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CHRONIQUE PAR ...

24
Crafty
Cette chronique a été mise en ligne le 16 février 2008
Sa note : 15/20

LINE UP

-Ihsahn
(chant+instruments)

-Ihriel
(chant+instruments)

TRACKLIST

1) Desolate Ever After
2) In The Bodiless Art
3) Parasite My Heart
4) Veils Of Blue
5) Black Star
6) Stillness
7) The Banks Of This River Is Night

DISCOGRAPHIE


Peccatum - Lost in Reverie



Après le départ de Lord PZ (membre originel du groupe mais aussi frère d’Ihriel), Peccatum savait ses jours comptés. Le couple le plus célèbre de Norvège (comment ça vous en doutez ?) s’attèle donc à la tâche, comme à son habitude, avec une certaine complémentarité dans un registre toujours aussi avant-gardiste. Peccatum a toujours été un projet expérimental, il n’était pas question de remettre ça en cause. Alors autant finir en beauté.

C’est toute la difficulté de faire de la musique expérimentale. Ne pas tomber dans l’excès, dans l’aventure sans queue ni tête, et ressortir avec quelque chose d’original mais ni ennuyeux, ni dépassé par son audace. Ce pari n’avait pas été vraiment réussi auparavant, soit par excès d’audace (Strangling From Within), soit par excès d’ennui (Amor Fati). Mais ça y est, l’alchimie semble avoir été trouvée. Déjà entre les voix de Peccatum, qui sont la composante essentielle du mélange, on assiste ici à un dialogue mélancolique entre deux personnes, qui vire de temps à autre à la colère, à la rage quand Ihsahn s’emporte dans ses tourments. Ce qui n’empêche pas certains titres de dégager une sorte d’ambiance optimiste, un calme relatif à l’image de "Veils Of Blue".
C’est sur ce même titre qu’on peut le mieux admirer les sons de guitare torturés et la démence d’Ihriel sur un fond trip-hop intimiste. En approfondissant, on se rend vite compte que les éléments électroniques prennent une part importante de Lost In Reverie. L’introduction de l’album est à ce titre monstrueuse, sous ses airs de Perdition City, avec un Ihsahn galvanisé nous servant une sauce que Garm n’aurait pas renié. Ah que cette scène norvégienne est passionnante… On a toujours droit à de l’avant-garde, mais on a surtout toujours droit à quelque chose de réussi, même si cela ne tient parfois qu’à un seul album dans toute une discographie. Car le black metal est un vecteur d’avant-gardisme inespéré et toujours surprenant. Il se fond dans le décor parfois avec une facilité déconcertante, comme "Black Star" en plein milieu de l’album, regorgeant d’agressivité pour aboutir dans un tunnel atmosphérique.
La dualité dans le groupe se retrouve dans un grand nombre de chansons, beaucoup finissent à l’opposé de leurs commencements, tellement qu’il paraît parfois un peu difficile de s’y retrouver, des nouvelles frontières se créant, l’album semble contenir plus d’une douzaine de titres alors qu’il en contient seulement sept. Il n’y a qu’à voir comment "Stillness" n’en finit par de muter, de sa calme intro à tout un passage central lorgnant sur l’indus pour revenir vers une plus grande volupté et s’achever dans un inquiétant climax. Ce jeu d’ambiance tout en contraste et parfois en décalage met souvent à rude épreuve l’écoute d’un tel album. C’est finalement ce qui sera un de ses plus gros défauts, avec la voix d’Ihriel parfois trop en retrait sur des passages où elle aurait gagné à être projetée au devant de la scène et du mixage. La demi-mesure présente sur "The Banks Of This River Is Night" est symptomatique de ce problème, cette espèce d’étouffement des parties chantées finit par avoir un air d’impasse, ce qui amène une certaine frustration quand on observe l’ensemble de l’album.

Il y a derrière tout ça une maîtrise assez étonnante bien qu’imparfaite, comme si l’album avait maturé pendant de longues années, comme si chaque semaine on avait soupesé ses qualités et défauts pour en faire une sorte de bijou. Car ce Lost In Reverie est une gemme, un dernier coup d’éclat pour un projet atypique et intéressant qu’on aurait pu espérer voir perdurer, voire même muter avec l’apport de prodiges de la scène norvégienne (qui a dit Garm et Tchort ?). De quoi nourrir quelques regrets, mais il faut parfois savoir se réjouir d’un acquis plutôt que de plusieurs promesses.


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