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CHRONIQUE PAR ...

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Bigduff
Cette chronique a été mise en ligne le 06 avril 2008
Sa note : 17/20

LINE UP

-Billy Milano
(chant)

-Scott Ian
(guitare)

-Dan Lilker
(basse)

-Charlie Benante
(batterie)

TRACKLIST

1)March of the S.O.D.
2)Sargent D & the S.O.D.
3)Kill Yourself
4)Milano Mosh
5)Speak English or Die
6)United Forces
7)Chromatic Death
8)Pi Alpha Nu
9)Anti-Procrastination Song
10)What's That Noise
11)Freddy Krueger
12)Milk
13)Pre-Menstrual Princess Blues
14)Pussy Whipped
15)Fist Banging Mania
16)No Turning Back
17)Fuck the Middle East
18)Douche Crew
19)Hey Gordy!
20)Ballad of Jimi Hendrix

DISCOGRAPHIE


S.O.D. - Speak English Or Die
(1985) - thrash metal thrash crossover - Label : SPV



Si l’on vous demandait de citer … mettons 3 groupes, uniquement des projets "solo" de grands noms du thrash US, auxquels penseriez vous ? Là comme ça, sans réfléchir. Grip Inc. ? Normal oui. MD.45 ? Heu je pensais plutôt à des projets sympas moi, enfin on va dire que ça compte. Plus qu’un. Dragon quoi ? Dragonforce ? Le projet black de Peterson, le mec de Testament ? Ouais ben merci Wikipedia … sérieusement quoi, S.O.D, vous y avez pas pensé ? Pas M.O.D, S.O.D ! Stormtroopers of Death ! Vous … vous ne savez pas ce que c’est ? Jamais entendu parlé ? Ho mon Dieu …

Stormtroopers of Death est ce que l’on appelle communément un side-project, c'est-à-dire – pour parler l’bon français de par chez nous – une formation annexe à un groupe plus côté, dont l’existence permet à l’un des membres (voire à plusieurs) de se payer du bon temps sans trop de contraintes. Généralement, ce genre d’échappée a lieu après pas mal d’années de carrière, quand plus personne ne peut voir la tronche de ses collègues en peinture (après 3 ans de tournée non-stop par exemple). Dans le cas de S.O.D, qui associe le tandem Ian-Benante (Anthrax) au bassiste Dan Lilker – un ancien d’Anthrax, qui allait fonder Nuclear Assault quelques temps après – et au chanteur Billy Milano, on ne peut pas dire que ce soit vraiment le cas puisque Speak English or Die est sorti en … 1985 ! Damn, autant dire à l’aube des temps, quand les mecs se promenaient tous avec des coutelas en ivoire. Tenez, Spreading the Disease venait tout juste de sortir, genre deux ou trois mois avant ! Vous imaginez ? La folie.

Si j’insiste à ce point sur la date, c’est parce que de nos jours une personne qui découvrirait l’album ne serait en aucun cas capable d’estimer l’année de sa sortie, signe d’un avant-gardisme certain. Moi-même, emballé que j’étais par sa prod’ dantesque, je pensais que Speak English Or Die était sorti au plus tôt à la toute fin des années 80, quand les groupes de thrash travaillaient davantage leur son, ou plus raisonnablement à l’époque de Sound of A White Noise, qui avait marqué une réelle modernisation du style d’Anthrax, que je pensais indissociable de celui de S.O.D dans la mesure où Scott Ian en est aussi le maître à penser. Je me suis donc bien planté. Remarquez, c’est cet avant-gardisme qui fait que l’album est considéré comme étant culte, tout comme le fait d’ailleurs qu’il soit l’un des premiers à poser les bases d’un genre inédit à l’époque : le thrash crossover, fin mélange de thrash, de punk et de hardcore.

Hé oui, les p’tits gars de Municipal Waste ainsi que pas mal d’autres groupes de la nouvelle scène thrash n’ont fait que reprendre la formule déposée par nos moshers new-yorkais. C’est flagrant sur des titres comme "Sargent D + The S.O.D", "Kill Yourself" ou "Freddy Krueger", qui cumulent toutes les spécificités du genre : morceaux très courts, tempi rapides, basse omniprésente, batterie binaire et stéréotypée (sur les passages les plus speed hein, on parle de Benante là, attention) et bien sûr chant punk et braillard. Cela étant, il faut souligner qu’il existe une réelle alternance entre ces passages crossover et ceux rappelant davantage Anthrax, comme l’instrumental "March of The S.O.D." ou "United Forces" notamment. On trouve aussi, disséminés un peu partout sur le disque, d’énormes craquages – difficile d’appeler ça autrement – à l’image d’"Anti-Procrastination Song", qui se limite à ceci : Milano hurle le titre, s’en suit une seconde de blast, et c’est tout.

D’autres morceaux, comme "Pre-Menstrual Princess Blues", "Pussy Whipped" ou "Fuck The Middle East" ne laissent aucun doute sur la nature "légère" des thèmes et des propos tenus tout au long de l’album. Cette liberté de ton ne sera pas au goût de tout le monde, en particulier les paroles de Speak English Or Die qui n’ont pas manqué de faire scandale à l’époque (« you come into this country/you can’t get real jobs/boats and boats and boats of you/go home you fuckin’ slobs »). Une effroyable méprise évidemment, puisque c’est le personnage du Sargent D, instructeur raciste et bourrin rappelant celui de Full Metal Jacket, qui est censé en être l’auteur. Rien d’inquiétant donc de la part de types comme Ian et Benante qui comme chacun sait composeront par la suite de virulents pamphlets antiracistes, à l’instar de "Keep It In The Family". Finalement, cette mini-polémique n’aura fait qu’ajouter un peu de piment à un album qui n’en manque vraiment pas à la base.


Surprenant, cet album l’est assurément. Et il est culte aussi. Malgré tout, cela ne l’a pas empêché de tomber dans l’oubli, la faute probablement à l’ouragan Master of Puppets/Peace Sells/Reign in Blood qui a ravagé la scène thrash quelques mois à peine après sa sortie (Speak English Or Die est sorti en décembre 1985). C’est bien dommage, car sa production en acier trempé et la puissance de ses titres lui ont fait supporter plus que convenablement le poids des années. Alors si vous arrivez à mettre la main dessus, n’hésitez pas à lui donner sa chance, vous ne le regretterez pas.


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