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CHRONIQUE PAR ...

10
Beren
Cette chronique a été mise en ligne le 20 octobre 2018
Sa note : 17/20

LINE UP

-Fernando Ribeiro
(chant)

-Ricardo Amorim
(guitare)

-Pedro Paixao
(claviers)

-Aires Pereira
(basse)

-Mike Gaspar
(batterie)


TRACKLIST

1) Em Nome Do Medo
2) 1755
3) In Tremor Dei
4) Desastre
5) Abanao
6) Evento
7) 1 de Novembro
8) Ruinas
9) Todos Os Santos
10) Lanterna Dos Afogados

DISCOGRAPHIE

The Butterfly Effect (1999)
Night Eternal (2008)
Alpha Noir (2012)
Omega White (2012)
Extinct (2015)
1755 (2017)

Moonspell - 1755



La terrible catastrophe que fût le tremblement de terre du 1er Novembre 1755 dans la région de Lisbonne (une secousse sismique de 9 sur l'échelle de Richter, 60.000 victimes, la capitale sous les eaux et rayée de la carte par un incendie monstrueux...) déclencha, en plein siècle des Lumières, un vaste débat philosophique sur le rôle de Dieu et l'origine du monde. C'est sur ce postulat que Fernando Ribeiro et Moonspell ont posé les bases de leur nouvel album, sobrement intitulé 1755. Un exorcisme musical salvateur?

1755 raconte l'histoire d'un survivant du séisme au milieu des ruines. L'exercice de l'album concept (jusque là inédit chez Moonspell) est à la fois difficile et casse-gueule. Première véritable surprise: les Portugais s'écartent doucement du metal gothique léché qu'ils ont proposé sur leurs derniers albums en date pour accoucher d'un metal symphonique parfois grandiloquent ("In Tremor Dei" sur lequel Paulo Bragança, célèbre chanteur de fado, pose sa voix mélancolique et fragile; "Desastre" et ses choeurs inquiétants), parfois plus intimiste mais jamais dans l'excès, comme sur l'oriental "Ruinas" où le groupe renoue avec ses racines gothiques et où Ricardo Amorim pose un court solo de toute beauté. Le superbe final "Lanterna Dos Afogados" propose des riffs planants majestueux pour conclure l'album sur une note éthérée. 1755 déroule une atmosphère splendide, très réussie, entre désolation et lumière.

Sur Extinct, le précédent album qui enfilait des tubes comme des perles, les arrangements orientaux et symphoniques commençaient à prendre de l'importance, malgré le côté plus rock et immédiat des compositions. Sur 1755, ils sont en première ligne. Cette différence de style progressive passera pour certains, elle cassera pour d'autres qui pourront être surpris par l'ampleur inédite du son (Tue Madsen est aux manettes), des arrangements symphoniques et surtout des choeurs lyriques très ambitieux et cinématographiques ("1755", la reprise orchestrale de "Em Nome Do Medo" figurant sur Alpha Noir, "In Tremor Dei") qui prennent une place plus qu'imposante sur 1755, parfois au détriment des instruments traditionnels. Le metal, en trame de fond, reste bien entendu très présent, notamment sur "1755" (et sa basse à la Tool), "Abanao", "Evento" et "Todos Os Santos" où les riffs death typiques de Ricardo Amorim encadrent des refrains toujours au poil. Et là intervient la seconde vraie surprise: le chant en portugais. Moonspell voulait aller au bout de son concept. Ribeiro l'a fait et propose un album entièrement chanté dans la langue natale du groupe. Et il faut avouer que cela fonctionne formidablement bien. Le timbre de voix de Ribeiro reconnaissable entre mille, entre growl caverneux et chant susurré, évolue naturellement (sur les couplets du furibond "1 de Novembro" où le chanteur défriche de nouveaux horizons). On se surprendra à fredonner certains refrains en portugais ("Todos Os Santos", un des morceaux phares de l'album, avec son riff central entêtant qui fera des ravages en concert, "Abanao"), signe que la pilule passe plutôt intelligemment.

1755 est difficile à appréhender d'une seule traite. De fait, il remplit parfaitement son rôle d'album concept.  La production est dense, le son épais et les arrangements symphoniques omniprésents. Parfois trop? Lors des premières écoutes, peu de morceaux se révèlent et c'est en cela que 1755 déstabilisera à coup sûr son auditoire. Cet album est de loin l'un des moins accessibles et directs du groupe portugais. Plus extrême dans sa démarche. Ses qualités essentielles se révèlent au fil de nombreuses écoutes qui démontreront pourtant un ensemble magnifique, porté par un Fernando Ribeiro en grande forme. Le frontman l'avait annoncé: 1755 est un album charnière dans l'histoire du groupe où la musique doit servir le propos. 1755 est un album de metal sombre et sans concession, à la frontière des genres.

La qualité des compositions et l'écriture toujours aussi fine et poétique de Fernando Ribeiro font de cet onzième album un opus surprenant, jusqu'au-boutiste, mais logique dans la discographie bien fournie du groupe (Extinct semble déjà, à l'époque, semer les graines de ce que sera cet album). De là à dire qu’il s’agit de leur meilleur album? Non. Mais il est le plus ambitieux jamais écrit par Moonspell alors qu'il dénote complètement du reste, à l'image de The Butterfly Effect qui faisait suite à Sin/Pecado et surtout Irreligious en son temps. On parlait d'album concept. La musique et le sujet ici ne font qu'un. Une réussite en tout point, mais aussi et surtout un formidable coup de poker. Un régal.


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