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CHRONIQUE PAR ...

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Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 22 juillet 2012
Sa note : 16/20

LINE UP

-Christian Descamps
(chant + piano + orgue)

-Francis Descamps
(orgue + effets spéciaux + chœurs)

-Daniel Haas
(basse + guitare acoustique)

-Jean Michel Brézovar
(guitare + flûte + chœurs)

-Gérard Jelsch
(batterie + percussions)

TRACKLIST

1) Godevin le vilain
2)
Les longues nuit d'Isaac
3)
Si j'étais le Messie
4)
Ballade pour une orgie
5)
Exode
6)
La bataille du sucre
7) Fils de lumière
8) Au-delà du délire


DISCOGRAPHIE


Ange - Au delà du Délire
(1974) - rock prog - Label : Philips



« C'était en 2015, et Noël approchait …. » . En fait, c'était en 1974 que le groupe de rock progressif franc-comtois Ange a « joui » (pour faire honneur à l'éloquence de Christian Descamps) de cet album concept qu'est Au-delà du Délire, sur une terre en plein émoi progressif. Si le précédent album, le Cimetière des Arlequins, avait permis au groupe de prendre véritablement ses marques, ce troisième opus (considéré par beaucoup comme le meilleur de la période 70's et récompensé en tant que tel), plus mélodique et structuré, se présente comme une véritable épopée lyrique, une immersion complète dans un monde dantesque.

Si Ange s'inscrit bel et bien dans la mouvance rock progressif de ses contemporains, répondant à toutes les attentes du genre, le groupe a su cependant se démarquer en réalisant l'improbable fusion du rock progressif et des traditions françaises, imposant de fait une signature originale, reconnaissable entre toutes. Ainsi, la qualité de sa technique instrumentale constitue, entre autres, l'une des caractéristiques principales du son Ange. On songe notamment aux nappes d'orgues « brumeuses et emphatiques » si singulières, aux solos de guitare extatiques, aux accents médiévaux de flûtes et de cors héroïques, ou encore à la rythmique galopante, Ange faisant la part belle aux montées en puissance.
Mais la musique n'est ici que la toile de lin sur laquelle la voix limpide de Christian Descamps, véritable « troubadour des temps modernes », tisse la trame d'un conte délirant et fantastique (une histoire de serf révolté qui, pour se libérer de ses chaînes, cherche à atteindre la connaissance). Chaque instrument, des classiques du rock, en passant par la mandoline, la flûte ou le fameux orgue de Francis Descamps, ponctue judicieusement la moindre parole du conteur, tel un décor de théâtre sonore.
Ainsi, les tristes notes de violon et de piano brossent-elles un portrait pathétique du « héro » dans "Godevin le vilain ", la révolte latente et la rage étouffée de celui-ci se ressent dans le rythme oppressant et les guitares saturées des "Longues nuit d'Isaac", les arpèges doux de "Ballade pour une orgie" suggèrent la légèreté et la licence qui lui sont offertes par son maître pour l'amadouer... L'ensemble de l'album est ainsi structuré de façon très progressive afin de nous conduire à son apothéose, "Fils de Lumière", véritable allégorie de la connaissance enfin acquise par le personnage de l'épopée. Le morceau lui même n'est qu'une montée d'adrénaline savamment et puissamment orchestrée où guitare, clavier et batterie s'harmonisent en une pulsation rageuse.
Mais point ici de contes pour enfants, car Ange n'a rien d'un chérubin. "La bataille du sucre" faisant la part belle aux organistes par son inquiétante petite musique de fête foraine, frôle déjà le cynisme. "Si j'étais le messie", qui surprend d'emblée par son ton narratif et irrévérencieux, faisant progressivement place à un brouhaha dissonant et inquiétant, n'est que la parfaite illustration de la critique violente que porte le groupe à la crédulité et aux dérives de ses contemporains. L'album se clôture par le titre éponyme où le tonitruant solo de guitare se laisse étouffer par des bruits de nature, d'animaux sauvages, tel une ouverture vers un monde totalement inconnu.


Au delà du délire pourrait sembler à la première écoute, être la transe d'un poète sous acides et de ses compagnons de fortune frénétiques, mais on ne peux s'empêcher de se laisser porter dans ce rêve à la fois fascinant et effrayant. Ignoré ou admiré, Ange s'est bel et bien inscrit dans les incontournables du rock progressif français par le soin apporté à ses textes, sa réflexion et sa technique instrumentale élaborée, dont cet album n'est que la parfaite illustration.


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