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CHRONIQUE PAR ...

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Dr Gonzo
Cette chronique a été mise en ligne le 10 février 2008
Sa note : 17.5/20

LINE UP

Pleins de gens incluant: Jeordie White, PJ Harvey, Josh Homme et tout Q.O.S.T.A, Josh Freeze, Dean Ween, Dave Catching, Chris Goss, et probablement d'autres encore.

Difficile de savoir qui fait quoi.

TRACKLIST

1)Dead In Love
2)I Wanna Make It Wit Chu
3)Covered In Punk's Blood
4)There Will Never Be A Better Time
5)Crawl Home
6)I'm Here For Your Daughter
7)Powdered Wig Machine
8)In My Head...Or Something
9)Holey Dime
10)Girl Like Me
11)Creosote
12)Subcutaneous Phat
13)Bring It Back Gentle
14)Shepherd's Pie

DISCOGRAPHIE

Vol. 9&10 (2003)

The Desert Sessions - Vol. 9&10
(2003) - inclassable "cannot be defined" - Label : Ipecac Rekords Rekords




Derniers volumes en date des plus vraiment confidentielles, mais assurément cultes Desert Sessions de Josh Homme, ces numéros 9 et 10 explorent des terrains à la fois pop et rugueux, alternant le sucré et l’agressif. Du beau monde répond présent à l’appel du grand roux, et c’est au beau milieu du désert californien que les choses se passent.



Naturellement, tout le line-up des Queens Of The Stone Age période Lullabies to Paralyze pointe d’office. A ceux-ci s’ajoute la présence assez remarquable de Jeordie White (aka Twiggy Ramirez – Goon Moon, Marilyn Manson) et de P.J. Harvey, ainsi que de Josh Freeze (batteur un temps d’A Perfect Circle) ou encore Dean Ween. C’est ainsi sans aucun impératif, ni aucune pression que tous ces musiciens se retrouveront au Rancho de la Luna pour mettre en place une musique sauvage et spontanée dont le seul fil conducteur serait une tendance à alerter en permanence la brigade du kiff.

Bien que présents, les instrumentaux expérimentaux et/ou déviants (auparavant fréquents) sont ici en minorité par rapport aux chansons tenant d’un format radio-friendly. Preuve de cela, QOTSA y piochera des singles pour ses deux derniers albums (à savoir "In My Head" dans Lullabies To Paralyze, et "Make It Wichu" pour Era Vulgaris) Le desert rock des tous premiers volumes semble de plus en plus loin, mais le rendu sonore évoque assez facilement les grands espaces qui ont permis l’accouchement des 14 pistes qui composent cet album. Sèche et directe, la production rend justice aux musiciens tout autant qu’elle contribue à une atmosphère bien particulière ; le résultat n’en est que plus nerveux et évite la lourdeur indigeste des mixages qui ont la côte de nos jours, possédant la grâce et la finesse d’un bulldozer en panne.

Josh Homme et P.J. Harvey se partageront donc les morceaux chantés, et aboutiront entre autre au tubesque "I Wanna Make It Wichu", quasi-parodie de single romantique, tournant sur trois accords en boucle et mené avec classe. Les conditions d’enregistrement et d’écriture, quasi-familiale (on se réunit, on trouve un air, un riff, on griffonne quelques paroles, ou pas, et ça roule) ajoute un je-ne-sais-quoi de fraîcheur qui donne du relief à des chansons dont le pire écueil serait de devenir lisses et calibrées. Ainsi, avec pas mal d’économie dans la composition, un zeste de frime à moitié feinte, quelques riffs en boucle, et des mélodies vocales inspirées, un album entier, cohérent et crédible débarque de nulle part et aboutit au dosage parfait entre rock, pop, punk à la sauce indé.

P.J. Harvey se surpasse au chant sur "There Will Never Be A Better Time", noyant sa voix dans une reverb criante de naturelle, uniquement accompagnée d’une guitare qui aimerait jouer du flamenco. Tout cela suit "Covered in Punk’s Blood", instrumental abrasif de moins de deux minutes, où basse, guitare et batterie joueront de concert un leitmotiv hystérique sans réel début ni fin. Difficile d’expliquer comment ce genre de morceaux succède parfaitement à des instants pop particulièrement bien composés, et pourtant. La cohérence entre les musiciens, ainsi que la prédominance de la thématique « sessions musicales un poil fofolles dans le trou du cul du monde » surpasse les différences de format, de son ou de composition.

Le grain de la production aide certainement, imposant dès la première piste une identité douce-amère qui maltraitera les tubes en puissance que contiennent ces Desert Sessions. Mais laissons un peu la pop de côté pour voir les quelques instrumentaux proposés. A part "Covered in Punk’s Blood", il y a "Creosote", délire acoustique hypnotisant qu’on croirait enregistré dans une grange très mal isolée, et "Subcutaneous Phat" qui agrémente son imposant riff de basse de chœurs, d’une boîte à rythme et d’effets étranges. Tous trois participent à cet éparpillement cohérent qui détermine l’identité de cet album. "Hole Dime" avec son harmonica et ses guitares granuleuses constitue peut-être la synthèse parfaite de cette ambiance à la fois bonne enfant et crépusculaire. Même chose avec "Bring It Back Gentle", qui hésite entre le slow déprimant et une forme de southern rock alternatif excité. Les rythmes sont appuyés, les airs un tantinet pesants, mais les voix restent éthérées voir douceâtres.


Maintenant un équilibre parfait entre délire de potes ("Creosote", "Shepherd’s Pie") et réelles compositions (tout le reste), entre pop mielleuse et punk indé à l’ambiance chargée, ces Volumes 9&10, dans leur chaos organisé arrivent à aboutir à un album digne d’intérêt abordable pour le fan de QOTSA, des premières Desert Sessions autant que pour le profane ne connaissant aucun des intervenants. Source d’inspiration rafraîchissante pour chacun de ses participants, on ne peut qu’espérer les prochaines moutures en commençant à parier sur les prochains résidents du Rancho de la Luna.


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