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CHRONIQUE PAR ...

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Oriza
Cette chronique a été mise en ligne le 05 octobre 2020
Sa note : 16/20

LINE UP

-Ales Campanelli
(chant+basse)

-drop
(guitare)

-Fred Di Limoncelli
(guitare)

-vinch Enzo
(batterie)

TRACKLIST

1) War Flamingoes
2) The Future Ends with You
3) Five Orange Seeds
4) The Cult of the Burning Star
5) It Could Be Over Soon
6) Losing Is the First Step
7) The Sun
8) Caravaggio
9) The Curse of Scotland

DISCOGRAPHIE


The Erkonauts - I Want It To End
(2020) - punk metal prog Punk Progressif - Label : Indie Recordings



2020, époque funeste. Entre frustration et désillusion, promesses non tenues et manques. Manque de contact humain, manque de concerts, privation de liberté, relent de peur, rage contenue, schizophrénie généralisée... Et parmi les décombres, au milieu du marasme tiédasse, émerge la bouffée d'oxygène tant désirée. La perle jubilatoire, entre pure explosion débridée et mélancolie exutoire. Le genre « punk progressif » n'existe pas ? Oh que si ! C'est le qualificatif parfait pour la musique défoulatoire et rebelle de The Erkonauts. I Want It To End, troisième album du groupe suisse, arrive à point nommé, comme un coup de pied bien placé. Aucune noirceur dans la colère mais au contraire un esprit combatif et séditieux.

Dès les premières notes de "War Flamingoes", premier titre de l'album, l'expression « punk progressif » prend tout son sens. Ah, mais oui, c'est exactement ça ! Et il en va de même pour "The Sun" et "The Curse Of Scotland". Rythme effréné, basse frénétique qui claque, double pédale inépuisable et cascades de roulements vous emportent inéluctablement dans une danse un peu cinglée. C'est précisément ce genre de morceaux, plein d'insolente énergie, avec un groove indéniable mêlé à des riffs bien agressifs dont on a besoin en ces temps tourmentés. On a envie de hurler « interdit d'interdire » pour d'autres raisons que dans les années soixante-dix, mais ce besoin se fait oppressant. The Erkonauts nous proposent une belle soupape avec ces morceaux plein de fougue. Et tout l'album s'écoule ainsi dans une fluidité délectable. Drop signe ici une production pure et sans chichi. De beaux sons bruts où on distingue le timbre des instruments sans effets post-prod surchargés. C'est la section rythmique qui tient le rôle principal, mais les autres instruments ne sont pas en reste. L'ensemble se tient parfaitement, le son est équilibré et précis. L'esprit de Lemmy plane sur cette belle œuvre, les racines de The Erkonauts sont parfaitement perceptibles. La sonorité est bel et bien rock mais en aucun cas passéiste. Les compos sont fraîches et modernes. I Want It To End est si honnête et bien exécuté qu'on ne s'ennuie jamais. Le groupe n'invente rien et pourtant il possède sa patte et son originalité. Les solos sont intelligemment distillés, sans étalage technique ni auto-satisfaction. Ils relèvent la sauce, subtilement, sans l'épicer au point de la rendre immangeable.
On compare souvent la voix d'Ales avec le chant de Joe Duplantier. En effet l'alternance entre passages scandés, à contre-temps, émis des tréfonds d'une gorge énervée, et les mélodies plus graves comme sur "Five Orange Seeds" peuvent rappeler Gojira. Personnellement, les vociférations sans concession d'Ales m'évoquent aussi feu Gus Chambers, punk s'il en était ! Sur "The Cult Of The Burning Star", c'est Benjamin Nominet, complice de Sybreed, qui se charge élégamment du chant, collant parfaitement à l'esprit de ce titre. La basse ici est plus sourde, comme une basse continue baroque. Les morceaux lents "It Could Be Over Soon" et "Caravaggio" sonnent comme de discrètes prières, intimes litanies douces-amères. Pas d'apitoiement ici, l'émotion est puissante. Et au milieu de ces merveilles, trône un "Losing Is The First Step" à se damner, on ne peut plus jubilatoire avec ses accents de Faith No More, plein de joie effrontée contre lequel vous ne pourrez pas lutter. I.M.P.O.S.S.I.B.L.E de résister à l'envie de sauter partout avec une bombe pareille. À l'écoute de ce titre, je ne peux pas vous prédire quelle partie de votre corps va se mettre à bouger mais il y en aura une c'est certain. Si tout reste immobile, c'est que vous êtes insensible à la musique. Ou mort. Ou les deux.


Écouter I Want It To End, c'est regarder droit dans les tripes exposées, encore fumantes, d'Ales Campanelli. On sent bien qu'ici les musiciens s'en sont donné à cœur joie pour nous livrer un album sincère et sans fard. On ne se lasse à aucun moment, passant de morceaux à la fulgurance rythmique euphorique, à d'autres plus lourds et belliqueux, ou encore à des titres lents plus sensuels et sombres. En littérature on parle de « page-turner » concernant un livre dont les chapitres vous happent les uns après les autres. Un livre qu'on ne peut pas lâcher et où chaque section qui s'achève vous appelle à vous jeter sur la suivante. Si I Want It To End était un roman il serait de ceux-là ! On s'attache aux instruments comme on s'attache aux personnages et l'intrigue est passionnante et variée. Elle est là la perle de nacre de l'année 2020.





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