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CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 27 novembre 2007
Sa note : 18/20

LINE UP

-Mille Petrozza
(guitare+chant)

-Frank Gosdzik
(guitare)

-Rob Fioretti
(basse)

-Jürgen "Ventor" Reil
(batterie)

TRACKLIST

1)When The Sun Burns Red
2)Coma Of Souls
3)People Of The Lie
4)World Beyond
5)Terror Zone
6)Agents Of Brutality
7)Material World Paranoia
8)Twisted Urges
9)Hidden Dictator
10)Mental Slavery

DISCOGRAPHIE


Kreator - Coma Of Souls
(1990) - thrash metal - Label : Noise Records




Après 4 albums qui furent autant de marches gravies vers le Panthéon du thrash, Kreator nous livre avec Coma of Souls un des albums les moins ambitieux de sa carrière. Loin de dégager la même volonté de conquête assoiffée que ses prédécesseurs, cet album semble plutôt celui d'un groupe déjà bien établi qui cherche à consolider ses acquis. Mais attention, que ce soit bien clair entre nous : moins ambitieux ne signifie pas moins bon. Oh que non…


Il ne faut pas se fier à cette douce intro acoustique, composée par le nouvel arrivant et ex-Sodom Frank Gosdzik (et oui, Blackfire, c'était lui) : ce n'est pas encore maintenant que Kreator va se décider à lever le pied. En effet, Coma Of Souls a fermenté dans le même tonneau que Extreme Aggression, son prédécesseur direct et jusque là chef d'œuvre de la discographie de Kreator. Pas (encore) de révolution à l'horizon donc, puisqu'on retrouve sur le fond les mêmes points forts. En fait, les changements concernent surtout la forme, via quelques artifices qui rendent le tout un peu plus mélodique : par ici un refrain, comme celui de "Agents of Brutality", par là un solo, notamment ceux exécutés par Gosdzik. On notera que celui-ci en prend une bonne moitié à sa charge, et que son association avec Petrozza fonctionne à merveille comme sur "Terror Zone". Il s'agit là de la principale différence avec Extreme Aggression, où on cherchait encore l'intérêt de la présence de Tritze. Par ailleurs, cette impression un peu plus mélodique est probablement renforcée par une production un peu moins sèche que sur Extreme Aggression, ce qui en fait un album peut-être plus accessible pour les non-initiés.

Autre élément qui n'a pas changé d'un iota, pour le plus grand bonheur des fans : le niveau d'inspiration. Et là autant dire qu'on tape dans la catégorie champion toutes catégories. D'entrée, "When The Sun Burns Red" plante le décor : sur fond de vision apocalyptique de la planète du fait du réchauffement climatique (comme quoi le problème n'est pas nouveau), on n'est pas là pour rigoler. Surtout que musicalement, ça bastonne toujours autant, avec un Ventor intenable qui s'affirme de plus en plus comme le challenger officiel de Lombardo pour le titre de meilleur cogneur thrash. La suite est du même acabit, puisqu'on retrouve sur cette galette certains des meilleurs morceaux de toute la carrière de Kreator : "Coma Of Souls", pas spécialement originale mais terriblement efficace, ou "Terror Zone", dont le déferlement final vaut son pesant d'or, après une première partie plus lente visant à instaurer une atmosphère angoissante. Et puis évidemment, il y a aussi "People Of The Lie", LE hit de Kreator, dont même Mille Petrozza n'a jamais réussi à comprendre les raisons du succès. Titre court et absolument pas thrash pour un sou, ce brûlot heavy continue de faire des ravages en live encore aujourd'hui.

Si Kreator continue de proposer des compos plutôt élaborées par rapport à ce qui se fait dans le genre, il n'en oublie pas moins les fans attirés par le côté plus primitif du thrash. C'est le cas notamment de "World Beyond", titre mémorable pourtant expédié en deux temps trois mouvements (à peine 2 minutes au compteur !), ou encore de "Twisted Urges". La première minute de ce titre est une des plus violentes jamais proposées par Kreator. Ce n'est même plus une mandale en pleine tronche, c'est carrément un déferlement incessant de coups qui laissent l'auditeur sonné comme un boxeur dans les cordes. Dommage que la fin de l'album soit légèrement plus poussive : "Hidden Dictator" est moins catchy, un peu plus difficile d'accès que le reste de l'album même s'il s'agit d'un très bon titre une fois assimilé. Quant à "Mental Slavery", malgré quelques passages intéressants, il n'est pas tout à fait à la hauteur des autres morceaux et finit par s'avérer plutôt lassant. Mais bon, ne faisons pas la fine bouche, c'est bien là l'unique fausse note d'un album impressionnant de bout en bout.


Une nouvelle fois, avec Coma Of Souls, Kreator démontre sa science du thrash avec une facilité déconcertante, à une époque où les locomotives du genre commençaient à montrer des signes inquiétants de faiblesse. Alors à son apogée artistique suite à une paire d'albums pouvant tous deux prétendre à une place dans le top 10 de l'Histoire du thrash, les Allemands étaient désormais mûrs pour se lancer dans une nouvelle aventure : changer radicalement sa conception de la musique, envers et contre tous, y compris ses propres fans. Finies la gloire et la reconnaissance, place maintenant aux polémiques et aux crachats…


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