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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 20 mars 2016
Sa note : 14/20

LINE UP

-Guillaume "Guitou" Ferraton
(chant)

-Alexandre Brosse
(guitare)

-Romain Sanchez
(guitare)

-Remi "Remolow" Dafaut
(basse)

-Kévin Paradis
(batterie)

TRACKLIST

1) The Supply...
2) ...For Terror and the Crowd
3) Miserable Miracle
4) I Will Harm
5) Funambule Pénitent
6) Hell Compasses Points
7) Oxydized Trigger Sabotage
8) Dispense the Adulterated
9) Vitrified Desert

DISCOGRAPHIE


Mithridatic - Miserable Miracle
(2016) - death metal black metal - Label : Kaotoxin



Mithridatic est ressuscité. Parler de résurrection à propos d'un groupe de death metal peut paraître un brin ironique et pourtant, l'expression se révèle on ne peut plus appropriée s'agissant de la formation stéphanoise dont les membres s'étaient séparés peu de temps après la sortie de leur prometteuse démo Dawn of Bitterness parue en 2008. L'ep deux titres The Hunt Is On sorti l'an passé a rassuré sur la vigueur des intentions, tout en suggérant quelques évolutions. Qui se confirment sur Miserable Miracle, le premier album du collectif.

Premier changement significatif : la vitesse d'exécution. Ça allait déjà très vite en 2008, ça va encore plus vite deux olympiades plus tard. La raison tient sans doute autant à un accroissement de la maîtrise technique de la part des instrumentistes, qu'à une volonté de « muscler » leur jeu - l'une étant de toute façon le pré-requis de l'autre. Cependant, il y a fort à parier que l'arrivée du batteur Kévin Paradis a été déterminante dans la mise en œuvre de cette orientation. En effet, les aptitudes exceptionnelles du jeune homme ne sont pas passées inaperçues dans l'underground, ce dont témoigne son impressionnant CV : depuis son premier « vrai » groupe (Dead Talking Mind) au Puy-en-Velay, il a effectué un passage chez les DeadlySins de Lyon, avec lesquels il a notamment enregistré le décapant Anticlockwise en 2014, puis a intégré The Seven Gates (Mâcon), Death Lab (Bordeaux), the Arisen (Lyon); il émarge désormais, excusez du peu, chez les vétérans d'Agressor, ainsi que leurs brillants voisins niçois de Svart Crown ! Et quand il s'ennuie entre deux sessions studio, il tourne tantôt avec Benighted, tantôt avec les Israéliens de Melechesh sous le pertinent pseudonyme de "Nomadic Soul". Les Mithridatic n'ont donc pas manqué leur casting au moment de recruter leur nouveau percussionniste, ce qui se confirme tout au long d'un enregistrement qui porte les stigmates de l'activité impressionnante de Paradis : on ne compte plus les blasts et les roulements assénés à toute berzingue ("Hell Compasses Points" atteindrait les 280 bpm) par un batteur qui semble se démultiplier au point d'utiliser des parties non-conventionnelles de son anatomie – sur "I Will Harm", c'est à l'aide de sa bouche, ou plutôt de son souffle, qu'il module la sonorité de ses toms... « Un tueur », selon les termes du chanteur d'Unchained, autre gang énervé traînant du côté de la Promenade des Anglais.
Avec un tel atout dans sa manche, la section du Forez peut difficilement se louper, d'autant que les autres musiciens se montrent tout aussi redoutables : les guitaristes enchaînent les riffs avec une précision métronomique, tandis que le chanteur se distingue par l'étendue de son registre qui navigue entre les graves rocailleux du death, quelques hurlements core, un peu de Sprechgesang, une sorte d'expectoration gutturale façon chant diphonique mongol (sur "Dispense the Adulterated"), mais aussi et surtout les vocalises forcées du black, avec en bonus une réjouissante imitation des fameux coassements d'Abbath (Immortal) sur "Vitrified Desert". La diversification vocale de « Guitou » traduit une autre mutation chez Mithridatic, qui délaisse ses influences thrash - dont il subsiste néanmoins quelques traces sur certains solos de guitares - au profit de nombreuses séquences black metal qui renforcent l'atmosphère oppressante de l'album. La caractéristique principale de Miserable Miracle réside précisément en ces allées et venues incessantes entre death et black, lourdeur et vélocité - la basse terrassante de « Remolow » se chargeant de maintenir la cohésion des morceaux et accessoirement, la prédominance de la tonalité death metal du recueil. Toutefois, malgré sa volonté évidente de sortir des sentiers ultra-balisés du genre, le quintet ne convainc pas totalement. Car si tous les titres échappent à la monotonie, aucun n'éveille l'attention au-delà d'une admiration renouvelée pour la démarche et sa réalisation. En effet, la juxtaposition de séquences brèves, même admirablement liées entre elles, provoque une sensation de trop-plein qui empêche la musique des Ligériens de s'exprimer totalement. Certes, un tel canevas contribue de façon déterminante au climat asphyxiant qui règne sur les neuf pistes. Mais celui-ci étouffe jusqu'à l'identité même des morceaux dont les parties, aussi multiples soient-elles, ne s'extraient que rarement de l'emprise oppressante de Morbid Angel, du Gojira première période ou encore d'Immolation : les guitares tour à tour crissantes et saccadées, sculptent un décor d'intense désolation, dont elles demeurent malheureusement prisonnières.


Miserable Miracle est un premier lp qui impressionne : interprétation sans faille, production puissante, mélange de styles et de tempos - le tableau semble complet et hisse directement Mithridatic dans les hautes sphères du death metal français. Cependant, s'ils veulent franchir une étape supplémentaire, ses membres auront tout intérêt à se démarquer plus encore de leurs vénérables modèles américains des années quatre-vingt-dix et du grand frère bayonnais, afin d'apporter leur personnalité à des compositions qui se distingueront au-delà de leur ambiance délicieusement malsaine.


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