4228

CHRONIQUE PAR ...

16
Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 19 septembre 2010
Sa note : 12/20

LINE UP

-Jon Schaffer
(chant+guitare)

-Ruben Drake
(basse)

-Jim Morris
(guitare lead)

-Troy Seele
(guitare lead)

TRACKLIST

1)Jekyll Island
2)Don't Tread On Me
3)False Flag
4)Our Dying Republic
5)Indentured Servitude
6)Tree Of Liberty
7)Feeling Helpless ?
8)The Cleansing Wind
9)We The People


DISCOGRAPHIE


Sons Of Liberty - Brush-Fires Of The Mind
(2010) - heavy metal - Label : Century Media



Décembre 2009 : Jon Schaffer lance son nouveau projet solo baptisé Sons Of Liberty. Un projet qui dépasse largement le cadre musical : outre l'intégralité des morceaux, Schaffer a mis en ligne les paroles au contenu très politique, des entretiens vidéo où il évoque sa démarche et un très grand nombre de liens vers des livres ou des documentaires ayant nourri sa réflexion. Schaffer avait même imaginé transformer ce site en un gigantesque forum d'échange ; un peu comme la démocratie participative de Ségolène Royal donc, mais en un peu plus à droite…

Sons Of Liberty. Les amateurs d'Histoire les plus pointus auront fait le rapprochement avec le mouvement patriotique américain précurseur de la révolution de 1776. Une référence presque évidente de la part de Jon Shaffer, qui n'a jamais caché son amour pour son pays et son histoire. A la simple lecture des titres (surtout "Our Dying Republic" en fait), on sait que le bonhomme dresse aujourd'hui un triste constat de l'état actuel des USA, où les valeurs fondamentales seraient bafouées, la corruption généralisée et les libertés individuelles menacées. Face à cela, une seule réponse : une prise de conscience par le peuple, qui serait inévitablement amené à se soulever. En gros, une sorte de révolution, mais à des kilomètres de l'approche marxiste / léniniste souvent prônée dans nos contrées ; non, là, c'est plutôt selon les préceptes des libertariens, dont les thèses ont été en partie à l'origine du mouvement Tea Party né l'année dernière aux Etats-Unis. Parallèlement à cela, le site internet propose du merchandising plutôt sulfureux, notamment ce t-shirt avec des armes et le slogan «Liberty or death» devant, et les mention «Only tyrants disarm honest men» et «Molon labe» (je vous laisse chercher la signification) derrière. Voilà qui ne devrait pas aider à remonter la cote d'amour assez lamentable de Schaffer en France…

Mais peu importe, nous ne sommes pas là pour disserter sur les idées politiques de Schaffer mais pour porter un point de vue sur sa musique. Et là, deux bonne surprises nous attendent. La première, c'est sa très bonne prestation au chant. On l'avait déjà entendu sur quelques titres de Iced Earth ("Stormrider" ou "A Gift Or A Curse" notamment), mais jamais sur un album entier. Le résultat s'avère très convaincant, et Barlow peut d'ores et déjà s'inquiéter pour sa place ! Les mélodies vocales sont soignées à défaut d'être très originales, et on sent que Schaffer s'est appliqué pour les mettre en valeur. Certes il ne dispose pas d'un registre très étendu, mais il en a conscience et se contente de chanter dans les médiums avec quelques montées maîtrisées, sans chercher à atteindre des notes très hautes de toute façon inaccessibles. L'autre surprise, c'est de voir que Schaffer a repris du poil de la bête après un The Crucible Of Man plutôt raté et inquiétant pour la suite. Seulement 9 titres au programme (pour environ 45 minutes), mais aucun plantage à déplorer, et à peine quelques longueurs (la fin de "False Flag", avec les «Hail Caesar ! All Hail !» répétés un peu trop de fois). Le seul regret peut-être, ce sont les nombreux discours (réels ou simulés, comme sur "Jekyll Island") entre les morceaux qui viennent hacher le rythme de l'album.

L'ambiance générale se veut assez posée et se situe quelque part entre celle de «The Glorious Burden» (assez logique vu la proximité des sujets traités) et de «The Crucible Of Man». Ceux qui attendaient le retour des riffs incisifs dans la grande tradition d'Iced Earth risquent donc d'être déçus. L'unique rythmique « à la Schaffer » se trouve au début de l'album, sur le couplet de "Jekyll Island", et "We The People" est le seul morceau qui appuie un minimum sur l'accélérateur (et encore, l'accélérateur d'une Fiat Tempra). A l'image du simple mais entêtant "Tree Of Liberty" ou de "Indentured Servitude", la plupart des titres sont des mid tempo un peu pépères, mais nettement plus convaincants que sur le dernier Iced Earth. Pourquoi ? Tout simplement parce que Schaffer a retrouvé la main pour proposer des refrains évidents à la "Melancholy", comme celui de "Don't Tread On Me". La frange heavy n'est réellement représentée que par "False Flag", qui se veut revendicatif, avec son couplet plus clamé que chanté et son refrain hargneux. Mais comme sur «The Crucible Of Man», le titre le plus marquant est le plus sensible et atypique. Situé dans la lignée de "Come What May", "The Cleansing Wind" repose sur une base guitare acoustique / piano très complémentaire, sur laquelle Schaffer livre sa meilleure performance au chant, soutenu par des chœurs sublimes. Du bel ouvrage.


Album très intéressant que ce Brush-Fires Of the Mind. Les premières écoutes s'avèrent un peu déstabilisantes : manque de patate, peu de variations de tempo, pas de titres aguicheurs qui donnent envie d'y revenir… Mais une fois apprivoisé, une fois la distinction bien faite entre Sons of Liberty et Iced Earth, on peut alors pleinement profiter de cet album sans faute, cohérent de bout en bout et dont les 45 minutes défilent vite, ce qui est toujours bon signe. Au final, un bon album de heavy metal tendance posé, tranquille, presque en décalage avec des textes beaucoup plus vindicatifs. Jon Schaffer fait un pas dans la bonne direction, et ça fait du bien.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 6 polaroid milieu 6 polaroid gauche 6