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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 23 avril 2018
Sa note : 17/20

LINE UP

-Patrizio Marco Giovanni « Patrick » Mameli
(chant+guitare)

-Patrick Uterwijk
(guitare)

-Antonio "Tony" Choy
(basse)

-Marco Foddis
(batterie)

A participé à l'enregistrement :

-Kent Smith
(claviers)

TRACKLIST

1) The Secrecies of Horror
2) Bitterness
3) Twisted Truth
4) Darkening
5) Lost Souls
6) Blood
7) Land of Tears
8) Free Us from Temptation
9) Prophetic Revelations
10) Impure
11) Testimony
12) Soulless
13) Presence of the Dead
14) Mindwarp
15) Stigmatized
16) In Sorrow

DISCOGRAPHIE


Pestilence - Testimony of the Ancients
(1991) - death metal - Label : Roadrunner Records



« Avec cet album, on passe d'un coup de la marche arrière à la cinquième sans comprendre ce qui se passe ». Cette allégorie automobile concoctée par le journaliste Phil Pestilence à l'occasion d'une critique d'A Shedding of Skin de Protector (1991) pourrait à peu de choses près s'appliquer au troisième LP de Pestilence - le groupe. Parce que même avec beaucoup d'imagination, il était difficile d'envisager la progression fulgurante que le collectif néerlandais matérialise sur ce singulier Testimony of the Ancients.

Il ne faut pas s'y méprendre : Pestilence n'était pas mauvais à ce point. La formation originaire des Pays-Bas a simplement connu des débuts incertains, s'adonnant à un thrash frénétique à la Dark Angel sur Malleus Maleficarum (1988) avant de basculer avec Consuming Impulse dans le death metal balbutiant de la toute fin des années quatre-vingts. Symbole de cette tendance au suivisme plutôt qu'à l'impulsion : la mue du vocaliste-bassiste Martin Van Drunen, qui troque une scansion précipitée majoritairement coincée dans les aigus avec les raclements plaintifs typiques de ceux habituellement expectorés par John Tardy, le hurleur d'Obituary. Est-ce le départ du frontman à particule, parti rejoindre ses compatriotes d'Asphyx, qui contribue à propulser Pestilence dans une autre dimension ? Rien n'est moins sûr à l'écoute des lignes de chant de Patrick Mameli, le guitariste et membre fondateur qui le remplace derrière le micro et dont le timbre se révèle extrêmement proche, constat évoquant dans un autre registre la succession Peter Gabriel- Phil Collins au sein de Genesis, lorsque le batteur à casquette s'était appliqué à imiter le mieux possible son illustre prédécesseur. Il est plus probable, en revanche, que le changement de braquet se soit produit à la faveur de l'arrivée de Tony Choy, quatre-cordiste prêté par Cynic, gang de techno-death à la flatteuse réputation n'ayant pourtant sorti qu'une poignée de démos – Choy ayant d'ailleurs enregistré au même moment l'impressionnant Unquestionable Presence d'Atheist paru un mois auparavant.
La technique largement au-dessus de la moyenne du Floridien, qui n'en fait pas exagérément étalage à l'exception d'une anecdotique démonstration sur le très bref "Soulless", lui permet de jouer un rôle discret mais prépondérant, renforçant les parties de guitares tout en se ménageant quelques interventions en contre-chant. La masse sonore ainsi obtenue, malgré un léger déficit de puissance caractéristique de certaines productions de Scott Burns (Deicide, Loudblast...), se révèle suffisamment claire et profonde pour mettre en valeur chacune des partitions, à l'exception de la batterie un peu étouffée que martèle néanmoins avec conviction un Marco Foddis pas moins véloce que ses camarades. Ce parti pris, loin de diminuer la force de frappe du quasi-quintet, donne du relief aux nombreux passages mélodiques, le plus souvent soulignés et parfois même initiés par les claviers façon films de la Hammer de Kent Smith (le cinquième élément). "The Secrecies of Horror" en ouverture et "Presence of the Dead", aux intitulés référencés, sont ainsi nimbés d'une malsaine clarté lovecraftienne – c'est de fait l'intégralité de l'enregistrement qui est maintenu sous l'ombre tutélaire du maître de Providence, en partie grâce à de courts interludes, dont l'intérêt musical peut se discuter, mais qui ont le mérite d'aviver le climat sulfureux et pour tout dire unique qui plane sur le recueil. Toute la réussite de ce dernier réside dans l'équilibre rarement pris en défaut entre les riffs mordants, exécutés le plus souvent à toute blinde et les séquences ultra-mélodieuses qui les interrompent, comme autant de beautés vénéneuses s'infiltrant dans les interstices ménagés par un orchestre brutal.
Ces allers-retours permanents engendrent une sensation de complexité maîtrisée qui ne vire jamais à la juxtaposition stérile, en témoigne l'haletant "Stigmatized" dont le motif rappelle curieusement celui de "Desecrator" de Flotsam and Jetsam et succède à une introduction à double détente entre célérité et phase théâtrale, insufflant une dualité qui structure l'ensemble de la composition, et au-delà l'œuvre toute entière, sans cesse parcourue d'accélérations la menant au bord du gouffre d'où émergent de méphitiques et superbes mélodies. L'inspiration surnaturelle qui transcende Testimony of The Ancients ne fléchira que sur le lourd et générique "Prophetic Revelations", plombé notamment par un Foddis donnant l'impression d'être à la bourre et dont le « Revelation ! » beuglé par Mameli au mitan ressemble au geignement d'un enfant capricieux salement enroué. Cependant, même cette occurrence moins enthousiasmante ne parvient pas à gâcher la fête déviante organisée par les Bataves, en grande partie grâce à l'atmosphère tendue, inquiétante qu'ils installent de bout en bout et qui régulièrement se déchire, laissant jaillir de sa voûte tourmentée d'intenses moments de grâce, à l'instar des magnifiques solos illuminant "Land of Tears" et "Twisted Truth", acmés dramatiques auxquelles fait écho une ultime mélopée empreinte d'une mélancolie enivrante qui incite à rebrousser chemin et parcourir, à nouveau, ce monde stupéfiant.


Peut-on parler de miracle ? Avec Testimony of The Ancients, écrin de joyaux noirs scintillant depuis les profondeurs du puits aveugle suggéré sur la pochette, les très habiles musiciens de Pestilence délivrent un manifeste de rudesse subtile à destination des dissident(e)s de la ligne dure du death metal. Toute en contrastes et variations, portée par une écriture à la fois directe et délicate faisant la part belle aux ambiances délétères, cette création aussi splendide qu'inattendue propulse la section d'Enschede dans les hautes sphères du metal extrême, tel un astre singulier qui se serait affranchi de sa morne ellipse.


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