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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 26 février 2018
Sa note : 20/20

LINE UP

-Milan Fras
(chant)

-Ervin Markošek
(chant)

-Dejan Knez
(claviers)

-Ivan Novak

TRACKLIST

1) Jezero / Der See, Valjhun / Waldung, Delak
2) Koža / Die Haut
3) Jägerspiel
4) Bogomila - Verführung
5) Wienerblut
6) Črtomir
7) Jelengar
8) Apologija Laibach / Laibach-Apologie
9) Herzfeld
10) Krst/Die Taufe, Germania
11) Rdeči Pilot / Der Rote Pilot

DISCOGRAPHIE


Laibach - Krst Pod Triglavom - Baptism Below Triglav
(1987) - indus une nuit à l'opéra - Label : Sub Rosa



Dimanche soir. Seul dans mon appartement d’étudiant, le métronome retentit à nouveau. Et les coups. Je sais que la voix que je ne comprends pas va revenir. Comme tous les dimanche soir. Elle m’assène ses paroles d’un ton qui ne souffre aucune discussion. Je ne peux qu’acquiescer. Et attendre que son compère, le chanteur lyrique, vienne ma glacer le sang. "Črtomir". "Jelengar". Soit les Litanies de Laibach.

Mais commençons par le commencement. Ici, à l’Opéra de Ljubljana, la foule se presse. C’est la première de ce jeune auteur. Si martial. Si austère. Sa musique est sèche comme un coup de trique. Comment ça, son nom ?  Vous ne le connaissez pas ? Il s’agit, bien sûr, de… De… Ah mince, je ne me rappelle plus… Et j’ai mal à la tête… Cette femme qui chante… C’est la Castafiore ? Où sommes-nous déjà ? Mon voisin, un colonel, le monocle vissé devant l’œil droit, me demande de me taire. Pardonnez-moi, mon colonel, mais ce mal de crâne est épouvantable. Et ces cors qui retentissent tant et plus…Vont-ils se taire eux aussi ? Je sens une menace. Proche.

- Se taire, Jaroslav ? Vous n’y pensez pas ! Quelles sottises dites-vous là ! Vous n’avez jamais écouté Krst Pod Triglavom, peut-être ?
- Si, Madame la Comtesse, tous les dimanche soir. Depuis que j’ai vingt ans. Je me prends la violence des cordes et la sécheresse des rythmes dans la gueule depuis que j’ai vingt ans…
- Ah bon ? Et quel âge avez-vous maintenant ?
- Je… Je ne me rappelle plus vraiment…
-  Mais vous êtes ivre, Jaroslav !

Non, je ne suis pas ivre, et je ne m’appelle pas Jaroslav. Mais ces voix slovènes, et allemandes, et ces bruits de bottes, me foutent le tournis…Krst Pod Triglavom. Baptême sur le Mont Triglav. L’épreuve du feu. Milan a beau parler de comédiens -"Schauspieler"- cette œuvre immense n’a rien d’un simple jeu. Elle est un voyage vers un univers d’Europe Centrale fantasmé et guerrier, carcéral et aristocratique. Elle est un cauchemar. Un vilain et magnifique cauchemar, d’une tension inouïe –"Koža / Die Haut"-, mélange de sonorités orchestrales et industrielles, de chants de vieilles chouettes –"Jägerspiel"- et de chœurs.

- De vieilles chouettes ? Que dites-vous là ? Un peu de respect pour la baronne de Hohenstrohe, que diable !
- Mais qu’est-ce que vous racontez, Madame la Comt… Attention ! Ils reviennent !

A partir de "Bogomila", je craque, mon lit devient beaucoup trop petit et étouffant… Et ce n’est pas le petit intermède "Wienerblut" qui changera quoi que ce soit, puisque le plus dur est à venir… La musique classique n’est plus qu’un vague souvenir, les gardes-chiourmes sont de retour. En fin de compte, musique classique ou pas, Laibach reste Laibach. Une prison totalitaire. Les trompettes au loin ? Elles n’annoncent rien de bon.

- Jaroslav ! C’est terrible ! On vient d’assassiner le duc François Ferdinand à Sarajevo. Cette fois, c’est la guerre ! Qu’allons-nous faire, mon bon Jaroslav ?
- Nous battre, Madame la Comtesse, nous battre !
 
Quand "Germania" retentit une fois de plus, je ne peux que me sentir comblé d’aise, et d’amour pour cette voix sublime et candide qui chante, justement, la force de l’amour. « Die Liebe ist die Grosste Kraft. » L’amour est la plus grande force ? Pour les survivants, de tout poil, c’est possible. Encore faut-il survivre… Krst Pod Tirglavom comme bourreau et sauveur.



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