2217

CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15/20

LINE UP

-Reno
(chant)

-Margo
(guitare)

-Jak
(guitare)

-Blaise
(basse)

-Raph
(batterie)

TRACKLIST

1)Ammunition Matters
2)Queen of the Meadow
3)The Graveyard Party
4)Hummers vs Pedestrians
5)Holy Fire
6)Army of Lovers
7)War & Wine
8)The Cowboy Song
9)Crusaders

DISCOGRAPHIE


Kruger - Redemption Through Looseness
(2007) - postcore ambient - Label : Listenable Records



2006. Le Coriace Tour rassemblant Tripod, Babylon Pression, Fis(ch)er et Eths passe par Paris, ce qui me donne l'occasion d'interviewer le dernier groupe cité. Au fil d'une discussion sympathique et joviale un nom revient sans cesse : Kruger, mentionné par les membres de la formation marseillaise comme le seul combo leur ayant collé une énorme baffe depuis les deux dernières années. Donc quand ce Redemption Through Looseness a atterri dans ma platine, autant vous dire que l'attente était assez grande. Et ô joie, il n'y eut pas de déception…

lasser la musique de Kruger est un exercice délicat, donc on se focalisera sur les aspects les plus marquants à l'écoute. En premier lieu vient le chant : Reno est un vocaliste à la limite de l'inhumain tant la saturation naturelle de sa voix est râpeuse et corrosive. De plus l'homme maîtrise son organe comme rarement : sur le premier titre "Ammunition Matters" il va concurrencer Barney Greenway sur son propre terrain avant de s'illustrer dans un registre clair doux et paisible, pour ensuite furieusement rappeler Rob Zombie sur le titre suivant. C'est vraiment très impressionnant, et cet aspect polymorphe s'accorde particulièrement bien avec une musique qui refuse de se laisser catégoriser. L'opener déjà cité s'ouvre sur un riff presque death puis part dans des dissonances sludge pour ensuite laisser des arpèges postcore/emo prendre le dessus. Pour ceux d'entre vous fâchés avec les étiquettes, on dira que c'est très violent et rapide, puis très gras et lourd, et aérien et calme par moments… tout ça sur un seul titre, donc imaginez ce que ça donne au niveau de l'album.

Kruger enchaîne donc les registres avec joie, aidé en ce sens par une production énorme dans laquelle les guitares et la basse saturent tellement qu'on prend peur pour ses enceintes à fort volume. Direct voire simpliste dans les riffs de "Queen Of The Meadow" avant de casser la rythmique (on pense alors à Devin Townsend) et de balancer un pont mélodique à deux guitares aussi saisissant qu'inattendu et original, le groupe nous perd en enchaînant sur un "The Graveyard Party" presque postcore dans sa complexité rythmique et son bordel apparent. Apparent seulement, car Kruger n'a pas son pareil pour donner l'apparence du chaos à une musique extrêmement précise et pensée, dominée par les variations vocales d'un Reno qui fait un peu plus peur à chaque titre. L'excellent "Hummers vs Pedestrians" le voit balancer des hurlements effrayants tout en se faisant terriblement catchy sur le refrain. Ce titre lie harmonies et dissonances avec un talent rare, et résume d'une certaine manière le talent principal de Kruger : produire une musique à la fois cérébrale et accessible.

En effet, là où les groupes de postcore traditionnels assènent des blocs d'hystérie bruitiste avant de les enchaîner à des plans atmosphériques et contemplatifs post-rock, Kruger se détache en adoptant une approche plus synthétique et moins schizophrène. On trouve au final assez peu de ruptures brutales dans leurs chansons, violence et calme s'enchaînant comme par magie et sans heurt. Le superbe développement presque pop-rock (on pense aux ballades hypnotiques de Placebo) de "Holy Fire" est une extension naturelle de la violence du début du titre et se développe avec bonheur sur plus de huit minutes. Reno épate en imitant parfaitement Ozzy sur "Army of Lovers", même si le titre n'apporte pas grand-chose par rapport aux précédents, comme "War And Wine"… c'est d'ailleurs là le seul reproche qu'on peut faire à cet album : il s'essouffle un peu sur la fin, même si les titres restent très bons et que le titre final "Crusaders" relance un peu la sauce. Cette baisse de régime finale exceptée c'est du vraiment bon.


A la fois violent, fin, complexe et catchy, Redemption Through Looseness est une jolie réussite… qui aurait pu être une véritable bombe si le groupe avait su maintenir l'attention de l'auditeur au top jusqu'au dernier titre. Mais Kruger reste une formation à l'identité inimitable et dont la formule saura séduire les fans du genre et pourra même faire de nouveaux adeptes. En ce qui me concerne je vais de ce pas essayer de me procurer Cattle Truck


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 6 polaroid milieu 6 polaroid gauche 6