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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 26 août 2012
Sa note : 16/20

LINE UP

-Chino Moreno
(chant)

-Stephen Carpenter
(guitare)

-Sergio Vega
(basse)

-Abe Cunningham
(batterie)

-Frank delgado
(sample)

TRACKLIST

1) Diamond Eyes 
2) Royal
3) Cmnd/Ctrl 
4) You've Seen The Butcher
5) Beauty School 
6) Prince
7) Rocket Skates
8) Sextape 
9) Risk 

10) 976-Evil
11) This Place Is Death

DISCOGRAPHIE

Around The Fur (1997)
White Pony (2000)
Diamond Eyes (2010)
Koi No Yokan (2012)
Gore (2016)

Deftones - Diamond Eyes
(2010) - postcore - Label : Reprise Records



Il est certains groupes que l'on se plaît à voir évoluer. Deftones est de ceux-là. Au départ issu du mouvement néo, le groupe de Sacramento s'est clairement émancipé de celui-ci avec le cultissime White Pony. Depuis, il ne cesse de faire son chemin, seul et de plus en plus loin de tout ce qui à déjà été fait. Mais un triste jour, ce beau parcours est remis en question suite au coma prolongé du bassiste, Chi Cheng. L'unité de la famille Deftones en prend un coup. Puis, prenant sur eux, les membres se retrouvent et, en un laps de temps très bref, comme pour mieux saisir la puissance des émotions, enregistrent leur premier album sans Chi. Cet album est Diamond Eyes.

Deftones est une institution. Un groupe hors normes. Menée par le très charismatique chanteur Chino Moreno, la musique du combo, depuis le virage White Pony, tend à devenir de plus en plus bipolaire. : nerveuse et sensuelle à la fois. L'énergie du passé toujours présente ; la mélancolie accumulée au cours des années en plus. Effectivement, ce qui était qualifié de « néo » autrefois, à savoir le jeu de guitare 7 cordes (désormais 8) relativement simpliste de Carpenter, tend aujourd'hui à virer « post » (Isis et compagnie..). Ce jeu toujours aussi lourd, voire de plus en plus (le final de  "Diamond Eyes" comme exemple type) semble désormais incontournable. Toutefois, cette lourdeur, à la différence d'un  sludge ancré dans le sol jusqu'aux genoux, n'est pourtant nullement oppressante mais, au contraire.. profonde. Il est question de rythmes incisifs et d'une musique puissante exhibant sa solidité comme une protection contre les événements. A l'opposé, mais de manière absolument complémentaire, la musique des Deftones apparaît souvent apaisée. Le morceau éponyme lui-même, bien que lourd, est finalement surprenant de mélodie. De cette mélodie, il est question tout au long de l'album ; et quel meilleur vecteur que la voix si particulière de Chino peut-on imaginer ? Si les cris se font rares ("Royal" ; "Rocket Skates"), l'énergie est en revanche toujours présente (voire ce phrasé dingue sur le bondissant "Cmnd / Ctrl "). Malgré la présence d'autres membres au sein du groupe et d'arrangements subtils et réussis, l'attention de l'auditeur ne peut qu'être happée par ce duo guitare/voix absolument unique. 
Le chant, si particulier, sensuel, parfois poussif, fait ici des merveilles. Ceci, les premiers albums l'avaient déjà prouvé. L'impression était encore plus forte sur le magnifique Saturday Night Wrist de 2006. Aujourd'hui, sur Diamond Eyes, le constat est identique : Chino est tout bonnement inégalable. Écoutez donc le refrain magique de "Diamond Eyes", l'explosion scintillante de "You've Seen The Butcher ", la tendresse de "Sextape" pour vous en convaincre. Très bien, nous sommes donc d'accord. Et si le phrasé rap n'existe plus, vestige d'une jeunesse passée, le temps semble désormais rendre le groupe de plus en plus sensible. Un morceau tel que "Risk", classique pour le groupe, vous ferait frissonner n'importe quel être vivant sur cette fichue planète. Idem pour "976-Evil". C'est à peine si il faut évoquer "Beauty School" tant cette piste confine au divin C'est bien simple, l'alliance entre les envolées lyriques planantes et les répétitions musicales écrasantes ne souffre d'aucune faiblesse. Une telle constance semble inaccessible pour la plupart des groupes. Elle est naturelle chez Deftones. On ne peut rien contre la nature voyez-vous. Tout est question de classe. Finalement, la clé d'une telle réussite est simple : l'honnêteté. Rarement un album n'aura autant transpiré l'intégrité et la fougue. Si les évènements de la vie du groupe ont un temps pût faire planer l'ombre d'une épitaphe, Diamond Eyes, rayonnant, flamboyant même, confirme que l'énergie primordiale n'a jamais cessée de couler au sein de la formation. 


Cela fait déjà quelques temps que l'on s'en doute mais Diamond Eyes, en parfaite continuité de Saturday Night Wrist, le réaffirme avec force : Deftones est un groupe adulte, sûr de lui, mais pourtant humble. En attendant de poser une oreille sur Eros, album ébauché dont le destin suivra sûrement celui de Chi,  les Deftones continuent leur parcours, sur une voie qu'il tracent eux-même, et sans jamais n'avoir commis le moindre faux pas. Marqué et transcendé par une absence, Diamond Eyes est décidément très, très bon. 


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