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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 21 décembre 2008
Sa note : 13/20

LINE UP

-Declan Burke
(chant+guitare)

-John Mitchell
(guitare+violon+chœurs)

-Jem Godfrey
(claviers+chœurs)

-John Jowitt
(basse)

-Andy Edwards
(batterie)

TRACKLIST

1)Experiments In Mass Appeal
2)Welcome to Nowhere
3)Pocket Sun
4)Saline
5)Dear Dead Days
6)Falling Down
7)You / I
8)Toys
9)Wonderland

DISCOGRAPHIE


Frost* - Experiments In Mass Appeal
(2008) - rock prog circa 2008 - Label : Inside Out Music SPV



Jem Godfrey, c’était l’homme derrière les manettes du tube "Whole Again" de Atomic Kitten. Vous vous en rappelez ? Pas moi, je l’ai donc réécouté pour me rafraîchir la mémoire. Ce n’est pas une mauvaise chanson, la progression mélodique est bien amenée sans être tape-à-l’œil, les voix des trois anglaises ont une vraie complémentarité et n’en font pas des tonnes, le refrain est accrocheur sans être irritant, ça tient debout, c’est réussi. Non, la seule chose qui coule le morceau du début à la fin, sept ans après sa parution, ce sont les arrangements.

À trop vouloir coller à l’identité sonore de leur époque, tous ces tubes pop ont fini par se casser les dents devant l’usure du temps, alors que leur squelette avait tout pour les faire survivre et perdurer. Et lorsque vient le moment de chroniquer ce Experiments In Mass Appeal de Frost* après un premier album acclamé de toutes parts, la question ressurgit, plus brûlante que jamais… parce qu’aux premières écoutes, ce nouvel essai est impressionnant. Très impressionnant. Il a tout ce qu’un amateur de rock progressif peut souhaiter y trouver en 2008 : une variété de climats et d’approches constante, de la ballade intimiste ("Saline") à la bombe pop pêchue ("Pocket Sun", "Toys") ; des progressions dramatiques parfois hallucinantes, des claviers épileptiques de "Dear Dead Days" aux chœurs en strates de la plage-titre, sans parler du final de "Wonderland"… et pour boucler la boucle, la production de ce disque est à décorner les bœufs, d’une amplitude et d’une clarté parfaite pour des compositions dont la densité sonore fait une bonne partie du charme.

Et voilà le problème. Passé la claque des premiers instants, et en revenant à loisir sur ces « expérimentations », l’auditeur est en droit de se poser des questions. Derrière ces arrangements massifs à souhait, cette puissance de chaque instant, les refrains éculés de Toys ou Welcome to Nowhere pourront-t-ils garder leur impact bien longtemps ? Le manque de naturel de l’entreprise, qui frappe dès les guitares acoustiques Pro Tools-approved de "Experiments in Mass Appeal", ne paraîtra-t-il pas rédhibitoire à nos oreilles à long terme ? Cette volonté même de frapper un grand coup ici et maintenant n’aura-t-elle pas raison de l’expérience au bout de quelques années ? Mon enthousiasme qui s’est déjà tempéré après des écoutes plus attentives ne me fait pas espérer une durée de vie très longue à ce disque, la faute justement à cet aspect maximaliste qui, s’il ne sert pas non plus de cache-misère, est parfois trop envahissant et trop marqué par son temps pour espérer un plaisir d’écoute renouvelé.


Qu’on ne s’y trompe pas : les moments forts sont nombreux, et on prend le pari que la frénésie de "Dear Dead Days" ou la progression de "Wonderland" résisteront à l’usure du temps. Simplement, le titre de ce nouvel album parle pour lui : aucune expérimentation n’a une garantie de succès à long terme, et si chacun de ces titres a une grande chance de vous mettre à genoux dans un premier temps, leurs effets peuvent pareillement s’estomper assez vite. À vous de voir si vous préférez l’intensité d’une fringale ou la stabilité d’une relation durable.


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