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CHRONIQUE PAR ...

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Wotan
Cette chronique a été mise en ligne le 02 mars 2008
Sa note : 11/20

LINE UP

-Syrah
(chant)

-Michael Popp
(instruments)

-Philipp Groth
(claviers+guitares)

TRACKLIST

1)Sleeping
2)Departir
3)Ich Minne Einen Ritter
4)Translucida
5)La Froidor
6)Glacies
7)World of Light
8)Sumer
9)Amorous Desir
10)Ludus
11)Passacaglia

DISCOGRAPHIE


Qntal - Qntal VI: Translucida



Qntal a toujours eu pour but d’être un syncrétisme entre le passé et le présent: le mélange original et audacieux entre la musique médiévale traditionnelle et l'électronique. Mais pas seulement, le groupe proposant dans ses thèmes des parallèles courageux entre certains évènements historiques et l'actualité contemporaine lors de ses débuts. Le départ de Ernst Horn après 1995 avait vu Philipp Groth joindre le groupe, et les albums suivants se démarquaient au fur et à mesure du concept originel du groupe. Ce sixième album redresse-t-il la barre ou au contraire continue-t-il de dévier de ce qui faisait l'originalité de Qntal ?

Sur le dernier album, Qntal V: Silver Swan, le groupe se tournait résolument vers le passé: l'électronique était presque abandonnée, et les instruments médiévaux prenaient l'intégralité de l’espace sonore avec le chant de Syrah. Qntal se rapprochait dangereusement de l’heavenly voice, avec brio toutefois: l’album, tout en finesse et douceur, était un petit bijou, beau et troublant. Prenant un demi-tour, les compositions de ce Translucida font la part belle à l'électronique, offrant aux instruments synthétiques une part encore plus importante que sur Qntal IV: Ozymandias. Mais tandis que sur tous les albums précédant Silver Swan, les instruments anciens s'équilibraient plus ou moins avec ceux modernes, ils sont très en retrait sur Translucida, étant absents d’une majorité de compositions. En revanche, les mélodies sont, bien entendu, toujours inspirées par d’anciens airs du Moyen-Âge, influence Michael Popp oblige. Depuis le départ de Ernst Horn, les parallèles thématiques entre le passé et le présent ont disparu. Mais alors que Qntal III: Tristan und Isolde et Qntal IV: Ozymandias tournaient autour d’un concept (la romance de Tristan et Iseult, et un poème de Shelley), aucun concept n’a présidé à la réalisation de Translucida.

Cet album marque la fin, temporaire nous l'espérons, du mysticisme et de ce que Qntal avait de grandiose. Premier signe, les chœurs ont disparu totalement et Syrah œuvre seule au poste de chanteur. Sa voix superbe n’a pas changé depuis les débuts du groupe, et elle est toujours aussi céleste et empreinte d'émotions. Au panthéon des chanteuses atmosphériques avec Lisa Gerrard, sa prestation en elle-même ne souffre d’aucun défaut. En revanche l’utilisation d’effets et de filtre sur sa voix rend le chant trop artificiel. Cette pratique, généralisée aux instruments et aux nappes électroniques, ne sied pas à la musique du groupe. Perdant son naturel et sa conception mystique, les titres ressemblent parfois à de mauvais remixes de ce qu’auraient pu être les chansons de cet album. Les surcouches électroniques dénaturent l’aura ancienne dont se parent les chansons au travers des mélodies et des textes. Il faudra attendre "Passacaglia" pour retrouver ce naturel grâce au chant religieux de Syrah et à l’ambiance lourde de mysticisme de la musique.

Les compositions possèdent une touche hypnotique avec la répétition des beats et les nappes planantes, mais ne parviennent jamais à réellement décoller, et il est difficile d’en trouver au moins une qui retienne vraiment l’attention, comme par le passé. L’ambiance, ainsi que le son, si particuliers du groupe sont toujours présents, mais en doses minimes et noyés dans le clavier de Groth. Tentant de créer des chansons adéquates pour les dancefloors, le groupe bute sur le plus gros défaut de nombres de chansons festives: des sonorités kitsch, défaut déjà présent sur Ozymandias d’ailleurs. Il faut avouer que les parties les plus électroniques souffrent depuis longtemps du départ de Horn. Il n’en reste pas moins que l’album contient de bons moments, dans ses chansons les plus atmosphériques comme "Translucida" (aux sonorités plus organiques et moins froides) ou "Amorous Desir" (sur laquelle les instruments médiévaux reprennent le devant de la scène). Mais ils ne suffisent pas à sauver ce disque, tant le reste fait parfois figure de remplissage.


Celui qui découvrira le groupe avec cet album pourra tomber sous le charme du chant, de l’ambiance et des mélodies et appréciera avec plaisir les quelques moments où les instruments anciens pointent sous la couche épaisse d'électronique. Néanmoins, pour le fan du groupe, cet album est en demi-teinte: compositions peu inspirées et dénaturalisation de ce qui faisait le charme de Qntal. Quand on connaît le potentiel du groupe, démontré avec brio sur Qntal II ou Qntal III: Tristan Und Isolde, on ne peut s’empêcher d’être déçu.


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