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CHRONIQUE PAR ...

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Wineyard
Cette chronique a été mise en ligne le 28 janvier 2021
Sa note : 17/20

LINE UP

- Ellinor Asp
(chant)

- Jörgen Sandström
(chant)

- Lord K. Philipson (chant+guitare+claviers+basse)

-Dirk Verbeuren
(batterie)

Ont également participé à l'enregistrement

-Johan Längquist
(chant)

-Lars "Lasse" Johansson
(guitare)

-Fredrik Folkare
(guitare)

TRACKLIST

1) Kill Everyone
2) Atonement
3) Sacrifice
4) Diatribe Cult
5) Greatness
6) Birth

DISCOGRAPHIE


(2020) - death metal progressif, doomy, indus - Label : Autoproduction



Parfois on se résigne à remettre le couvert. Non pas tant par envie que par nécessité, ou besoin, prenez la raison qui vous parle le plus. Je n'ai pas chroniqué de Project Hate depuis dix ans. Ouais, dix ans. Et mine de rien, c'est une sacrée lacune. Je ne vous remercie pas par avance de demander pourquoi, car je n'en sais rien, simplement. Enfin si, peut-être que je sais, mais je n'ai pas forcément envie d'expliquer. Reste que le bébé de Lord K. sort un nouvel album en 2020 et que ce n'est pas une sortie anonyme dans le microcosme métallique. Cela ne peut être et ne sera probablement jamais sans saveur. Du coup… Plongée, à plusieurs titres.

Pour ceux qui reviendraient de Mars. Pour ceux qui découvriraient le metal ultime. Pour ceux qui pensent que le death metal commence et s'arrête dans les années 90. Je vais redessiner un peu les conditions limites de l'équation, mais je ne vais pas non plus écrire un who's who. The Project Hate MCMXCIX est l'enfant légitime de Lord K Philipson, illustre géant de plus de deux mètres à la barbe plus longue que la bite (si j'en crois ce qu'il m'a dit un jour – interview à l'appui). Il partage parcimonieusement cet enfant avec ses vieux comparses, J.Sandström, D.Verbeuren et D. Swanö, le producteur et ami de toujours. Un électron libre de la scène metal, sans étiquette, sans label, sans autre financement que celui de ses fans. A chaque nouvelle fournée depuis cinq albums, « The Donation Experiment », crow funding partiel qui permet à Lord K. de financer ses accouchements. Dix mille dollars et quelques mois plus tard, le miracle de la naissance se dessine. D'abord les enregistrements numériques classieux, puis à coup de rajouts financiers, le CD, ou le merchandising limité. Et l'angoisse que tout ceci ne parvienne pas au seuil fixé, que l'argent versé sauve des chats suédois qui n'aiment pas forcément le death metal.
Lord K. est un innovant conservateur. Il fait évoluer sa recette mais garde ce qui fonctionne. Le funding né du « fuck-off » aux labels, les vieux amis déjà cités, auxquels on peut ajouter Marko Saarelainen qui crée les artworks depuis Hate, Dominate, Congregate, en 2003, et "Lasse" Johansson de Candlemass qui jouent les soli de guitare depuis 2012. La seule variable ajustable à part, bien entendu, l'inspiration du maître, est la part féminine du groupe – peut-on réellement parler de groupe, d'ailleurs ? – qui a connu de nombreux changements. Depuis Joe Enckell se sont succédés avec plus ou moins de bonheur Ruby Roque et Ellinor Asp. Cette dernière a une voix assez clivante car voilée et non cristalline, mais tellement multiple et groovy qu'elle en est peut-être trop dérangeante. Elle a beau ne jamais atteindre la mythique Jo dans mon affect, elle reste néanmoins meilleure que les autres dans l'esprit qu'a voulu insuffler Lord K. Et au final, quelle est cette recette ? Des mélodies progressives complexes et brutes, un growler absolument exceptionnel, une sirène pas toujours angélique et un mixeur génial.

Purgatory ne déroge pas à cet axiome. Six titres de douze à quatorze minutes où il se passe quelque chose, des soli souvent heavy, de la violence, du miel distillé, de la mélodie qui s'apprivoise avec le temps. Bien sûr, le projet de la haine ne se renouvelle pas depuis There is No Earth I Will Leave Unscortched. Il évolue par touches impressionnistes, replace, rejoue, accentue, diminue. Oui, certains refrains sont des hymnes parfois très (trop?) directs ("Kill Everyone", Atonement"), mais l'ensemble est tellement plus qualitatif que la quasi-totalité des groupes officiant sur le même créneau de death mélodico industriel, et de death metal tout court, qu'il est difficile de faire la fine bouche. Soyons sérieux deux minutes : on a déjà entendu The Project Hate faire ça, bien sûr. Ces lignes de basse magnifiquement audibles ("Kill Everyone", "sacrifice"), faits marquants depuis the Cadaverous Retaliation Agenda. Ces titres bourrés de breaks vocaux et instrumentaux, de mélodies multiples, c'est entendu déjà. On restera indulgent sur la voix de Johan Längquist un peu poussive qui finit par agacer sur la durée de "Diatribe Cult" qui, par ailleurs, contient les premiers éléments un peu électro de l'album. Mais ça marche et c'est suffisamment fort pour se convaincre que c'est au-dessus de la mêlée.


Quel groupe peut se targuer de pouvoir rester au sommet aussi longtemps ? Je n'en connais pas dans ce style, sincèrement. Les attentes sont tellement fortes pour Lord K. que l'on pourrait se convaincre à tort qu'une déception est possible. Mais comment pourrait-on être déçu par ce qu'on entend à chaque album ? Nier le caractère exceptionnel du combo suédois c'est nier 99,99% des groupes de death metal en activité. C'est nier l'existence du genre. Le concept de la perfection existe sans exister en réalité. Mais si l'on savait définir ce qu'est la perfection d'un genre musical, The Project Hate pourrait prétendre y répondre. Loin devant.





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