4448

CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 08 février 2011
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Björn Tückill
(chant)

-Thornaad Catapulta
(guitare)

-Axl Otl
(guitare)

-Dr Robotnik
(basse)

-Saint C. Mayhem
(batterie)

TRACKLIST

1)The Gun
2) Numbers
3) Leaf
4) Firefriend
5) Bang Bang
6) Reclouds
7) Asa no mezame
8) Mangekyou no Taiyou
9) Line Breaker
10) Dreamorama
11) The Believer
12) Stream
13) Polarwind
14) Counterplay
15)The Sword

DISCOGRAPHIE


Sna-Fu - Mighty Galvanizer
(2011) - post rock punk - Label : MVS Records



La magie des concerts éclectiques : on va voir un groupe de death barré qu'on adore (Manimal) et on tombe sur une première partie de rock débridé qui envoie du mammouth par containers. Les Sna-Fu viennent de Sèvres, officient depuis les années 2000, ont déjà joué dans des festivals plutôt côtés (Eurocks, Hellfest) et ont déjà un EP et un album à leur actif, mais ça je le sais parce que j'ai lu les chroniques des collègues... en effet, sa curiosité ayant été éveillée par la claque que le groupe lui avait mise sur scène, c'est avec Mighty Galvanizer que votre serviteur découvre le groupe sur album.

Vu que les collègues sont tous d'accord pour dire que l'album d'avant était beaucoup plus linéaire, on imagine que le choc pour les fans a été déstabilisant. Mighty Galvanizer est album aussi pêchu que fondamentalement expérimental, le talent du groupe consistant à lier énergie brute et constructions alambiquées. Sna-Fu cite The Mars Volta dans ses influences mais c'est surtout à At The Drive-In qu'on pense : même côté punk accrocheur, même chant majoritairement scandé-craché qui déborde ici et là dans la mélodie... mais l'ingrédient magique numéro un de Sna-Fu c'est leur maîtrise d'un feeling rock n'roll qui donne envie de sauter partout. Qu'ils partent dans le punk-rock mélodique de "The Believer", dans le swing de "Dreamorama" ou dans l'up-tempo sautillant de "Firefriend", ils rajoutent toujours un côté sale (et parfois même bluesy dans les solos) à la sauce et ça la rend souvent irrésistible. L'ingrédient magique numéro deux ce sont ces breaks mélodiques semés un peu partout dans les compos et qui font mouche à chaque fois : alors que la débauche d'énergie est permanente - il faut vraiment entendre le chant pour comprendre à quel point il donne au tout une pêche indécente – on se fait cueillir au menton par des pauses contemplatives qui donnent le sourire tant elles sont réussies. "Firefriend" et "Bang Bang" proposent mêmes des plans en harmonie voire en descentes de gammes qui confinent au prog... et le plus beau c'est que même dans ces passages-là ça reste relativement simple car c'est la superposition des mélodies qui crée l'effet. Créer un impact avec peu de moyens est la marque des bons...

Si Sna-Fu fait des merveilles dans l'efficace simple et direct, le groupe est loin de se cantonner à cette approche et sort des parties acrobatiques pas piquées des hannetons de temps en temps... car ça part quand même souvent dans tous les sens. Le nombre de plans par compo est étourdissant : on s'en prend plein la poire en mode punk, on souffle deux secondes, on se reprend une salve de rock, ça se brise soudainement, ça part dans un riff décalé asymétrique ("Reclouds"), le tempo se multiplie par deux, un accordéon presque tango croise un break dissonant et des thèmes de guitare hyper accrocheurs (dans "Dreamorama", usine à idées de six minutes)... ça ne s'arrête jamais. Quand les harmonies de "Bang Bang" débarquent de nulle part à 2'47 alors que le chant se contente de battre la mesure et que le résultat fait tellement bloquer qu'on se le repasse, on se dit qu'il y a vraiment quelque chose. Du coup quand le groupe gâche la fin de la même chanson avec une outro insupportable et interminable à base de samples et de musique atonale, on est un peu triste, forcément. Mais on se dit aussi que le groupe a compris sa faiblesse : la masse d'information et de gouache brute qui constitue sa musique la rend difficile à encaisser à force, et l'album est aéré par des interludes qui ne suffisent malheureusement pas à rendre le tout plus digeste. Il aurait fallu couper dans le vif et supprimer des chansons, tout simplement parce que Sna-Fu n'a pas encore le niveau pour enquiller 60 minutes d'une musique aussi ambitieuse sans se perdre un peu. Mais ça viendra...


C'est à la fois frais, direct, puissant et recherché, c'est vous dire si c'est pas mal. Sna-Fu révèle un potentiel plus que sérieux avec ce  Mighty Galvanizer qui claque la face, et s'ils continuent à progresser ils risquent de tout casser. Et en plus on a une bonne raison d'être content que cet album soit sorti : depuis, on peut les revoir sur scène...


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4