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CHRONIQUE PAR ...

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Fromage Enrage
Cette chronique a été mise en ligne le 13 novembre 2015
Sa note : 14/20

LINE UP

-Björn Ove Ingemar "Speed" Strid
(chant)

-Sylvain Coudret
(guitare)

-David Andersson
(guitare)

-Sven Karlsson
(claviers)

-Dirk Verbeuren
(batterie)

Guests :

-Pascal Poulsen
(chant sur "The Phantom")

-Nathan James Biggs
(chant sur "Father and Son, Watching the World Go Down")

-Hanna Carlsson
(piano+ violoncelle sur "The Ride Majestic", "Enemies in Fidelity" et "The Phantom")

TRACKLIST

1) The Ride Majestic 
2) Alight in the Aftermath
3) Death in General
4) Enemies in Fidelity  
5) Petrichor By Sulphur
6) The Phantom
7) The Ride Majestic (Aspire Angelic)
8) Whirl Of Pain 
9) All Along Echoing Paths 
10) Shining Lights
11) Father and Son, Watching the World Go Down

DISCOGRAPHIE


Soilwork - The Ride Majestic
(2015) - melodeath - Label : Nuclear Blast



J'ai quelque chose à vous avouer. Au moment où j'écris ces lignes, nous sommes à trente-trois jours de la sortie de Star Wars VII, et je n'ai toujours vu aucune bande-annonce du métrage susnommé. Bah ouais : moi, quand j'aime quelque chose, j'essaie de garder la surprise intacte jusqu'au bout. Il y a quelques exceptions, bien sûr. Soilwork en fait partie. Quand la bande à Speed a lâché la title track de ce dixième album, autant dire que j'ai fait péter le compteur de vues sur Youtube.

Ouf, tous les signaux étaient au vert sur ce premier extrait, et Soilwork semblait être toujours en forme depuis la très bonne surprise The Living Infinite. Riffing moderne, refrain fonceur, ce bougre de Speed toujours aussi à l'aise entre voix claire céleste et rugissements hardcore qui n'appartiennent qu'à lui. Il y a de quoi partir confiant, non ? Sur le papier, oui. Mais la confiance se change vite en confusion une fois les premières écoutes de l'album lancées. Impossible de comprendre où The Ride Majestic veut en venir. Soilwork aligne, à tâtons, tout ce qui fait sa recette : des riffs par ici, beaucoup de voix claire par là, un soupçon de blast beats, des hurlements à peu près partout. Tous les ingrédients sont là, mais leur agencement semble aléatoire et la mayonnaise ne monte pas. Soilwork semble avoir oublié de lier le tout avec ce tour de main qui lui a fait pondre des chansons du calibre de "Mercury Shadow" ou plus récemment, de "This Momentary Bliss". Alors forcement, devant ce grand foutoir d'idées jetées en vrac, la déception règne. Puis vient le moment des écoutes plus insistantes, la sueur au front et les esgourdes plus à l'affût que jamais. Merde, il doit bien avoir des qualités cet album ?
Oui, ne vous en faites pas. Les rois du melodeath suédois ne vous laissent pas tomber si facilement. Tout d'abord, il est de bon ton de noter que c'est certainement l'album de Soilwork le plus émouvant à ce jour. Vous avez bien lu, oui, émouvant. Que ça soit dans les refrains, tous admirablement écrits, les paroles (Speed s'interroge sur la mort et ce qui peut s'ensuivre) ou d'autres petits détails plus subtils, le groupe suédois n'est plus le bulldozer plein de rage que l'on connaît. La bande à Speed laisse filtrer un peu d'humanité à travers ses riffs. Le lead de "Whirl of Pain", par exemple : Soilwork a rarement sonné aussi triste. La déroutante outro de "Enemies in Fidelity" est tout aussi symptomatique : derrière un déluge de blasts, piano et violon apaisés se rencontrent dans un long fade-out contemplatif. Même le bon Speed dégage ce fond de mélancolie tenace jusqu'au fond ses cordes vocales : pour vous en convaincre, écoutez les refrains de "Death In General", "The Phantom", "All Along Echoing Paths" ou bien l'étonnant pont vocal de "Petrichor By Sulphur".
Bien sûr, Soilwork a encore de la colère en réserve. Et justement, "Shining Lights" risque bien de vous coller une sacrée claque. En mixant une modernité melodeath à un riff thrash ultra-efficace, Soilwork prend le meilleur de deux mondes et pond un titre hybride très réussi. Du côté du mélange des genres, mention spéciale à "The Phantom" : Riff en trémolo majestueux et véloce qui tend un pont vers le black metal, excellent refrain où la dualité voix claire/ growls donne son plein potentiel, break quasi-atmosphérique aux claviers. Réussite totale que ce morceau, tuerie certifiée.
The Ride Majestic ne s'épargne pas non plus les sorties de route. Pour commencer, "Father And Son, Watching The World Go Down" (mais quel titre à la con) constitue une piètre conclusion, avec la participation complément transparente de Nathan James Biggs (Sonic Syndicate). Et si j'évoquais des refrains pour la plupart réussis, le reste n'est pas toujours au niveau. Couplets et riffs parfois banals, soli peu marquants, ou recyclage de choses déjà entendues sur les précédents opus. Le pré-chorus de "Enemies In Fidelity", par exemple. La voix claire par-dessus les blast beats, ça sonne un peu comme un recyclage facile de "Tongue". Au rayon des semi-réussites, citons aussi "The Ride Majestic (Aspire Angelic)" qui bien qu'efficace, n'apporte pas grand-chose à l'album.


The Living Infinite était une vraie démonstration de force et ne pouvait que susciter l'accroche immédiate. Ce dixième album est plus fourbe, plus complexe à appréhender. Il me semble qu'il tiendra moins sur la longueur que son petit frère mais une chose demeure certaine : Soilwork a rempli son contrat. Reste à honorer la grand-messe du live, à présent. Rendez-vous est pris pour le 14 décembre (2015) au Trabendo. À n'en pas douter, la charge sera majestueuse...


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