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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été mise en ligne le 18 novembre 2007
Sa note : 9/20

LINE UP

-Anneke Van Giersbergen
(chant+piano)

-Joris Dirks
(guitare+chant)

-Jacques de Haard
(basse)

-Rob Snijders
(batterie)

+Kristin Fjellseth
(chant+chœurs)

TRACKLIST

1)Beautiful One
2)Witnesses
3)Yalin
4)Day After Yesterday
5)My Girl
6)Take Care Of Me
7)Ice Water
8)You Are Nice!
9)Trail Of Grief
10)Came Wander With Me
11)Broken Soldiers Ball
12)Lost And Found
13)Asleep

DISCOGRAPHIE

Air (2007)

(2007) - pop rock Oui, mais Mélancolique ! - Label : The End Records



Juin 2.007, Anneke van Giersbergen annonce son départ de the Gathering. Quelques semaines plus tard, on apprend que son album solo est déjà prêt (?!) et on en découvre le design… curieux (pour ne pas dire affreux). Chemin en solo, donc. Ou peut-être pas. Après tout, l’album n’est pas crédité [Anneke van Giersbergen] mais bel et bien [Agua de Annique – Air]. Il y a donc une raison. Celle qu’il s’agit d’un groupe ? Indubitablement non, la dame signant ici 90% du quota de compositions. Et c’est bien là son plus gros défaut…

« Today is the day after yesterday. » [sic] Hum… Admettez que pour débuter un single, on a trouvé mieux ! Désirant s’éloigner du soft-metal dans lequel s’articulait the Gathering depuis quelques années (qui a dit que de toute manière elle n’aurait pas été capable de refaire ça seule ?), Anneke van Giersbergen change de cap. Air développe ainsi une vague structure pop/rock traitée à la formule easy-listening, parfois presque cool-jazz avec une bonne dose de lounge (elle passera chez Frédéric Taddeï la semaine prochaine). Comme on pouvait s’y attendre, la voix de la chanteuse est surgonflée, mixée très en avant – erreur oui, mais cas d’école en matière de disque solo. La demoiselle n’a fait que tomber dans un piège commun. Là où le bât blesse, c’est que cette même voix est alignée durant tout l’album dans un registre très monotone, les lignes vocales sont peu inspirées et la plupart des morceaux reçoivent un traitement identique.

Pourtant, l’intégration de trompettes et de violons était une excellente idée sur le papier, mais leur sous-exploitation ne permet pas à la formule de prendre. L’album est empli de concepts qui auraient mérité un tant soit peu de recherche derrière pour en tirer des morceaux intéressants ; et si certains relèvent la moyenne – on ne peut s’empêcher de penser qu’ils eussent pu être encore meilleurs s’ils avaient reçu le travail et l’attention nécessaires. Ici, pas de perfectionnisme, peu d’harmonie et de fignolage et un souci du détail proprement absent. Cela titille l’appellation de « facilité »… Côté mixage, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle (évident) avec les précédentes productions de The Gathering : le son de guitare rappelle souvent celui de René Rutten ("Yalin") alors que la batterie fait très Home ("Lost and Found") – on pousse le vice jusqu’à l’intro de "Sunken Soldiers Ball" qui fait diablement penser à "Red Is a Slow Colour" ou "Travel" de How To Measure A Planet.

Anneke n’est pas musicienne, mais chanteuse. Et cela s’en ressent… On navigue donc entre parties de piano lamentables et guitares médiocres : on sent que les parties composées par Anneke sont un travail d’amateur ("Beautiful One" et "Day After Yesterday" semblent manquer de quelque chose). On se retrouve dans un album où les passages ou les musiciens ont eu carte blanche sont les plus réussis (le riff de guitare de "Trail of Grief") : Compositions ayant un potentiel, mais trop brouillonnes ! Résultat : tout se ressemble par manque de raffinement. Ce qui fait d’Air un album très linéaire, très lounge. Pas de variations dans le tempo à rares exceptions près : l’à-part "Witnesses" qui remporte haut la main le titre de meilleur morceau de l’album ; et "You Are Nice!" et sa guitare à la Porcupine Tree malheureusement desservi par une ligne vocale affreuse. Un comble pour une chanteuse dont l’originalité fut jusque là quasi-incontestée ! Et si certains refrains rattrapent des chansons moyennes (les chœurs masculins sur "Ice Water"), ce problème gâche pas mal de morceaux, noyés parmi d’autres sans intérêt : Accoucher d’un titre aussi soporifique que "My Girl" (malgré son intro à la K’s Choice), aussi vide que "Take Care of Me" et aussi mal construit que "Yalin" où chaque musicien semble chercher l’accord suivant n’est pas un acte qu’on pourrait qualifier de professionnel.

C’est un album qu’il faut éviter d’écouter en entier pour profiter pleinement de ses meilleurs titres. Il faut faire le tri car tout n’est pas à jeter, certains morceaux auraient demandé un travail de composition avec le groupe, dont le manque se fait cruellement sentir sur cet album. Le boulot manque de maturité ; on a l’impression qu’ils ont tout enregistré à la va-vite sans véritable travail préalable, en ne se basant que sur un élément fort par chanson. L’album possède quelques excellents passages, mais ce sont la plupart du temps les moments les plus originaux, où les autres musiciens ont la part belle (Kristin de Pale Forest sur "Lost and Found" dont la voix s’accorde très bien avec celle d’Anneke ; l’Anathemien "Trail of Grief", prise de risque réussie par rapport au format verse/bridge/chorus de rigueur) ; on aurait pu penser que la voix de cette dernière saurait sublimer les chansons de son album ! ça n’est malheureusement pas suffisant.


Déception donc, quand finalement l’album se termine à l’image de la chanson : "Asleep". Alors, Air est-il si mauvais que ça ? Non – pas tant. Le défaut le plus prégnant est également sa plus grande qualité : la voix de van Giersbergen ! On ne doute plus des facultés de la chanteuse à émouvoir son public, et nul doute que de l’entendre s’affranchir de son groupe et pouvoir donner la part belle à son chant joue en sa faveur ; de sorte que ses amateurs devant l’éternel ajouteront autant de points que nécessaire à la note, ce qui se comprend. Mais tout de même : Et la musique dans tout ça… ?


P.S. : Merci à ~Broken Glass~ sans qui cette chro' n'aurait pas vu le jour (et n'aurait pas atteint les 09/20) grâce à ses conseils avisés et sa connaissance sans faille de The Gathering. Hourra !


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