

Mais le groupe n’est pas uniquement chansonnier – ce n’est pas un niaiseux au piano qui raconte sa vie morne en s’imaginant que ses allitérations vont intéresser quelqu’un. La preuve avec l’instrumentale soul "Shisk Taouk" à mi-chemin entre Booker T. & the MG’s et Hank Williams. La fin avec "Si la Vie vous Intéresse" doit être la plus belle partie musicale de ce disque, les trompettes, violons et percussions se montrant exceptionnels de vibration et dévoilant un côté trop souvent occulté chez les Cowboys Fringants au profit d’une image du brave paysan chantant les arbres et la neige très loin du résultat final. De la chanson ? Oui. Mais de la chanson qui n’oublie pas la musique qui se trouve derrière ! La multi-instrumentiste Marie-Annick Lépine est pour beaucoup dans cette sauce haute en chaleur. Et l’arrivée de cuivres donne au résultat final un melting-pot encourageant et motivant qui empêchent même les morceaux les plus lourds de tomber dans la dépression.

Enfin, le deuxième CD qui accompagne ce tirage se décompose en deux parties : trois clips ("Les Etoiles Filantes", "Ti-Cul" et "Plus Rien") et six morceaux en live, malheureusement tous extraits de cet album (j’aurais bien repris un peu d’ "En Berne", moi). Si les clips ne sont pas d’un intérêt inoubliable, les extraits live eux sont d’une joie de vivre prégnante et donnent un excellent témoignage de la bonne humeur qui règnent à leurs concerts (« Tout l’monde tape dans s’mains ! Z’allez voir c’est ben l’fun ! ») ; comme le font chez nous dans des registres plus ou moins proches Debout Sur Le Zinc, Les Blérots de Ravel ou Mes Souliers Sont Rouges. Des bonus pas indispensables mais non négligeables – et principalement pour les lives de toute beauté bénéficiant d’un son exceptionnel.


La Grand-Messe est un album qui plaira incontestablement – pour peu qu’on arrive à savourer ce mélange mi-doux mi-amer qui voit se côtoyer ballades tristes et joies fraternelles. Si le disque est peut-être un peu long, l’évolution des Cowboys Fringants est une belle surprise ! La musique prend le pas sur tous ses défauts et la maturité artistique du groupe laisse présager d’encore plus de bonheur dans les années à venir. Disque engagé et parfois mélancolique certes, mais avec une joie de vivre (et d’avancer) qui est la plus belle marque de fabrique de nos québécois.


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