17522

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 18 octobre 2016
Sa note : 18/20

LINE UP

-Michael Roland "Mike" Ratledge
(claviers)

-Elton Dean
(saxophone)

-Hugh Colin Hopper
(basse)

-Robert Wyatt-Ellidge
(batterie+chant sur 3+claviers sur 3+basse sur 3)

Ont participé à l'enregistrement :

-Veleroy "Rab" Spall
(violon sur 3)

-Lyn Dobson
(flûte+saxophone sur 1)

-James Brian Gordon "Jimmy" Hastings
(flûte+clarinette basse sur 2 et 4)

-Nicholas "Nick" Evans
(trombone)

TRACKLIST

1) Facelift
2) Slightly All the Time (Noisette- Backwards- Noisette Reprise)
3) Moon in June
4) Out-Bloody-Rageous

DISCOGRAPHIE

Third (1970)

Soft Machine - Third
(1970) - rock prog jazz - Label : CBS



L'été se déverse dans le séjour. Tes cheveux découpent la lumière en filaments, suspendus et plongeant au gré des saccades. Le soleil nous avait accablés, nous dopant de vitamines et d'hormones, flux d'énergie aux poitrines gonflées et aux mains sans pudeur, la musique devait être brûlante comme la lave,

elle retentit. Son débit s'adapte au rythme des frictions, transporte la bouche partout réclamée, commande les spasmes, une musique triste comme une vie de regrets et pourtant soûle d'orgueil, vigueur des instruments au souffle veiné de rage, mélancolie furieuse jaillie de leurs fluides gueules, telles mille princesses flamboyantes et maussades expectorant d'hypnotiques acmés, s'abîmant dans de merveilleux râles qui électrisent leurs amants et ce corps que je croyais à moi ne m'appartient désormais plus, il tremble, incontrôlable, fourmillant sous les caresses que tu lui as prodiguées, enthousiaste soumission sensuelle : ton sourire triomphe, c'est celui de l'artiste heureux d'avoir modifié un instant, pour toujours ! la structure de l'air et du temps. La musique à cette heure est une machine douce qui papillonne, gracieuse et inquiète, puis se lance dans une course trépidante à la poursuite d'une chimère d'elle seule connue, affolant les météores, s'écoulant en poussière constellée de joyaux, les percussions qui tintaient naguère en sourdine scandent sa cavalcade de cristallins coups de cravache, flûtes, cuivres et vents déchirent l'atmosphère, mettent les entrailles à vif, ma chair voyage sur leurs larmes, esquif désorienté, submergé à la lisière des houles incendiaires qui sourdent depuis ton ventre, pulsées au fracas de l'orchestre, ses mélodies irradiées s'échappent à grands flots
tandis que par intermittence un brasier invincible surgit derrière ta silhouette, tes reins véloces répètent leurs séquences. Peu à peu ton visage devient le ciel et soudain, la voix fluette résonne, son timbre blond d'enfant boudeur semble justifier le monde, en crée un autre, puis encore un autre, bâtisseur de suppliques s'écroulant en brusques avalanches, chantre naguère prolixe qui se retire, dépouillé de mots, psalmodiant à l'unisson de sa ritournelle écorchée, pulsation douloureuse aux derniers ronronnements de l'orgue, l'orgue ressuscitant, vibrionnant, un élixir acide gorge ses spires, l'orgue puissant, toi toute droite au bord du matelas, ardente, mes yeux révulsés s'accrochent au plafond, l'orgue rugissant, chaque respiration emporte une parcelle de l'incendie nourri des notes en fuite et du ressac obstiné qui agite ta chevelure, halo volatil, les mèches gonflent en vagues aériennes avant de s'abattre sur mes hanches, tu te redresses, espiègle, élégante, penchée sur mon buste engourdi, enkysté, frissonnant d'une volupté sans repos, prisonnier d'un paroxysme lancinant qui affleure, approche et reflue, ta main, puis l'autre, perpétuent le délice, dicté par l'élan saturé des accords, et lorsque ceux-ci s'abîment dans les pépiements d'une nuée synthétique, quand de l'ultime mélopée les boucles crépusculaires se délitent, alors mon être rompt tout entier, perclus de vibrations libératoires, pendant que l'astre enflammé finit sa course au creux de ta nuque.


Entre les murs chavirés de nos cris, à jamais hantés par les stridentes complaintes, nous constatons, nus et haletants, l'éclosion d'un nouveau territoire.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 1 polaroid milieu 1 polaroid gauche 1