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CHRONIQUE PAR ...

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Eudus
Cette chronique a été mise en ligne le 09 mars 2018
Sa note : 19/20

LINE UP

-Lori Lewis
(chant)

-Thomas Vikström
(chant)

-Christian Vidal
(guitare)

-Christopher Johnsson
(guitare+claviers)

-Bjorn Nalle Pâhlsson
(guitare+basse)

-Johan Kullberg
(batterie)

Casting Vocal:

-Chiara Malvestiti
-Marcus Jupither
-Erik Rosenius
-Melissa Ferlaak
-Ulrika Skarby
-Lydia Kjellberg
-Samuel Jarrick
-Linus Flogell
-Kaj Hagstrand
-Matilda Wahlund
-Karin Fjellander
-Mickael Schmidberger
-Linnea Vikström

Chœurs

-Taras Yasenkov
(chef de chœurs) 
-Anastasia Dreyer
-Anna Belova
-Ekaterina Shamina
-Lyudmila Mikhailova
-Maria Chekrkchieva
-Anastasia Polyanina
-Darya Mikhailova
-Ksenia Krasikova
-Mikhail Nor
-Danil Jurilov
-Artemy Menshikov
-Nikita Mikhailov
-Gleb Kardasevich
-Dimitry Volkov
-Mikhail Yurkus
-Grigory Pyankov

Ont également participé à l'enregistrement:

-Micke Nord
(guitare)

-Peter Ljung
(Piano)

-Sami Karpinnen
(batterie)

TRACKLIST

Acte I
1) Turn From Heaven
2)
Where Will you Go?
3)
Through Dust, Through Rain
4)
Signs are Here
5)
Never Again
6) Bring her Home
7) The Solid Black Beyond

8)
The Crowning of Splendour
9) Morning has Broken
10) Garden of Peace

11)
Our Destiny
12) Anthem
13)
The Palace Ball
14) Jewels from Afar
15)
Hail Casear!
16)
What is Wrong?
17)
Nothing but my Name

Acte II
1) The Arrival of Apollonius
2)
Pledging Loyalty
3)
Night Reborn
4)
Dagger of God
5)
Temple of New Jerusalemn
6)
The Lions Roar
7)
Bringing the Gospel
8)
Laudate Dominum
9)
Remaining Silent
10) Behold Antichrist
11)
Cursed by Fallen
12) Resurrection
13)
To Where I Weep
14)
Astral Sophia
15)
Thy Will Be Done

Acte III
1) Shoot Them Down!
2)
Beneath the Starry Skies
3) Forgive Me
4)
The Wastelands of my Heart
5) Burning the Palace
6)
Prelude to War
7)
Day of Wrath
8) Rise to War
9)
Time has Come/Final Battle
10) My Voyage Carries on
11)
Striking Darkness
12) Seeds of Time
13)
To Shine Forever
14) Theme of Antichrist

DISCOGRAPHIE


Therion - Beloved Antichrist
(2018) - metal symphonique Opera Metal - Label : Nuclear Blast



Il était une fois, un petit bonhomme blond venant de Suède, du doux nom de Christopher Johnsson, qui décide de bousculer les codes et de donner libre court à sa créativité et à ses envies en créant Therion en 1987.  Du death metal, il est passé au metal symphonique en passant par un album de reprise de chansons françaises des années soixante. Que pouvait-il offrir désormais ? Un triple album d’Opéra metal de plus de trois heures et composé de quarante-six morceaux ? Et bien oui mesdames et messieurs ! Et vous savez qu'est-ce qui est le pire dans tout ça ? C'est que cet opus est merveilleux !

Bien que pensé depuis de longues années, c’est au début des années 2010 que Christopher Johnsson commence à communiquer sur cet opera metal, il en a même proposé quelques bribes lors de la tournée de fin 2013 qui voyait jouer dans son intégralité l’album Vovin. Le leader du groupe suédois estime avoir fait le tour de la question en matière du metal. Vingt-sept ans après le premier album de Therion, Of Darkness...(1991) , Johnsson nous livre cette pièce ambitieuse et sans précédent. Car nous sommes face à un vrai disque d’Opéra Metal, le terme « Opéra » prenant réellement son sens.  Entre temps nous avons eu, entre autres, Theli (1996) qui a posé les bases d’un metal symphonique qui verra se succéder un nombre incalculable de groupes, Secret of the Runes (2001), considéré par beaucoup de fans (et c’est Johnsson qui l’affirme) comme le meilleur album du groupe, quintessence du genre, avec ses cœurs et son ambiance qui nous plonge dans le royaume des dieux de la mythologie nordique. Nous pouvons citer le duo Lemuria/Sirius B (2004) qui intégrera des chanteurs/chanteuses identifiés en plus des chœurs et un son plus heavy. En 2012, les scandinaves prennent les fans (et leur label, Nuclear Blast, qui refusera de distribuer cet album) de court, en sortant Les Fleurs du Mal, qui, bien que critiqué sur notre sol, aura eu son petit effet à l’international. Ainsi les suédois expérimentent,  et font ce qu’ils veulent en toute indépendance.
Place donc, en ce début d’année 2018 à Beloved Antichrist, opéra metal basé sur « Court récit sur l’antéchrist ». Cette œuvre est la dernière partie du recueil « Trois entretiens sur la guerre, la morale et la religion » rédigée par le penseur russe Vladimir Soloviev et publié en 1899 (1916 en France).  L’histoire de ce récit raconte comment un jeune homme reçoit l’esprit de l’antéchrist. En repoussant l’invasion de troupes venues d’Asie il devient alors empereur et crée une coalition d’armée si puissante qu’aucune autre n’est censée la battre. Lors de la troisième année de son règne et après avoir réglé, notamment, le problème de la famine, il s’attaque à la question religieuse en réunifiant le trois religions monothéistes. Cependant, les leaders des courants représentant la chrétienté (catholiques, orthodoxes et protestants) s’y opposent ainsi qu’un peu plus tard, les juifs. C’est le début de la chute pour le jeune empereur, et je n’en dirai pas plus, pour ne pas vous spoiler, chers lecteurs. Voici donc le postulat de départ. Johnsson modifiera, pour la fluidité de son histoire et de son opéra, des personnages (dont l’ajout de personnages féminins, absents de l’œuvre) et ajoutera des passages supplémentaires (dont une fin différente) pour plus de consistance. Si vous voulez en savoir plus sur l’élaboration du concept (sinon cette chronique n’en serai plus une, mais un essai sur ce nouveau Therion) je vous invite à lire l’intéressante interview rédigée par nos confrères de radio-metal.
L’œuvre est complexe à aborder, de par sa longueur et sa multitude d’intervenants. Cependant, on retrouve ce que fait Therion depuis de nombreuses années. Du metal symphonique, des riffs heavy et des touches d’opéra emmenées par des interprètes lyriques. Thomas Vikström est toujours présent, tout comme Lori Lewis. Ils ont été rejoints sur ce projet par la chanteuse soprano italienne Chiara Malvestiti du groupe Crysalys. Et bien d’autres, dont le baryton suédois Marcus Jupither en tant qu’Apollonius, un des personnages clé de l’œuvre. Celle-ci est découpée en trois actes. A l’intérieur de ceux-ci, plusieurs chapitres et scènes. Tout est indiqué dans le digibook proposé par le groupe.  Il n’y a pas de différences notoires entre les actes, il s’agit juste d’une œuvre réfléchie et transposable pour la scène. Beloved Antichrist est composée de différents styles de morceaux.  On retrouve des propositions se rapprochant du Therion que l’on connait, et qui pourraient s’intégrer parfaitement à leur discographie récente (Lemuria/Sirius B/Sitra Ahra). C’est le cas des singles "Temple of New Jerusalem" et "Night Reborn", bien qu’au final, ces deux morceaux dénotent presque avec le reste, ce qui ne les place pas dans les meilleurs titres de l’album.
On préfère quand les suédois apportent cette petite dose d’opéra dans leurs titres plus heavy. Ainsi, des titres comme "Anthem", "Behold Antichrist" et "Rise to War" sont un savant mélange d’heavy metal et d’opéra, tout comme le futur classique en live, "My voyage Carries On". Johnsson n’hésitant pas à le décrire comme le "Blood of Kingdu" (issu de Sirius B) de ce nouvel effort.  Enfin, "Bring Her Home",  un peu plus mid tempo, mais qui sonne purement Therionesque grâce à ce savant mélange entre intensité instrumentale, lyrisme et trio de vocalistes. Mais la bande des Upplands intègre à leur œuvre des compositions digne d’un opéra classique et c’est ce qui va donner tout son sens à la proposition, tant ils sont en harmonie avec le concept et avec le style des morceaux vus ci-dessus. Comment ne pas parler de "Resurrection", qui, tout en prouvant définitivement le talent incroyable de Malvestiti, nous entraîne dans un torrent d’émotions… Celles-ci sont justement une des grandes qualités de Beloved Antichrist, que ce soit cette résurrection, mais également "Garden of Peace" et "Jewels From Afar" qui feront frémir les amateurs d’opéra. Ces deux pièces mettant en lumière le  talentueux couple de vocalistes présent depuis 2007,  Vikström/Lewis. Dans une approche d’opéra différente, la bataille vocale entre Thomas Vikström et Erik Rosenius (chanteur classique suédois de trente et un an) sur "The Solid Black Beyond" fait également mouche tant leurs voix, différentes, entrent en totale symbiose.
Mais que serait Therion sans ses titres les plus épiques et qui le suivent depuis plus de vingt ans ? Bien que minoritaires, ils sont bien présents et la qualité est au rendez-vous.  Si les six minutes trente-neuf de "Morning has Broken" feraient passer le morceau pour relativement court, l’ambiance pesante et ses changements de rythmes le rapproche d’un "Land Of Cannaan" (Sitra Ahra), le côté grandiloquent en moins. Mais les deux pièces majeures de l’œuvre prennent racines dans l’acte III. D’un côté "Burning the Palace" et de l’autre "Forgive Me". Ces deux propositions résument en un sens la carrière du groupe. La première est une composition de metal symphonique pure et simple, intro énervée, riff heavy, alternance de chœurs et de chant lyrique avec un final en apothéose.  Un futur classique. Tout comme la seconde piste évoquée, "Forgive Me", qui elle se base sur de l’opéra, mais en montant progressivement en puissance avant de conclure sur le mariage des voix de Vikström, Lewis et Malvestiti. Assurément ces deux morceaux feront partie des œuvres les plus abouties de la carrière des suédois. Seul petit point noir du projet, l’absence de voix plus rock à la Snowy Shaw, Mats Levens ou encore de Lynnea Vikström fille de, dans le groupe depuis le départ de Katarina Lilja en 2011, qui, bien que créditée n’intervient quasiment pas. Une voix de ce style aurait permis de contrebalancer l’omniprésence du lyrisme.


En guise de conclusion à cette chronique, comment ne pas évoquer celle de ce Beloved Antichrist ? "Seeds of Time" proposant un pur morceau d’opéra sans rien entre Vikström et Malvestiti, "To Shine Forever" qui résonne comme un au revoir et, enfin, "Theme of Antichrist" qui résume cet opéra metal, les voix des interprètes se mélangeant à celles des chœurs pour une conclusion relativement rapide mais épique, point d’orgue de cette œuvre majeure dans la discographie de Therion. Et si vous n’êtes toujours pas convaincu à plonger dans ces trois heures de plaisir, commencez par une petite sélection (les titres en rouge) qui synthétise ce merveilleux Beloved Antichrist.


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