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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 06 mai 2019
Sa note : 16/20

LINE UP

-Yannis Papadopoulos
(chant)

-Anton Kabanen
(chœurs+guitare+programmation)

-Kasperi Heikkinen
(guitare)

-Máté Molnár
(basse)

-Atte Palokangas
(batterie)

TRACKLIST

1) Cry Out for a Hero
2) From Hell with Love
3) Sweet True Lies

4) Repentless
5) Die by the Blade
6) Oceandeep
7) Unlimited Sin
8) True Believer

9) This Is War
10) Heart of Steel
11) No Surrender
12) Bonus: Killed by Death (Motörhead cover)
13) Bonus: No Easy Way Out (Robert Tepper cover)

DISCOGRAPHIE


Beast in Black - From Hell with Love



En créant Beast in Black dans la foulée de son départ de Battle Beast, qu'il avait pourtant co-fondé, Anton Kabanen a clairement affiché la couleur : ce sera pareil, mais avec un bonhomme derrière le micro. Effectivement, Berserker, le premier enregistrement de la nouvelle entité, était paré des mêmes oripeaux speed metal ultra-mélodique que la Bête d'origine et baignait lui-aussi dans l'univers inspiré du manga quasi-éponyme. L'intérêt de la mise en circulation d'un clone presque parfait s'était posé, surtout face à un résultat pas spécialement ébouriffant. Or, justement, il y a ce « presque ».

En introduisant des éléments de synth pop très en vogue dans les eighties, Kabanen ajoutait une pointe pastel qui aérait légèrement le tableau chargé de sa tentative initiale. Ô joie, l'hyperactif Finlandais a compris que son salut viendrait de cet élément a priori incongru dont il a en plus la lucidité – la décence, diront ses détracteurs – de limiter l'intrusion à quelques titres emblématiques. Dès lors, From Hell with Love, paru à peine plus d'un an après son prédécesseur, navigue entre deux tendances : le racolage avec beaucoup de synthés et le racolage avec encore plus de synthés. De toute façon, chaque piste subit un assaut plus ou moins virulent de programmation vintage – ça sent l'excès de samples sur scène – qui confère un rendu sonore aussi sucré qu'une runebergintorttu, pâtisserie locale assaisonnée d'amandes, garnie de confiture de framboise et arrosée de rhum (prends bien ça dans les glucides, le forêt-noire !). Cependant, ce qui avait du mal à passer sur Berserker se révèle irrésistible sur son successeur. Sans doute parce que le grain des guitares y est un peu plus distinct, conférant davantage de mordant à des compositions tout simplement plus accrocheuses. Car si l'allure générale reste élevée, les stridences du très compétent Yannis Papadopoulos se font moins présentes, bien que ponctuant la majeure partie des refrains. Résultat, ces derniers « respirent » mieux, laissant fleurir les bonnes, voire très bonnes idées qui jalonnent le recueil. Deux exemples probants : "Oceandeep" (ah ah), la ballade réglementaire, susurrée à la façon de Roberto Tiranti de Labÿrinth sur fond de fausses flûtes avant de s'emballer un chouïa en fin de parcours et sur laquelle on verse volontiers une larme, ce qui ne risque pas de se produire sur la surprenante reprise de "Killed by Death" de Motörhead, auquel le quintet réserve un traitement identique à ses autres compos - voix de tête et sonorités synthétiques - se réappropriant de manière convaincante et iconoclaste un morceau qui semblait réservé aux gangs de heavy/thrash traditionnel.
Certes, quelques baisses de tension se font ressentir ici ou là, correspondant au retour du rouleau compresseur épico-badaboum à la Nightwish, comme sur "Repentless", sur lequel le timbre du caméléon hellène s'approche de celui de Tarja Turunen, mais qui est sauvé par son refrain, à l'instar de "Die by the Blade", improbable croisement entre un hit heavy à la Accept et un générique de jeu vidéo nippon des années quatre-vingt-dix. Lesté d'un thème moins accrocheur, "This is War" n'a pas cette chance mais un break aussi apaisé qu'inattendu avec – encore – des flûtes de synthèse relayées par une gratte heavy en font un prétendant crédible au top 3 de... Berserker. La meilleure composition, comme sur ce dernier, est placée en seconde position – rivaliser avec le terrible "Blind and Frozen" n'était pas évident mais Kabanen et ses acolytes ont relevé le défi haut la paluche avec l'irrésistible chanson-titre dont le refrain figurera sans nul doute parmi les plus addictifs entendus en 2019. Et quand en plus la six-cordes raisonne fermement, ça ne peut qu'aboutir à une franche envie de se déhancher sur la piste de danse, ou le tapis du salon, à l'image également de "Sweet True Lies", son jumeau tourmenté au tempo légèrement ralenti. Alors bien sûr, il ne faut pas être intolérant aux chœurs maousses systématiquement convoqués sur les chorus, aux solos copiés-collés d'évadés de conservatoire, ni être trop regardant sur certains couplets un peu plats – le risque de l'application systématique du schéma « calme avant la tempête ». Néanmoins, cette dernière réserve s'envole le plus souvent une fois que retentit l'imparable rengaine qui télétransporte instantanément l'auditeur réceptif dans un stadium bourré à craquer en train de s'époumoner le poing levé sur les mélodies héroïques d'"Unlimited Sin" et "Heart of Steel", avant de succomber au dynamisme mélancolique de "True Believer" et aux exhortations joyeuses de "No Surrender", hymne metal aussi clichesque que véloce.


Quel bond en avant ! Avec From Hell with Love, les cinq membres de Battle Beast – dont un nouveau batteur –  reprennent les mêmes éléments que sur leur méfait inaugural en améliorant... tout. Plus de trouvailles mélodiques qui font mouche, (un peu) plus de guitares, des boucles de synthés rétro mieux insérées qui ne se limitent pas à un simple gimmick, le tout porté par un chanteur impressionnant qui diversifie ses interventions, maîtrisant encore davantage sa puissance stupéfiante. Alignant les tubes comme à la parade, la troupe emmenée par Anton Kabanen démontre que celui-ci a pris la bonne décision en quittant le plus en plus balourd Battle Beast. Le très doué compatriote de Mika Luttinen affirme qu'il a assez de matériel en stock pour sortir plusieurs albums : s'ils sont tous du calibre de cette deuxième réalisation, Beast in Black aura toutes les chances de devenir un acteur incontournable de la scène metal dans les années à venir.


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