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CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 28 septembre 2008
Sa note : 14/20

LINE UP

-Torgrim Torve
(guitare+chant)

-Ronny Flissundet
(guitare)

-Havard Gjerde
(basse)

-Erlend Gjerde
(batterie)

TRACKLIST

1)From Dusk Till Doom
2)The Last Good Page
3)Morpheon
4)Crooked Feathers
5)Helios, Cursed
6)Rescue
7)S&C
8)Blade
9)Locust

DISCOGRAPHIE


Stonegard - From Dusk Till Doom
(2008) - heavy metal inclassable power metal hybride - Label : Indie Recordings



Pour pas mal de groupes, début de carrière est synonyme de deal pourri, enregistrement avec un budget ultra-limité et promotion inexistante. Difficile de se faire un nom dans des conditions qui s’apparentent à un processus de sélection naturelle, une sorte de rite initiatique avant de passer à la suite des opérations. Pourtant, les membres de Stonegard ont décidé de refuser la fatalité et tels des Marty McFly modernes, les Norvégiens ont décidé de remonter le cours du temps.

Stonegard compte en effet déjà 2 albums à son actif : Arrows et… From Dusk Till Doom, parus respectivement en 2005 et 2006 sur un obscur label répondant au doux nom de Bells Go Clang Records. Vous ne connaissez pas ? Moi non plus ! Pas étonnant au vu des moyens extrêmement limités du label, dignes de ceux du Grenoble Foot 38 à l’échelle de la Premier League, ce qui fait que les 2 albums en question ne sont sortis qu’en Scandinavie. Depuis, Stonegard a atterri sur la structure norvégienne qui a le vent en poupe, Indie Recordings (qui a récemment signé des pointures locales comme Enslaved, Satyricon ou Borknagar). Pas forcément étonnant, vu que le batteur Erlend Gjerde y officie également en tant que directeur artistique !

Bref, pour célébrer sa signature chez son nouveau Pygmalion, Stonegard a décidé de ressortir son second album. Ou plus exactement, de le remettre au goût du jour, en faisant appel à de noms plutôt ronflants : réenregistrement partiel sous la houlette du célèbre Daniel Bergstrand, mastering assuré par Ted Jensen, qui vient de passer à la postérité en refusant d’être crédité sur Death Magnetic de Metallica… Un tel choix appelle 2 hypothèses : soit Stonegard est une bande de sacrés fumistes qui n’a rien foutu depuis 2006, soit le groupe croit fermement à ses propres compos et n’est pas disposé à les laisser tomber dans l’oubli. Allez, on va être gentils avec eux, on va leur accorder le bénéfice de la deuxième solution.

Musicalement, pas évident de décrire l’univers dans lequel officie Stonegard. Les Norvégiens brassent en effet des éléments très variés pour en faire une mixture hybride assez originale. Que nous dit la bio ? Une combinaison entre le caractère progressif de Tool et les tempos rapides et brutaux de The Haunted. Effectivement, il y a de ça, mais ce n’est pas tout. Pêle-mêle, on retrouve : une grosse base power metal à la Evergrey, savant alliage de gros riffs et de mélodies vocales fortes mises en valeur par une voix claire et puissante ("The Last Good Page", "S&C"), recours ponctuel au chant hardcore, passages tirant vers le grunge ("Morpheon" et son passage à la Alice In Chains) ou vers le néo d'un Deftones, avec batterie qui claque, basse ronflante et guitares planantes ("Crooked Feathers")…

On est surtout soufflé par la capacité de Stonegard à passer du coq à l'âne, souvent sur le même titre, surtout quand le groupe s'oriente vers des rivages plus agressifs. Par exemple, le début de "Morpheon", très étonnant avec cette mélodie de chant clair plaquée sur un gros riff death, qui bascule ensuite sur un refrain grunge ; ou encore, "Helios, Cursed" où le gros death des familles débouche sur un refrain à la Evergrey et un gros riff à la Machine Head. Comment lier des éléments aussi disparates sur le papier ? Facile : déjà, grâce à un bon travail sur les transitions, mais surtout à un chanteur de haut niveau. Torgrim Torve dispose en effet d'un registre très étendu, mais surtout d'une voix très expressive, un véritable vecteur d'émotions, incontestablement un des points forts de cet album.

Plus généralement, on notera que Stonegard s'appuie sur des structures relativement courtes et sans fioritures (les soli sont quasiment absents sur cette galette). Aucun titre n'atteint la barre des 5 minutes et au final, l'album n'en dure qu'à peine 35. From Dusk Till Doom n'est pas forcément facile d'accès, notamment en raison de certaines mélodies vocales qui peuvent parfois sembler bizarres de prime abord. Néanmoins, une fois bien apprivoisé, le résultat est un véritable régal. Dommage que le groupe finisse par rentrer dans le rang en fin d'album, avec des morceaux suivant une trame plus classique ("Blade", "Locust") : en effet, leur power metal assez alambiqué perd en intérêt, et la fin de l'album ne confirme pas les débuts très prometteurs.


Au final, vu le niveau très satisfaisant de ce From Dusk Till Doom, on comprend mieux que les membres de Stonegard tenaient absolument à diffuser plus largement cet album. From Dusk Till Doom mélange un grand nombre d'influences avec grand talent, ce qui lui évite de tomber dans le piège du vulgaire collage. Voilà en tout cas un album qui vaut le détour, et on espère pour Stonegard que la tournée avec Enslaved lui permettra d'obtenir l'exposition qu'il n'a jamais eue jusque là.


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