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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 09 octobre 2008
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-John West
(chant)

-Emir Hot
(guitare+basse)

-Mike Terrana
(batterie)

+ beaucoup de guests
(saz, accordéons, piano, claviers...)

TRACKLIST

1)Forspil (Intro)
2)Devils in Disguise
3)World Set on Fire
4)Skies and Oceans
5)Sevdah Metal Rhapsody
6)Stand and Fight
7)Endless Pain
8)Hora Martisorului (Instrumental)
9)Land of the Dark
10)You

DISCOGRAPHIE

Sevdah Metal (2008)

Hot, Emir - Sevdah Metal
(2008) - heavy metal mélodique shred - Label : Lion Music



Il est de coutume pour introduire une chronique de prendre comme point de départ le pays d’origine du groupe/artiste dont il est question. Et de commencer avec quelque chose du type « Aaaah l’Allemagne, ses bières et son speed metal », « Aaaah la Norvège, ses églises en bois et ses groupes de black » ou encore « Aaaah les États-Unis, ses hamburgers et son grind-gore rafraichissant ». Mais quand le groupe ne vient pas d’une de ces cultures fortes et connues dans l’Hexagone, c’est tout de suite moins évident. « Aaaah, la Bosnie-Herzégovine et ses…euh…et euh… ».

Eh bien à partir d’aujourd’hui, on pourra fièrement proclamer « Aaaah, la Bosnie-Herzégovine, son Bosanski lonac* et son Sevdah Metal ». Certes, il est un peu tôt pour parler de style musical à part entière, ce qu’il ne revendique de toutes façons pas vraiment. Nous parlerons plutôt de heavy metal aux influences balkaniques fortement marquées. Dit comme ça, on pourrait imaginer une mixture qui aurait un gout proche d’Estradasphere, mais dans le cas présent c’est plus Yngwie Malmsteen meets Mirko Kodic**. Prenez une bonne base heavy/speed metal dans la plus belle tradition malmsteenienne (à savoir riffs rapides, structures néo-classiques et chant aigu) et ajoutez-y une bonne pincée de sonorités slaves, que ça soit dans les instruments utilisés ou dans les gammes développées par Emir Hot, et vous obtiendrez Sevdah Metal.

Il règne clairement une atmosphère gitane dans l’approche musicale d’Emir Hot. Encore une fois, il n’est pas question de pousser le bouchon aussi loin qu’un groupe comme Estradasphere, mais vous croiserez sur cet album un certain nombre d’éléments typiques qui rafraichissent avec conviction la musique d’Emir Hot. Guitariste bosniaque qui a migré à Londres suite à la guerre dans les années 90 qui a destabilisé toute la région, c’est avec fierté qu’il présente ici son premier album solo, marqué par une certaine amertume due à la vision du monde de son auteur que les difficultés de son pays ont marqué – mais n’ont pas découragé. Toutefois, malgré le courage et la persévérance du bonhomme, il n’est pas question ici de s’apitoyer sur le contexte pour favoriser l’appréciation de l’œuvre : non, Sevdah Metal est juste un excellent album.

L’accordéon prend ici par moments une place prédominante, et le fait est que le mariage est heureux. Que ça soit le break de "World Set on Fire", celui de "Skies and Oceans" ou encore l’imposante "Sevdah Metal Rhapsody", qui intègre en son sein nombre de musiques traditionnelles Serbes, le tout fonctionne parfaitement. Et quand l’accordéon ne s’exprime pas, la guitare prend le relais et vogue sur des gammes tout à fait typiques de l’endroit ("Devils in Disguise", "Sevdah Metal Rhapsody" ou encore "Hora Martisorului", courte instrumentale reprise d’un air populaire). On trouve aussi des influences néo-classiques plus familières ("Endless Pain", "Land of the Dark") qui évoqueront tant Symphony X à leurs débuts que Chris Impelliteri ou Joe Stump. Le tout accompagné par John West au chant qui possède ici un timbre un peu plus nasillard que de coutume mais qui ne dépareille pas avec la musique et donne une dynamique efficace à l’album.

Sevdah Metal est donc avant tout – comme son nom l’indique - un album de metal, mais qui fait l’effort louable d’ouvrir de nouvelles portes dans laquelle s’engouffreront certainement une tripotée de talentueux guitaristes venant de l’Europe de l’Est – c’est en tout cas ce que l’on souhaite. Restent un ou deux titres moins percutants car plus classiques dans l’approche – "Skies and Oceans" et "Stand and Fight" – mais qui ne plombent absolument pas l’album. On retiendra les deux openers redoutables, le centre de gravité de l’album "Sevdah Metal Rhapsody" à la fois longue, variée et ambitieuse, mais aussi – plus surprenant – la power ballade finale "You" qui met John West plus en valeur que jamais, s’achevant sur ces chœurs naïvement romantiques mais qui parviennent à être poignants et qui closent Sevdah Metal dans la mélancolie propre à beaucoup des musiques traditionnelles balkaniques.


Sevdah metal présente donc un nouveau visage – celui de Emir Hot – et une approche un peu originale de la guitare virtuose. Pas de révolution, juste un petit vent de fraicheur qui souffle sur le milieu et dont on ne peut que souhaiter qu’il forcisse dans les mois à venir. Une chose semble acquise : nous n’avons pas fini d’entendre parler d’Emir Hot. Tant mieux.



*Comment, vous ne connaissez pas cette délicieuse recette à base de ragoût de viande et de choux ?
**Comment, vous ne connaissez pas cet accordéoniste serbe ?


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