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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 19 février 2008
Sa note : 11/20

LINE UP

-Jérémie Nechtschein
(chant)

-Laurent Baragnes
(guitare)

-Jean-François Bergan
(guitare)

-Jean-Loup Ricaud
(basse+guitare+chœurs)

-Fabien Escalle
(batterie+percus+chœurs)

-Julien Gili
(tabla+chœurs)

TRACKLIST

1)Aumandei
2)Donseht
3)Birlaïdpa-Ü
4)Ü
5)Šruti (Andeltelheïn-o-Donseht)
6)Saynar Ykiah
7)Umi Wa
8)Wradrek

DISCOGRAPHIE

Melhadenso (2007)

Khemeïa - Melhadenso
(2007) - metal prog hybride - Label : Autoproduction



Vu sur le Myspace du groupe : « Khemeïa est peut-être le seul groupe à évoluer dans la mouvance "metal" tout en se situant résolument dans l’héritage de Magma […] J. Nechtschein alterne des passages aériens, où les vocalises empruntent aux traditions de l'Inde et du Pakistan ou au chant diphonique de Mongolie, et les cris gutturaux du metal.» Bigre, voilà une formation qui a le feu sacré. Et si sur le papier, de telles influences revendiquées promettent un mélange explosif, dans la réalité c’est un peu plus compliqué que ça…

Pour clarifier les choses, la musique de Khemeïa n’a pas plus à voir avec Magma qu’avec Nosfell, à savoir que l’utilisation d’une langue imaginaire est bien le seul point de comparaison possible. Pour le reste, vous ne trouverez ni chœurs grandiloquents, ni ritournelles obsédantes, ni même la fièvre épique qui anime l’entité Vanderienne. Reste donc l’idiome, point fort de cette galette étant donnée l’expressivité des phonèmes employés ; qu’ils soient mélodieux ou agressifs, ils servent toujours la musique proposée. Et Jérémie, le chanteur, n’a aucun problème à leur donner corps : sa voix passe sans difficulté d’un growl bien sourd à des hauteurs vertigineuses, et sans jamais jouer à l’épate ou la virtuosité gratuite.

Impressionnant, c’est sûr… mais tout cela est-il très original ? Après tout, des illustres inconnus comme M.J. Keenan ou Serj Tankian ont déjà arpenté les sphères orientalisantes décrites au paragraphe d’intro et Jérémie, malgré toute sa bonne volonté, peine à s’en différencier. Et ce qui se voulait radicalement autre finit par sonner comme du déjà-entendu, surtout que cette perspective exotique n’est pas poussée dans ses derniers retranchements, loin de là. "Aumandei", du haut de ses 8 minutes, ne fera rien pour nous contredire. C’est musclé, les plans s’enchaînent agréablement, il y a des phrasés hip-hop et des – fortes – réminiscences tooliennes… mais on cherche encore le grain de folie qui pourrait propulser tout ça vers les hautes sphères. Sûr, c’est moins prise de tête que Psykup ; mais c’est aussi beaucoup moins culotté.

Et ça ne s’arrange pas sur la suite : une intro tribale par-ci, des compositions plus ramassées mais pas plus osées par là… dommage car on sent qu’il ne faudrait pas pousser beaucoup pour que la formation se permette toutes les audaces, d’autant plus que leur niveau technique le leur permettrait, mais pour le moment, c’est comme s’ils restaient au bord du précipice. Le final épileptique de "Ü" aurait pu nous y conduire… mais tout retombe comme un soufflé lorsque démarre "Šruti", pièce rituelle centrée sur le chant, qui se donne un mal de chien pour élever nos âmes vers le nirvana mais ne nous amène qu’à un ennui poli. Non, il faudra vraiment attendre le dernier titre, "Wradrek", pour que Khemeïa se décide enfin à lâcher les chiens et se laisser aller à l’hystérie cathartique ; voilà de la rage qui bastonne, qui nous envoie valdinguer contre les murs jusqu’à nous dévisser la tête et l’envoyer se planter sur le plafond. Un final salutaire qui permettra au moins de terminer sur une bonne impression, mais ne nous fera pas oublier que beaucoup reste à faire.


Khemeïa est l’exemple de groupe ambitieux qui doit maintenant se donner les moyens de donner pleine vie à son concept. Les qualités techniques sont là ; on attend du prochain effort plus de folie, de sauvagerie et surtout plus d’audace, histoire de ne pas se trouver cantonné au rôle de « groupe de métal hybride de plus »…


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